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 Ev-Dragon >> Forum >> La Taverne >> Articles : Mythes et Légendes

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Dragon cochon2
 Le 18/10/2009 à 02:37:21 
Je vous présente une légende de chez moi. La Suisse est un véritable nid de mythes et légendes. Les montagnes, les lacs, les prairies, le paysage magnifique est source de bons nombres de contes.


La rose de la Béroche.

Par un doux crépuscule d'été, une clarté jaune parcourt en dansant les vastes glaciers bleutés, les pics aigus et les forêts noires de la sauvage Helvétie. C'est Arduina, la déesse des nuits, qui visite ses domaines gris. Elle a franchi les torrents de cristal et les rivières d'argent par de fragiles passerelles d'or, mais la large étendue du lac d'Estavayer l'arrête déconcertée sur les rives. De ses rayons pâles, elle fouille les anses et les roseaux à la recherche d'un canot, quand un bruit de cascade la suspend immobile sur un roc: Là, à demi-plongée dans l'eau claire, une blonde fille de la tribu des Helvêtes s'inonde le corps de perles transparentes.
- Belle enfant!... Belle enfant!
Effrayée par l'apparition lumineuse, honteuse de sa nudité, Rose, la baigneuse, se cache d'un bond dans les buissons.
- Belle enfant, laisseras-tu une étrangère dans la peine? Fille du lac, ne saurais-tu pas te servir d'un canot?
Rose se couvre hâtivement d'une toison d'agneau blanc. Coquette elle se pare d'un lourd collier d'ambre; elle passe des bracelets de bronze à ses bras et à ses jambes brunes; elle pique des marguerites blanches dans ses cheveux humides; puis, belle comme une ondine, elle conduit l'étrangère en canot jusqu'à Estavayer, la cité lacustre.
- Mon enfant, lui dit la déesse, ta bonté mérite une récompense. Puisque tu aimes les fleurs, tiens, prends ce bouquet. La verveine, les feuilles de chêne et le gui sacré guériront ton peuple de ses maux.
Une traînée étincelante de poudre d'or dirige le retour du canot à travers le lac. Aussitôt qu'elle eut abordé sur la grève de sable fin, Rose se précipite dans sa hutte et, toute émue, raconte la merveilleuse aventure.
Dès ce jour, les malades viennent en longues files gémissantes chercher des plantes sacrées dans la pauvre hutte de la jeune fille. Les druides eux-mêmes s'inclinent devant la science miraculeuse de l'enfant chére aux dieux.
Seul un homme s'enferme dans un isolement haineux. Le chef de tribu sent son prestige lui échapper. Dans sa caverne maintenant délaissée par la foule, il maugrée:
- Je possède les bois du Devens, de Polyre et de la Perlaz, mes sujets se nourrissent de mes glands et de mes châtaignes; ils font du cidre de mes fruits sauvages; je leur abandonne les viandes saignantes de mes grandes chasses; les jeunes gens traquent l'ours à coups d'épieu dans mes forêts, et ils oublient tout cela pour les herbes sèches d'une esclave? Famille maudite, ton pouvoir n'a pas le droit de vivre à côté du mien!
Habile politique, il s'approche un jour de Rose et patelin s'inquète:
- Ma fille, avant d'être votre chef, je suis votre père dévoué, tu le sais, pour moi pas de secrets. Ou étais-tu quand tu vis l'étrangère?
Et rieuse, pleine d'innocence, l'enfant court en avant à travers les joncs et les prés.
- Tenez, là, près de ce saule blanc, je me baignais dans l'eau claire.
- Ah!... Ah! eh bien, baigne-toi pendant l'éternité, fille de malheur!
Brutalement il empoigne la jeune fille par ses longs cheveux et la noie, la face enfouie dans la fange.

* * *

Au village, la mère s'inquète. Elle cherche sa fille chez les malades, personne ne l'a vue. Affolée, elle court dans les bois que Rose aimait tant:
- Rose!... Rose!... Réponds mon enfant!
Les grands troncs sévères restent impassibles, seul l'écho moqueur répète: ... mon enfant! Enfin, près de la grève, une tache blanchit les eaux.
Ah voilà ses marguerites! Ma fille n'est pas loin.
Ce ne sont pas des fleurs qui surnagent, mais une morte, Rose.
Sur le sable doré, écrasée par la douleur, une mère se tord les mains dans une atroce prière de supplications et de malédictions.
Le ciel reste immuable.
La triste nouvelle se répand chez les hommes. Des femmes échevelées se meurtrissent les chairs de coups. Des cris, des sanglots s'élèvent de toutes les huttes.
La nature immense continue sa vie lumineuse et sereine.
Un peuple entier pleure celle qui guérit tant de malades et ne put se sauver elle-même.
Sous le soleil indifférent, les végétaux frémissent d'une surabondance de sève. Des parfums capiteux se traînent sur le sol et frôlent avec volupté les pierres chaudes et le corps de la morte.
Déjà les têtes s'inclinent plus bas devant le chef meurtrier qui a retrouvé sa puissance.
A quoi donc servent les dieux? Arduina n'es-tu qu'une froide lueur?

* * *

Les druides ont pitié. Ils rassemblent la tribu et conduisent l'enfant morte en cortège solennel au bois sacré du Devens.
Sur un chêne énorme on découvre des touffes de gui. Un prêtre vêtu de blanc monte sur l'arbre. Avec une serpe d'or il détache les baies qui tombent en pluie de perles sur une saie blanche. Puis les vates immolent un couple de taureaux pendant qu'un barde chante les vertus de la défunte:
- Réjouissez-vous, dit-il aux parents. Autrefois votre enfant courait sur les prés, elle se parait de fleurs, elle jouait avec les grandes biches fauves, elle dansait sur la mousse épaisse des sous-bois. Maintenant elle est tout cela. Son âme brille dans les rayons de soleil qui ne cesseront de luire sur vos têtes. Elle pénètre en vous par l'air que vous respirez. Elle vit dans votre chair, dans votre coeur. Son corps lui-même appartient au grand mystère des forêts, le symbole de notre divinité.
- Rose, sois la plus belle fleur du pays!
Les joues pâles du petit cadavre s'entrouvrent en pétales rouges sur la corolle d'or des cheveux. Des lèvres écartées s'exhale un parfum délicat. La taille svelte s'assouplit davantage, s'allonge en courbe harmonieuse et la tête se penche sur le lac qu'elle aimait. Rose est devenue fleur d'aubépine.
De sa grotte sur la grève, le chef a regardé la fumée du sacrifice. Les clameurs du peuple lui annoncent un miracle.
Alors, farouche, il se dresse face au ciel:
- Arduina, déesse de malheur, tu n'es qu'une illusion forgée par les prêtres. Toute ta puissance n'a pas empêché la mort de celle que tu protégeais. La vraie force est là!
Et il tend ses énormes poings crispés sur ses armes. Un ordre sec cingle l'air comme un coup de joran:
- Reste!
Le corps massif du chef se tord dans un dernier blasphème, s'alourdit, s'enfonce dans le sable. La barbe se développe prodigieusement et le recouvre d'un sombre linceul moussu. Le chef s'est métamorphosé en rocher.
- Toi, continue la déesse, puisque tu avais le coeur d'une bête, prends-en l'apparence, sois un ours de granit, et pour faire oublier ton souvenir néfaste, que ta caverne se peuple de fées bienfaisantes qui écarteront les naufrages de ces rives.
La voix céleste devient douce comme une brise d'été:
Toi, fleur de rose, parfume le pays de ta grâce et de ta vertu, crois, en signe de pardon, autour de la grotte aux fées et dans les armoiries de ton peuple, que ton symbole s'unisse à la croix pour l'emporter toujours sur la tyrannie.


La petite histoire :

La Béroche a ses légendes, survivances païennes, qui font frissonner ou rêver, avec leurs sorciers et sorcières aux regards troubles, leurs fées bienfaisantes et lutins malicieux, leurs fantômes insaisissables, leurs faux-monnayeurs secrets, leurs chasseurs et voleurs poursuivis dans leurs consciences. La rencontre des ensorceleurs malins et des ensorcelés plus ou moins naïfs se réalise dans des endroits bien précis: le sombre passage d'Entre-Roches, le surplomb du Creux du vent, les broussailles du chemin des sorcières, la vigne du diable, entre autres, de préférence la nuit.
La grotte aux fées ou cave aux filles.

Parmi les excavations ouvertes dans les rochers de la plage, à Tivoli au-dessous de Sauges, la grotte aux fées est la plus intéressante. Haute de 8 à 9 pieds, profonde de 40 et large de 12, elle est connue des botanistes qui viennent - ou venaient - y chercher la jolie fougère nommée vulgairement cheveux de Vénus, capillaire - Andiantum Capillus-Veneris - plante rare dans le pays, et qui tapisse la voûte de la caverne. Le sol est couvert d'un sable fin qui semble passé au tamis. Une ouverture latérale, semblable à une fenêtre dirigée vers le large lacustre, a été fermée par l'éboulement d'un énorme quartier de rocher, à la forme d'un ours, nom que lui ont donné les gens de l'endroit.

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