« Forum Ev-Dragon
Le jeu et vous
»
[!] Whiteange tire un 7 de carreau (Total : 7/14)
Pouleman : (je ne m'y vois pas...)
Pouleman : devrais-je user de ce répit pour escamper ?
Accès
Tchate


 Ev-Dragon >> Forum >> Histoire du Jeu en Temps Réel ! >> la Tour de Rehäl

 Pages : [01] [02] [03]  
 Auteur  Message  Edit 
Dragon gris
 Le 27/02/2007 à 19:01:10 

Le monde n'est-il pour nous que ce que nous en faisons, dans les ombres de nos esprits?

Dragon volcan
 Satsue 
 Le 03/03/2007 à 22:20:21 
Tout se bousculait dans mon esprit. Ne pas penser à l'homme, ne pas penser à l'éclair, penser à Liyan, penser à ce à quoi je devais penser... les battements de mon cœur suivaient les errances de mon âme : désordonnés, fous, oscillant entre l'accélération due à la peur et l'apaisement du à la fatigue... si bien que l'image de mon désir s'évanouit et laissa place à une obscurité soudaine et pénétrante. Je restais immobile un instant, pensant que tout allait revenir à la normale, si tant est qu'il y ait une quelconque normalité dans cette Tour ! pensai-je fugacement. Aucune scène ne se dessina. Je pensai clairement à l'homme à la peau tannée. Rien. Le silence était assourdissant, distillant une angoisse grandissante. Je fis un tour sur moi-même mais ne captai aucune source de lumière, aussi infime fût-elle. Un constat s'imposa : j'étais seule, dans le noir absolu. J'inspirai profondément pour détendre mon estomac contracté. Quelque chose n'allait pas. Tu vis des scènes imposées mais que tu peux d'une certaine manière influencer et tu trouves que quelque chose ne va pas ! ironisa la voix de ma raison. Évidemment, rien n'allait vraiment mais... j'entrepris de faire deux pas. Un pas, puis l'autre. Normalement, j'aurais du entendre le léger appui de mes pieds sur le sol et le frottement de mon pantalon, mais aucun bruit ne me parvenait. Après vérification, je ne m'entendais même pas respirer. Bien. Aucune raison de paniquer. Si je devais passer par d'étranges lieux pour entrer dans la Tour de Rehäl, qu'il en soit ainsi ! J'étais prête. L'écho de mon pénible raclement de gorge ne se produisit que dans mon esprit. Que faire ? Ne pas paniquer, ne pas paniquer. Trouver une sortie ? Essayer de contrôler cette scène ? J'optai pour la seconde solution, la première me paraissant mener directement à la folie. Il fallait que je trouve mes repères. Je décidai de m'asseoir, après tout, un peu de repos était bien mérité ! Je tendis donc les mains vers le sol... mais ne rencontrai aucune résistance. Mes cordes vocales vibrèrent en un cri de surprise silencieux. Déséquilibrée, je tombai vers l'avant ou plutôt, j'avais la sensation de tomber. C'est ce que la logique de la gravitation aurait provoqué : une chute. Mais la logique semblait avoir déserté ce lieu. Même si mes mains ne trouvaient pas de support ferme, mes pieds eux semblaient ancrés... quelque part... je me recroquevillai et tentai de nouveau de toucher un sol. Mais de nouveau, rien. Un gémissement se forma dans ma gorge. Pas de son, pas de sol, pas de repères, ni haut, ni bas... rien, j'étais au beau milieu de rien, et ces quatre lettres firent déferler en moi une vague de

(terreur)

chaleur lorsqu'il s'approcha et me serra contre lui.
- Liyan !!! Aide-moi je t'en prie, je n'y comprends rien, j'ai peur !! hurlai-je.
Ce cri fusa de ma bouche et écorcha l'oreille de celui qui me tenait contre lui. Il s'écarta légèrement et me regarda d'un air étonné. Je hurlai de plus belle.
- Qui êtes vous ? Vous êtes dans mon imagination, vous ne pouvez pas arrêter de...
- Calme-toi Satsue, me dit-il. Sa voix était d'une douceur extrême, désirable. Il faut que tu comprennes que...
- Liyan !! Aide-moi !!
- Laisse-le parler, me conseilla mentalement mon dragon. Il a certainement quelque chose à t'apprendre. De toute façon, il ne peut rien t'arriver, affirma-t-il.
Au prix de grands efforts, raccrochant mon courage à cette dernière affirmation, je calmais à peu près mes esprits.
- Satsue ? reprit l'homme. Tout cela est déroutant, mais je ne suis pas le seul fruit de ton imagination. C'est un petit plus compliqué que cela, vois-tu, l'entrée de la Tour de Rehäl étant à la croisée des mondes...
- La croisée des mondes ? Je ne comprends pas…
- Je sais, tu as fait ce long chemin pour parler à Rehäl. Il s'écarta complètement de moi, de sorte que je pouvais contempler son corps parfait, nu. Tu le rencontreras bientôt. Mais avant cela je dois te dire...
Sa voix délicieuse se mua en un grondement rauque et puissant
- ... que dans le futur...
Sa peau s'éclaircit jusqu'à devenir translucide. Je pouvais parfaitement distinguer chacune de ses veines, palpitant faiblement.
- ... tu connaîtras...
Il s'avança vers moi. Je voulus reculer, courir, m'enfuir, mais mes muscles refusèrent de s'actionner. Lorsque nos deux corps se touchèrent et frémirent à l'unisson, un flot de sang s'écoula lentement de ses yeux devenus blancs.
- ...l'amour au prix de la mort...
Son ardent baiser me révulsa mais provoqua dans le même temps un sentiment de fusion passionnelle. Le rêve prenait vie. Mon pouls s'accéléra jusqu'à me donner le vertige. Ivresse des sens, sens de l'ivresse

- rupture -

la blancheur m'aveugla.
Dragon glace
 Tor 
 Le 03/03/2007 à 22:30:02 
magnifique!! poésie et récit à la fois c'est un régal ^^
la suite! la suite!
Dragon gris
 Le 03/03/2007 à 22:52:21 

Jusqu'où nous mèneras-tu, jusqu'où te meneras-tu? Je crois parler pour tous ceux qui suivent ton histoire: nous te suiverons avec le plus grand plaisir!  ;)

Dragon volcan
 Satsue 
 Le 05/03/2007 à 22:26:31 
[hrp] merci pour vos encouragements qui me font chaud au coeur ! J'espère ne pas vous décevoir avec la suite ! [/hrp]

la blancheur m'aveugla. Je dus attendre quelques instants que mes yeux s'habituent à cette agression. Trois énormes soleils emplissaient le monde d'un éclat irréel. Mes pieds nus foulaient une herbe drue, douce, et un agréable parfum de fleurs nouvellement écloses vint chatouiller mes narines. Liyan se tenait à mes côtés, dans sa fidélité absolue. J'ouvris la bouche mais n'émis aucun son. Un oiseau se posa sur mon épaule. Un cri retentit et des nuages rouges envahirent le ciel. Je me tournai et remarquai une pierre sur le sol, une pierre gravée. L'oiseau s'envola puis disparut. Je déchiffrai l'inscription et y reconnus mon nom. Ceci était ma tombe

- rupture -

J'ouvris les yeux, la conscience à la dérive. Les rayons d'un soleil au zénith m'enveloppaient de leur chaleur sensuelle. Un oiseau de feu passa dans mon champ de vision. Une légère brise me caressa le visage. La plénitude m'envahit. Je gémis doucement. Je ne savais pas quel était cet endroit, et peu m'importait. Jamais je ne m'étais sentie aussi bien. Aussi sereine, aussi entière. Ce lieu hors du temps était-il l'essence du bonheur ? Un sourire se dessina sur mes lèvres. Je sentais mon corps libéré, mon âme en paix, et m'oubliais dans un sommeil proche du ravissement absolu.

« Satsue ? Satsue, il est temps de te réveiller.
Une voix dans ma tête...
- Satsue ?
Mais qui était cet individu pour oser interrompre l'enchantement qui m'habitait ?! Je grommelai une vague injure et tentai de retrouver les limbes de ma nuit exquise.
- Satsue, réveille-toi !
Pas moyen de dormir tranquille ! Je me redressai brusquement, décidée à planter ma dague dans le cou de celui qui avait brisé mon sommeil. Je clignai des yeux, éblouie par le soleil au zénith, et oubliai immédiatement mes pensées vengeresses. Devant moi s'étendait un jardin à perte de vue, où un nombre impressionnant d'espèces végétales se côtoyaient, simples brins d'herbe, troncs torturés d'arbres millénaires ou fleurs aux formes harmonieuses. Couleurs chatoyantes et odeurs suaves se mêlaient en un délice sensoriel.
- Alors, qu'en penses-tu ? interrogea la voix.
Je me retournai et poussai une exclamation de joie en reconnaissant mon dragon. Je m'étais endormie près de lui, lovée contre son cou.
- Liyan ! Comme je suis heureuse de te voir ! lui dis-je mentalement. Comment vas-tu ? Et... où sommes-nous ?
- Je n'en ai aucune idée !
- Je me souviens maintenant... la jetée, l'homme, ma tombe... d'ailleurs, je n'ai pas vécu de nouveau cette troisième scène, remarquai-je. Comprends-tu ce qui nous est arrivé ?
- J'avoue que non, mais au moins, tu n'es pas revenue au point de départ...
- Mais comment es-tu arrivé ici ? demandai-je. La porte n'était pas assez grande pour que tu passes...
- La Tour est un haut lieu de magie, et nombre de vos questions ne sauraient trouver de réponses, énonça une voix derrière nous.
Je tournai la tête pour voir une silhouette se détacher dans l'ombre d'un énorme tronc, et un homme apparaître. La première impression qu'il me laissa fut celle d'un être double. Ses traits étaient à la fois fins, presque enfantins, et gravement matures. Ses yeux bleus brillants inspiraient crainte et confiance. La masse noire et dense de ses cheveux tombaient sur ses épaules en un mouvement paraissant désordonné mais savamment orchestré. Ses mains étaient puissantes mais promettaient une tendresse délicate. Les courbes de ses muscles contrastaient avec le frisson de sa peau. Double...
- Pourquoi ne pas visiter le jardin ? proposa-t-il. Ainsi je pourrais répondre à certaines de vos questions, jeune Satsue, ainsi qu'aux vôtres, mon ami dragon, ajouta-t-il en s'adressant à Liyan. Si vous commenciez par m'expliquer les raisons de votre présence ici ?
- Qui êtes-vous ? demandai-je, ignorant sa requête.
- Qui je suis ? répondit-il d'un air amusé. Je suis le créateur et gardien de ces lieux, mon enfant. Le Temps se souvient de moi sous le nom de Rehäl. »
Dragon glace MJ
 Le 06/03/2007 à 09:33:14 
plop !
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 07/03/2007 à 22:40:55 
Je restai sans voix en entendant le nom de Rehäl... lui ? Rehäl, ce jeune homme ? Les écrits que j'avais lus et relus à son sujet situaient son histoire il y a quelques soixante années de cela... Le magicien sourit devant mon air incrédule. Son regard scintillant fit naître une douce chaleur au creux de mon bas-ventre.
« Oui, je me nomme bien Rehäl, magicien de ces lieux. Ce magnifique dragon se nomme-t-il Liyan ?
Une réponse se forma sur mes lèvres mais ne put être libérée, emprisonnée dans la surprise et confusion. Tout d'abord, je m'étais attendue à trouver un vieil homme, usé par le temps et la solitude, rongé par la folie et peut-être même à l'article de la mort... Mais non, Rehäl, le magicien banni, sujet de contes et de légendes en Est-Argent, se tenait devant moi et me souriait, arborant une jeunesse insondable ! Et ensuite, cet homme connaissait mon dragon ! Percevant mon désarroi, Liyan prit la parole mentalement.
- Liyan est bien mon nom, noble magicien. La jeune femme qui m'accompagne s'appelle Satsue.
Une expression d'admiration infinie se peignit sur le visage du magicien.
- Je peux entendre ce qu'il pense ! Il peut communiquer ! C'est... c'est tout simplement magnifique ! s'exclama-t-il, soudainement excité.
Je savais que le don de communication que nous possédions Liyan et moi était rare, mais la joie de Rehäl semblait prendre sa source au-delà de la découverte, comme si ce don était d'une manière ou d'une autre lié à sa propre existence...
- Venez avec moi, il faut que nous discutions de tout cela ! Magnifique !
D'un geste, il nous invita à le suivre. Nous marchâmes durant quelques minutes au travers du jardin pour atteindre un ruisseau bouillonnant, au bord duquel était dressée une table recouverte d'aliments étranges. Après ces journées harassantes de marche et de survie, m'asseoir sur une chaise me procura un plaisir démesuré.
- Je n'en reviens pas... Liyan et Satsue ! Je commençais à désespérer de ne jamais vous revoir, confia le magicien.
- Nous revoir ? interrogea Liyan.
- Oui... mais parlez-moi de vous ! Racontez-moi la raison de votre venue ici, si loin de l'Est-Argent...
Ainsi connaissait-il nos origines et nous avait déjà rencontrés. Je décidai de ne pas prêter attention à ces détails troublants et entamai le récit de nos aventures, depuis ce jour où j’avais pris ma vie en main…
- Je m'appelle Satsue, et suis fille de la mer de l'Est-Argent, dis-je, ne sachant pas trop par où commencer. Mes parents et moi vivions dans une communauté de pêcheurs, dans la ville d'Ilsandir. Tout était normal jusqu'à ce jour de mes 20 ans...
Rehäl avait fermé les yeux et écoutait mes paroles avec un sourire avide. Encouragée par cette attitude, mon récit se fit plus fluide, et les souvenirs affluèrent...

Cinq ans auparavant, ville d'Ilsandir.
« Je ne veux pas passer ma vie à pêcher ! » hurlai-je en claquant la porte.
Après avoir couru jusqu'au sommet de la colline, je m'arrêtai pour reprendre mon souffle et regardai pour la dernière fois ma maison. Des larmes de colère et de tristesse mêlées coulèrent sur mes joues rougies par l'effort. Personne n'était sorti pour me retenir. Ni mes parents, ni mes deux frères. Une fumée grisâtre s'échappait paresseusement de la cheminée, ignorant le déchirement qui venait frapper le foyer.
Malgré le doute, je sus que ma décision était la bonne. L'eau était mon élément mais elle ne serait pas ma vie. Je rêvais à autre chose... à quoi précisément, je ne le savais pas encore, mais je sentais au fond de moi qu'une autre destinée m'attendait. L'âme lourde mais résolue, je tournai le dos à ma ville natale et me mis à marcher, droit devant.
Dragon glace MJ
 Le 07/03/2007 à 23:38:17 
plop!
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 08/03/2007 à 20:18:35 
[hrp] hem, désolée pour la longueur du post mais je tenais l'inspiration et n'ai pas voulu la lâcher  ;) [/hrp]

Quatre jours plus tard, au petit matin, j'atteignis la ville voisine, épuisée. J'avais passé mon enfance et mon adolescence en mer, sur un bateau, et les plaines de l'Est-Argent étaient si ingrates que rien n'y poussait mis à part des fourrés d'épineux. La faim me tenaillait. Je décidai de me diriger vers le centre du bourg, espérant y trouver quelque chose pour calmer les grondements de mon estomac. La matinée était agréable et un léger vent frais balayait les rues de ses senteurs iodées. J'avançai au hasard, l'esprit tourmenté. Durant ces journées de marche, je n'avais cessé de penser à ma décision. Était-ce vraiment la bonne ? Même si mes parents n'avaient pas compris mes désirs, méritaient-ils cette punition ? Qu'allais-je devenir, moi qui ne savais rien faire des mes mains sinon manier les voiles et recoudre les filets ? Comment allais-je me nourrir ? Avec un soupir, je m'arrêtai dans une petite ruelle peu avenante. Je m'asseyais sur le perron lorsque mon regard fut attiré par la boutique située juste en face. Une inscription sur le fronton du porche indiquait qu'il s'agissait d'un marchand de livres et manuscrits. La porte quant à elle était ouverte, et à l'intérieur, je distinguai un vieil homme assis qui me fixait de ses yeux délavés. Poussée par la faim et la curiosité, j'entrai dans la boutique. Une odeur de parchemins et de cuir tanné m'accueillit. Un voile de poussière dansait dans les quelques rayons du soleil matinal filtrant par la porte ouverte. Sur tous les murs étaient apposées d'énormes bibliothèques qui croulaient sous le poids d'innombrables livres. Je n'en avais jamais vu autant ! J'étais tellement impressionnée que j'en oubliais le vieil homme.
« Sais-tu lire mon enfant ? me demanda-t-il.
Malgré la fatigue et le tremblement qui transparaissaient dans sa voix, le vieil homme s'exprimait de manière vive.
- Non, je ne sais pas lire, répondis-je en me tournant vers lui. Je suis une fille de la mer, ajoutai-je en guise d'explication.
- D'où viens-tu ?
- De la ville voisine, Ilsandir.
- Et que fais-tu ici ? Tu sembles perdue, dit-il.
Je détournai la tête afin qu'il ne voie pas les larmes perler à mes yeux.
- Je... je suis en voyage, dis-je, peu assurée.
- Veux-tu travailler dans ma boutique ? me proposa-t-il. Les rayonnages sont si hauts que je ne peux plus les atteindre ! Voudrais-tu m'aider ? En échange tu pourras dormir dans les combles qui servent de grenier. Il faudra aussi que tu apprennes à lire. Qu'en dis-tu ?
- Je suis d'accord ! m'exclamai-je, ne sachant comment lui exprimer ma gratitude. Je ferai de mon mieux ! Je vous le promets !
- Je n'en doute pas jeune fille, affirma-t-il avec un sourire. Je m'appelle Jen.
- Et moi Satsue ! » dis-je en m'inclinant.
Ma nouvelle vie pouvait commencer.

Deux années plus tard

Je me réveillai ce matin-là plus promptement que les autres jours. Et pour cause, je fêtai mes vingt ans ! Je m'étirai sur ma couche, me levai, fis une rapide toilette et descendis avec précaution l'échelle qui menait directement à la boutique. Le vieux Jen était en poste comme chaque matin, assis sur sa chaise, la porte ouverte, humant les odeurs du bourg au réveil.
« Bonjour Jen !
- Bonjour Satsue. Bien dormi ?
- Non ! répondis-je avec un sourire.
- Aujourd'hui est une journée particulière... commença le vieux. Tu fêtes ta vingtième année.
- Oui.
- Regarde sur la table. Je crois qu'un cadeau t'attend.
Je me précipitai vers la table que j'avais fait installer quelques mois après mon arrivée, afin d'apprendre à lire dans des conditions correctes. Je saisis l'objet qui s'y trouvait posé, enveloppé dans un cuir fin et odorant. Les mains tremblantes, je défis le lien et m'approchai de l'entrée pour profiter de la lumière extérieure. Il s'agissait d'un livre, mais pas n'importe lequel. Celui-ci avait une couverture en cuir d'un rouge profond, au grain fin et à la souplesse étonnante. Je déchiffrai le titre : 'Rehäl le magicien banni. Chroniques d'Ilsandir'.
- Tu les as trouvées ! m'exclamai-je.
Les chroniques d'Ilsandir ! Le vieux Jen n'aurait pu me faire plus beau cadeau. Au cours de mes deux ans passés en sa compagnie, j'avais trouvé dans sa bibliothèque deux écrits traitant du magicien Rehäl d'Ilsandir et avais immédiatement été fascinée par ses théories. Jen m'avait affirmé qu'il existait un troisième livre, supposé perdu dans l'incendie qui avait ravagé la maison du magicien la veille de son bannissement. Mais ce livre n'avait pas été détruit et Jen l'avait trouvé, ce troisième livre ! Je me jetai dans ses bras.
- Merci Jen, merci de tout coeur ! Je suis si heureuse !
- De rien mon enfant. Avoir pu te transmettre le don de lecture et la passion des livres est ma plus grande récompense. J'ai également une mission à te confier.
- Une mission ?
- Aujourd'hui, ta journée est libre, aussi pourras-tu t'adonner à la lecture de ce précieux ouvrage, me dit-il avec un clin d'oeil. Mais je te demanderais de me rendre un service.
- Bien sûr !
- J'aimerais que tu ailles en forêt et que tu me rapportes des fleurs de sang.
Les fleurs de sang étaient des fleurs dont le nectar était rouge sombre et était utilisé comme une encre.
- Pourquoi en as-tu besoin ? demandai-je. Es-tu en train d'écrire un livre ?
- Non non mon enfant, répondit le vieux en riant. C'est pour un document officiel... vois-tu, je souhaiterais que tu deviennes ma fille adoptive, si tu es d'accord bien entendu.
Je me jetai de nouveau dans ses bras et le serrai si fort que ses vieux os protestèrent.
- Évidemment que je suis d'accord ! Quelle merveilleuse journée ! Je vais de ce pas chercher quelques provisions pour me mettre en route. Encore merci vieux Jen. »

Trois heures plus tard, j'étais en chemin vers la forêt, le coeur léger et l'esprit encore émerveillé de ma lecture. Les chroniques de Rehäl relataient la fin de la vie du magicien en tant que citoyen d'Ilsandir. À l'époque, les dragons étaient rares, tout du moins les contacts entre eux et les humains l'étaient. Les humains connaissaient l'existence des créatures mais ne s'y intéressaient guère, les considérant comme dangereux. Cependant, Rehäl décida d'y consacrer l'énergie de sa vie. Il était persuadé que les dragons et les humains pouvaient vivre ensemble et qu'ils en tireraient même de nombreux avantages. Pour lui les reptiles étaient des êtres dotés d'une intelligence certaine, peut-être même d'un moyen de communication aussi évolué que le langage des hommes. Il passait donc des jours entiers enfermé dans sa maison à trouver un moyen d'approcher un dragon et de l'apprivoiser. Les citoyens d'Ilsandir trouvaient le magicien fantasque mais ne le rejetaient pas pour autant, jusqu'au jour où un dragon furieux avait dévasté la moitié des maisons de la ville avant de mettre le feu aux réserves de grain. Rehäl avait bien tenté de défendre le reptile et de trouver une explication à ce comportement mais nul ne l'avait entendu. Il avait alors été banni d'Ilsandir pour trahison envers sa cité. Depuis, personne ne savait où il se trouvait ni même s'il était toujours vivant.
Cette histoire me fascinait. J'entretenais secrètement l'espoir de prouver un jour aux citoyens de la mer que Rehäl avait raison, que les dragons pouvaient bel et bien se lier aux êtres humains.

Après de nombreuses pauses, j'atteignis enfin la forêt. Il me fallait maintenant localiser les fleurs de sang, assez courantes mais souvent cachées par d'autres espèces plus grandes. Je m'enfonçai donc dans les bois, les yeux rivés au sol, cherchant avec attention la couleur du sang. Concentrée, méthodique, je parcourus une bonne lieue avant de faire une pause, les yeux fatigués. Je m'assis sur un tronc couché couvert de mousse et bus une gorgée d'eau fraîche. Puis je remarquai un amas de branchages morts au sommet d'une souche voisine. Je m'approchai pour dégager la place lorsque j'aperçus un éclat blanc au centre de la souche. Soulevant légèrement les branches, je reconnus un oeuf, si gros qu'il ne pouvait y avoir de doute. Il s'agissait d'un oeuf de dragon.
Dragon glace MJ
 Le 08/03/2007 à 22:32:38 
Quand on a l'inspiration, il ne faut jamais la laisser filer ! Ne t'excuse pas de ce genre de choses !!
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 09/03/2007 à 21:25:11 
[hrp] t'inquiètes Phoenix, je ne laisse jamais filer mon inspiration, je prévenais plus que je ne m'excusais :D. Saviez-vous que le futur du verbe éclore ne s'emploie jamais ? C'était la minute de culture [/hrp]


Je restais de longues minutes à observer cet oeuf. Sa coquille était pâle, presque translucide. Parfois il vacillait, indice qu'une petite vie se développait à l'intérieur. Je balayai d'un regard les alentours mais n'y trouvai aucun signe du passage d'un dragon. Pas de branches brisées, pas d'empreinte, ce qui signifiait que cet oeuf était abandonné. Les dragons couvaient-ils leurs oeufs ? Si oui, combien de temps ? Que devais-je faire ? Je posai délicatement ma main sur l’œuf. Il était chaud. Une vie... sans réfléchir, je le saisis et le plaçai dans ma besace de cuir, en veillant à ne pas le secouer. Le vieux Jen saurait certainement quoi faire.

Le chemin du retour fut lui aussi peuplé de nombreuses questions. Ma besace tendue par le poids battait contre ma cuisse, me rappelant à chaque pas les implications de ma décision. Et je n'avais aucune idée de la façon dont il fallait s'occuper d'un dragon ! Un instant, je fus tentée de revenir sur mes pas pour lui rendre sa liberté et son appartenance à la nature, mais... ma curiosité prit le dessus. Voilà, ma curiosité ! Bien vite, je me rendis compte que ce dernier argument n'était qu'une illusion. Ce qui m'intéressait réellement était de prouver que Rehäl avait raison.

En arrivant à la boutique je filai directement dans ma chambre et plaçai l’œuf sur ma couche. J'allai chercher les peaux de bêtes que je gardais pour l'hiver et l'en recouvris. Ce faisant, un sentiment singulier naquit et s'ancra au plus profond de mon être. Être mère...

Je décidai finalement de ne pas parler au vieux Jen de ma découverte. Il avait d'autres soucis en tête. La fin de sa vie était proche, il le sentait, et moi aussi. Il se fatiguait vite, passait des heures à dormir et avait perdu l'appétit. Son état m'attristait. Les rares moments heureux que nous passions ensemble, comme un père avec sa fille, étaient ceux de la lecture. Nous nous installions sur le pas de la porte et attendions quelques minutes, à écouter la pluie tomber ou les oiseaux chanter. Puis il me donnait le titre d'un livre qu'il souhaitait entendre. Je me levais, le prenais dans la bibliothèque et revenais m'installer par terre, contre ses genoux. Alors commençaient les voyages au travers de mondes inconnus, de théories improbables ou de formules de magie oubliées. Le vieux souriait toujours pendant la lecture.

Jen mourut deux semaines plus tard. Son enterrement fut célébré dans la tristesse, car tous en ville le connaissaient et l'appréciaient. Étant sa fille unique, je reçus son héritage, qui consistait en sa boutique et quelques économies. Je me retrouvais donc seule.

L’œuf du dragon avait changé de teinte depuis quelques jours, aussi pensais-je que le petit reptile sortirait bientôt. Petit était un adjectif plus affectueux que réaliste, l’œuf mesurant près d'un mètre dans sa plus petite largeur. Dans ma solitude, j'aimais parler à l'être bientôt mature qui se lovait à l'intérieur. Je lui contais mes rêves, mes envies, mes craintes et mes doutes, et toutes les choses merveilleuses que je découvrais lors de mes périples autour de la ville. Je lui racontais les vagues d'une mer calme qui se mouraient sur le sable, le doux bruissement des feuilles dans la forêt, la plénitude d'un coucher de soleil, je partageais tout ce qui emplissait ma tête et dans mon cœur. Un jour, alors que le vieux Jen me manquait cruellement, je lui fis la lecture, pesant chaque mot, cherchant le rythme juste et la vibration de la voix correspondant à l'émotion décrite. Enfin, la nuit, je le couvrais de mes peaux, le posais sur ma couche et me couchais tout contre lui.

Deux semaines plus tard, la coquille se fendilla.


Dragon glace MJ
 Le 10/03/2007 à 17:39:22 
plop !!
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 11/03/2007 à 17:19:02 
Je me trouvais au rez-de-chaussée en train de faire l'inventaire des derniers achats lorsqu'un puissant appel retentit en moi. L'expérience était difficile à décrire tant elle était étrange : mon corps entier s'était immobilisé, ma main était restée suspendue dans les airs, comme pour mieux me laisser pénétrer par la force de la vibration. Mon esprit quant à lui recevait des sensations exacerbées, l'odeur pesante du cuir, le léger mouvement d'une mèche de cheveux sur mon front, le goût de poussière omniprésent, mais surtout... un craquement, là-haut... j'eus en cet instant l'impression de projeter tous mes sens vers ma chambre et même d'y être. Le craquement d'une coquille... je lâchai le registre et me précipitai vers l'échelle. À chaque barreau, l'appel se faisait plus fort, guidant mes mouvements, emplissant ma tête d'une complainte lancinante et presque insupportable. La montée me parut durer une éternité. Lorsque je posai le pied sur le plancher le chambre, la musique explosa. Je ne voyais plus, n'entendais plus, ne sentais plus, tout n'était plus qu'un vertige de musique, sur un rythme si régulier... les fondations tremblaient à chaque pulsation mais je n'avais pas peur, la musique était en moi, elle me protégeait et m'appelait... pulsation... mes yeux se posèrent sur l’œuf, dont la coquille était zébrée d'une fissure verticale... pulsation... une douleur m'arracha un cri couvert par la clameur assourdissante de la mélodie... pulsation... avec effroi, je fixai l'origine du mal, mon bras droit, sur lequel se gravait lentement une sorte de symbole... pulsation... le sang gouttait au rythme de la musique, je ne pouvais que fixer ces lignes rouges qui serpentaient sur mon bras, obéissant à une magie inconnue... pulsation...
La musique se tut en même temps que la coquille se brisa.
La réalité me heurta violemment. Les tympans bourdonnant, le cœur affolé, je posai mon regard sur l'être qui s'extirpait de l’œuf. J'avais imaginé ce moment des centaines de fois mais l'émotion qui m'envahit dépassait l'entendement. Il était là, il me regardait avec ses yeux rougeoyants, il était là, frissonnant, ce petit être était mon

(fils)

dragon... Incapable de faire le moindre mouvement, les questions défilaient dans mon esprit. Qu'étais-je censée faire ? Le prendre dans mes bras ? Lui donner à manger ? Le ramener en forêt ? Le bonheur qui enflammait mon cœur était tel que je m'approchai de ce petit reptile maladroit. Ses ailes membraneuses battaient frénétiquement l'air. Je m'approchai encore et tendis ma main droite. Le dragon la flaira un instant puis ouvrit la gueule pour évacuer une minuscule flammèche. Tremblante, je tentai de toucher sa tête aux écailles blanches lorsque la musique retentit de nouveau, puissante, pénétrante, douloureuse... je stoppai mon mouvement et plongeai mes yeux dans ceux du petit dragon. N'aie pas peur, je suis là. Une lumière blessante nous inonda. Tout était si intense, si intense, la joie, mais la peur également lorsque je vis mon bras droit se soulever et tracer un signe, le signe gravé sur ma peau, un signe de lumière, de bonheur et de musique... le signe semblait flotter dans les airs, tracé d'une lueur bleuâtre, pulsant régulièrement au rythme de la mélodie. Puis sa couleur se fit plus intense, toujours plus intense, jusqu'à brusquement disparaître. La musique cessa de nouveau. Mon bras retomba lentement sur le front du jeune saurien. Il pressa alors son museau contre ma main. Malgré mon inquiétude, je souris.
Un signe identique au mien était gravé sur les écailles frémissantes de sa patte avant droite.
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 13/03/2007 à 16:41:58 
Tour de Rehäl

J'interrompis mon récit pour saisir sur la table ce que je considérais comme un fruit. Tout en ôtant la coque violacée qui l'entourait, j'étudiais discrètement le comportement du magicien banni. Ses premières réactions émerveillées, presque enfantines, avaient laissé place à une attitude sérieuse, mature et concentrée. Depuis que j'avais pris la parole, il n'avait cessé de me fixer de ses yeux perçants, hochant la tête de temps à autre et murmurant des commentaires que lui seul pouvait entendre.
Ma langue goûta à une chair trop sucrée, presque écoeurante. Je bredouillai une excuse et reposai le fruit sur la table. Le silence s'installa. Je cherchai d'un regard le soutien de mon dragon mais celui-ci semblait dormir, paisiblement allongé dans l'herbe ondoyante.
« Avant de continuer, j'aurais aimé vous poser des questions à propos de certaines choses... commençai-je.
- C'est bien naturel, me répondit Rehäl. Je vous écoute.
- Comment nous connaissez-vous ?
- C'est une bien longue histoire... commença-t-il.
- J'ai tout mon temps, répondis-je en me calant dans le fond de ma chaise.
Le magicien soupira. Lorsqu'il entama le récit de sa vie, ce fut d'une voix étonnamment vibrante.
- Je m'appelle Rehäl, autrefois connu sous le nom de Rehäl d'Ilsandir. Vous le savez certainement déjà, après mes études, j'ai passé de nombreuses années à étudier les dragons. Je trouvais ces créatures fascinantes, à la fois puissantes et délicates... dit-il en regardant Liyan. À l'époque, les écrits concernant ces reptiles étaient très rares, du fait de leur réputation dangereuse. Je ne prêtais guère attention à l'opinion des citoyens d'Ilsandir mais n'en ignorais pas pour autant les qualificatifs qui m'étaient attribués : fou, possédé, dangereux... Une sorte de compromis tacite s'était établi au sein de la cité : je pouvais étudier les dragons à ma guise, sans questions indiscrètes ni jugement, mais en échange, mes rares consultations et soins étaient gratuits. Le prix du silence en quelque sorte... De toute façon, la plupart des citoyens étaient persuadés que les crocs d'un saurien auraient rapidement raison de moi ! précisa Rehäl avec un rire.
- Ce n'est pas arrivé, fis-je remarquer.
- Non, ce n'est pas arrivé, confirma le magicien. Durant mes premières années de recherche, j'étudiais surtout les rares théories qui existaient au sujet des dragons. Leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires, le fondement de leur société... Simplement passionnant ! Mais il me manquait quelque chose.
- La validation pratique de ces théories ? avançai-je.
- Exactement ! Un magicien se doit de respecter les principes de la science. Aussi décidai-je de me mettre en quête d'une colonie de dragons dans les alentours de la cité.
- Pourquoi autour d'Ilsandir ? Voir un dragon dans la région était plutôt exceptionnel...
- J'avais mes raisons, répondit Rehäl sur un ton énigmatique. Avais-tu déjà vu un dragon avant de rencontrer Liyan ?
- Une seule fois, alors que je pêchais avec mon père.
- Sais-tu pourquoi ils sont si rares ?
À vrai dire, je ne m'étais jamais posé la question.
- Je suppose qu'ils préfèrent vivre à l'écart des humains, hasardai-je.
- Exact ! Les dragons forment des colonies solitaires, autonomes et discrètes. Ce sont des êtres pacifiques. Les histoires que tu as entendues à leur sujet ne sont que des légendes pour effrayer les enfants.
- Avez-vous découvert une colonie à proximité d'Ilsandir ?
- Une colonie s'était bien établie dans les parages, mais lorsque je l'ai découverte, il n'en restait plus qu'un couple. Le reste avait fui, certainement à cause de l'expansion de la cité.
Je sentis ma gorge se nouer.
- Un couple ?
- Ils ont survécu seuls cinq mois, subissant les assauts des chasseurs de légendes et des colonies de passage. Le mâle est mort après avoir été chassé, affamé et épuisé. Heureusement, la femelle était gravide...
- Gravide ? demandai-je le plus naturellement possible, espérant ne pas trahir mon anxiété.
- Elle attendait un petit. Elle a survécu uniquement pour mener à bien la gestation. Lorsque l’œuf a été pondu et mis en sécurité, elle a emprunté le chemin le plus direct vers la mer, espérant y trouver de la nourriture. En temps normal, les femelles couvent leurs oeufs pendant trois mois, et durant cette période, elles ne peuvent pas chasser, surtout si elles sont seules.
- Ilsandir... murmurai-je.
- La cité se trouvait sur son chemin. Alors elle l'a traversée, causant les dégâts que tu connais.
- Pourquoi le couple ne s'est-il pas enfui avec le reste de la colonie ? Pourquoi ne se sont-ils pas dirigés vers l'intérieur des terres ?
- Les dragons ont besoin de la forêt pour y déposer leurs oeufs et les cacher. Lorsque la colonie s'est déplacée, la femelle était déjà gravide, le voyage l'aurait tuée. Elle a préféré rester à proximité de la forêt. Et je veux croire qu'il y avait une autre raison... ajouta Rehäl.
Je pris le temps d'intégrer tous ces nouveaux éléments. J'essayai d'établir un contact mental avec mon dragon, mais ce dernier ne répondit pas.
- C'est à ce moment que vous avez été banni ? repris-je.
- Oui. Aussitôt après l'incident, les citoyens m'ont accusé d'avoir attiré ce dragon sur leur ville. J'ai pu m'échapper à temps pour ne pas être lynché et pendu sur la place publique. Ne sachant où aller, je me suis dirigé vers la forêt. Je ne pouvais pas m'enfuir... durant les cinq mois où j'avais observé le couple, un lien particulier s'était établi entre nous. Ils s'étaient laissés approcher, je leur avais apporter de la nourriture. Ils avaient même été très curieux envers mon étrange nature ! dit le magicien d'un ton voilé. J'avais assisté à leur survie, à la détresse de la mère lorsqu'elle s'était retrouvée seule... je me suis fait le serment de ne jamais abandonner l’œuf, et de faire mon possible pour que le jeune survive.
- Quand était-ce ? Il y a combien de temps ?
Rehäl afficha un sourire nostalgique.
- Il y a environ vingt ans.
- Donc ce couple ne pouvait pas être les parents de Liyan...
- Les parents, non, mais Liyan est bien un de leurs descendants.
Je l'interrogeai du regard.
- Je me suis installé dans la forêt, continua le magicien. Grâce à ma magie, l’œuf est arrivé à maturité et a éclos, libérant une magnifique femelle. Au début, je l'ai aidée, chassant pour notre survie. Elle est rapidement devenue autonome et a fini par rejoindre la colonie de ses ancêtres. Lorsqu'elle est partie, je me suis senti accompli et ai décidé de quitter la côte de l'Est-Argent et de m'installer dans un endroit paisible. Cette vieille tour en ruine m'accueille depuis ce jour, dit-il en désignant la tour d'un geste de la main.
- Mais Liyan... dis-je en fronçant les sourcils.
- Il faut savoir que les dragons sont très attachés au territoire de leurs ancêtres. Et qu'une femelle pond toujours là où elle est née, dans la mesure du possible, bien évidemment...
- La femelle est revenue et elle a pondu au même endroit, dans la forêt ! m'exclamai-je. Elle était donc la grand-mère de Liyan !
- Oui, elle l'était.
- Comment savez-vous qu'elle a de nouveau pondu ? Et comment savez-vous que j'ai trouvé son œuf ?
Un sourire se dessina sur le visage de Rehäl.
- Tout simplement parce que je n'étais pas le seul à croire que les dragons étaient dignes d'intérêt. Il existait au sein de la cité un... réseau, un petit groupe de personnes qui m'aidait dans mes recherches et qui prospectait chaque jour la forêt, dans l'attente du retour de la femelle.
Un réseau ?! Je n'en avais jamais entendu parler ! Ainsi, même banni sur ces terres lointaines, Rehäl avait continué son étude !
- J'avais une affection particulière pour l'un d'eux. Il était ouvert d'esprit, intelligent et terriblement discret. D'ailleurs tu le connais.
- Je le connais ?
J'avais beau retourner mes souvenirs, aucune personne ne m'avait jamais fait part de son intérêt pour les dragons... À moins que... Le magicien sourit de plus belle.
- Le vieux Jen ! »


Ce message a gagné 40 Po !
Dragon glace MJ
 Le 13/03/2007 à 17:08:17 
On en veut encore  ;)
 Pages : [01] [02] [03]    

 Se connecter

Pseudo : 
Pass : 


 Stats 
 1 topic et 44 messages visibles sur 187231 dans le topic la Tour de Rehäl.

Ev-Dragon.com © Bahanix 2005-2021 - Tous droits réservés