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 Ev-Dragon >> Forum >> Histoire du Jeu en Temps Réel ! >> la Tour de Rehäl

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Dragon volcan
 Satsue 
 Le 05/02/2007 à 21:08:48 
Je rabattis ma capuche. Le vent chargé de neige me cingla le visage, m'obligeant à plisser les yeux. Aucun doute. Même à travers l'épais manteau blanc, je reconnus sans peine la Tour de Rehäl. J'évaluai la distance restante à une journée et demie de marche, si aucun incident ne venait ralentir notre progression. Liyan s'approcha doucement de moi. Me lancer avec lui dans cette aventure avait été un pari risqué, qu'à maintes reprises j'avais failli regretter. Mais la silhouette qui se dressait au loin signifiait que nous étions proches du but.

Les deux jours de marche qui nous menèrent finalement au pied de la Tour me parurent interminables. Deux longues journées dans le vent, la neige, subissant les assauts toujours plus violents d'une tempête incessante. Seule la vue de la Tour nous permit d'avancer, encore, et encore. Un pas après l'autre. Oubliant la faim, le froid, la peur. Je parcourus les dernières lieues dans un état second. Mon corps avançait avec peine, criant de douleur. Mon esprit, lui, était parcouru de nombreuses pensées obscures que je ne parvenais pas à ordonner. Amertume, colère, frustration, tristesse... tout était confus. Je ne savais qu'une chose : que je devais parvenir à cette Tour, quel qu'en soit le prix. Encore un pas... Le souffle court, les muscles transis, je m'arrêtai un instant. Les flocons tourbillonnaient tels les danseurs éphémères d'un ballet endiablé. Ils tournaient, s'envolaient, retombaient, étaient libres... libres... soudain, ma vision se brouilla et je tombai dans la neige durcie, à demi inconsciente.

Étais-je en train de mourir ? Oui, certainement. Les Basses-Terres Blanches avaient de nouveau vaincu et m'emportaient, moi, Satsue, fille de la Mer de l'Est-Argent. Des larmes coulèrent sur mes joues glacées. Pourquoi m'étais-je lancée dans cette aventure sans retour ? Pourquoi m'étais-je obstinée ? Je repensais un instant à l'auberge que j'avais quitté neuf jours auparavant, son âtre chaleureux, sa nourriture abondante et ses lits douillets... je sentis la lame acérée de la fatalité s'abattre sur mon esprit affaibli. Il n'y avait plus d'espoir.... j'allais mourir. Je fermai doucement les yeux, espérant que la léthargie du froid abrégerait mes souffrances. C'est alors que j'entendis un faible gémissement. Juste à côté de moi, juste là...

Liyan...
Il s'était allongé près de moi et m'avait recouverte de son aile droite. Il frissonnait. Mon Liyan...
« Je suis désolée, murmurai-je. Je n'y arriverai pas, je suis désolée... ». Il posa son museau près de mon visage. Mes lèvres engourdies ne sentaient même plus son souffle tiède. Dans un effort ultime, je ramenai ma main sur son cou. Il était froid. Mes yeux rencontrèrent les siens. Des yeux de braises... voilà pourquoi j'étais partie à la recherche de cette maudite Tour, voilà ce pour quoi j'étais prête à donner ma vie. Pour revoir ces yeux de braises, sauvages, scintillants, tellement vivants... dans un sursaut, mon coeur se mit à battre plus fort, réveillant mes muscles endormis. Je me relevai en grimaçant et plongeai à nouveau mes yeux dans ceux de mon compagnon. J'y lus de la peine, de la douleur, de la crainte... mais également une confiance absolue. Ma gorge se serra dans un sanglot. Je ne pouvais pas le trahir, je n'avais pas le doit d'abandonner si près du but. Lui qui m'avait accordé une confiance sans bornes, qui m'avait suivie sans jamais ralentir, lui qui me regardait avec ses yeux de braises... Je tournai mon visage en larme vers la Tour. Nous devions y arriver.

Une heure plus tard, nous parvînmes devant la lourde porte en bois de santal, gardienne des secrets de la Tour de Rehäl. L'édifice se dressait majestueusement sur ces terres désolées, battues par les tempêtes, comme un défi permanent aux éléments. La noirceur de ses pierres contrastait avec la blancheur des plaines infinies qui le bordaient. Je m’appuyai contre le mur, épuisée. Mais souriante.
Dragon gris
 Le 05/02/2007 à 21:13:19 
plop
tres bel RP la suite maintenant^^
Dragon gris
 Le 05/02/2007 à 21:18:55 
Tiens, un double-plop pour la peine!

Continues, s'il te plait!!!!!!!!!!

Ah, j'avais bien raison de t'encourager ;-) !!!!

- Le petit Aoi.
Dragon glace MJ
 Le 05/02/2007 à 21:45:31 
Vraiment très sympa, bienvenue en Atsami !
Dragon noir MODO
 Nisnor 
 Le 05/02/2007 à 22:44:53 
Ah...Un nouveau prodige des mots fait son entrée sur scène  ;)
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 07/02/2007 à 22:12:09 
Après quelques instants de repos et un repas frugal, je me levai et contemplai la Tour. Elle était immense, écrasante, la flèche de son toit se perdant dans les nébulosités tourmentées. Les pierres noires lui donnaient un aspect lugubre, renforcé par l’absence de fenêtres et le vent hurlant. Aucun élément ne trahissait une présence en ces lieux, qu'elle fût humaine ou non. J'étudiai plus attentivement la porte. Le bois de son battant droit était finement ciselé, avec une précision absolue, presque dérangeante. Je ne comprenais pas le sens général de cette gravure mais fus frappée par les nombreux personnages qui étaient figurés, dont les visages grimaçant semblaient s'adresser au visiteur. Ils paraissaient tellement vivants ! Je pouvais presque déceler l'éclat malsain de leurs yeux figés... Le battant gauche était quant à lui vierge de toute inscription. Il n'y avait pas de poignée, mais je n'en fus guère étonnée. Il ne s'agissait pas d'un refuge pour aventurier perdu mais de la tour d'un mage de l'Est-Argent, exilé suite à une trahison, selon la légende. Les visites devaient se faire rares...
Avec un soupir, je me tournai vers Liyan et le surpris en train de fixer le dessin, comme hypnotisé, les ailes frémissant et les griffes labourant la neige.
« Liyan ? Tu connais ce dessin ? lui demandai-je mentalement.
Mon compagnon n'avait pas le don de parole, mais au cours des trois années de notre apprentissage commun, nous avions développé une forme de langage télépathique. Il resta silencieux.
- Liyan ? Est-ce que tout va bien ? »
Aucune réponse. Je me plaçai devant Liyan, pensant rompre cette étrange fascination, mais rien ne se passa. Je m'approchai de lui et posai mes mains sur son museau, devant ses yeux. Pas une réaction, ni même un frémissement, comme si ce qu'il voyait était au-delà de son acuité visuelle. Je reportai mon attention sur la gravure. Quelques éléments étaient identifiables : des arbres regroupés en une forêt, des personnages humains, des dragons... le tout sans logique apparente. Les humains n'effectuaient aucune action particulière, ils paraissaient avoir été disposés au hasard, au gré de l'inspiration de leur créateur. Mais je ne croyais pas au hasard. Ce dessin devait avoir une signification, quelle qu'elle fût. Le plus étonnant était l'attitude de Liyan. Nous avions partagé quasiment tous les instants de notre existence depuis notre rencontre, et je ne me souvenais pas avoir jamais vu une telle fresque. Je soupirai et restai perplexe. Qu'étais-je censée faire ? Cela signifiait-il que mon dragon devait rester dehors ? Était-ce un message, un avertissement, une sommation ?

Soudain, un puissant cri, rauque et vibrant, emplit l'air et me glaça le sang. Je me retournai et vis Liyan, toujours prostré, mais quelque chose avait changé... Ses pupilles, une minute auparavant totalement dilatées, étaient maintenant réduites à de minces fentes, malgré le manque de luminosité dû à la tempête. Ses naseaux palpitaient frénétiquement et de sa gorge s'échappait toujours cette déchirante complainte. L'inquiétude s'installa en moi. Je me concentrai un instant et envoyai toute ma force psychique disponible dans un hurlement mental.
« Liyan ! Liyan, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu vois ? ».
L'intensité de son cri augmenta, couvrant les rugissements du vent.
« Liyan, concentre-toi et réponds-moi ! Ferme les yeux, ne regarde plus la porte et regarde-moi !! Regarde-moi !!».
Toujours pas de réaction. Maintenant dans un état proche de la panique, je traçai rapidement dans l'air le signe du Lien, qui me permettrait de sonder mon compagnon, si toutefois il me laissait accéder... Je ne rencontrai aucune résistance et poussai un bref soupir de soulagement. Je fermai les yeux et me concentrai, explorant le corps de mon dragon, parcourant ses fonctions vitales, afin de m'assurer que sa transe n'était pas dangereuse.
Le silence m'abasourdit.
Un silence inhabituel, un silence qui signifiait... qui signifiait que son cœur ne battait plus !! Je me concentrai encore davantage, ignorant le goût de sang qui envahissait ma bouche. Un rapide bruit sourd se fît entendre. J'attendis. Un autre, que je jugeai beaucoup trop éloigné du premier. Un troisième, signifiant que le rythme ralentissait encore.
Une peur sans nom m'envahit lorsque j'interrompis l'exploration et ouvrai de nouveau les yeux. Liyan est en train de mourir, pensai-je, il faut faire quelque chose ou il va mourir... Mais que faire ? Je ne maîtrisais pas suffisamment la magie pour l'utiliser sans redouter des conséquences néfastes. L'esprit totalement dépassé par l'instinct, je saisis ma dague. Plus le temps de penser, plus le temps d'attendre, juste le temps d'agir.
La lame siffla et se planta dans la cuisse du dragon.
Je savais que Liyan était fort et rapide, mais je n'avais jamais eu l'occasion de le constater vraiment. Une douleur fulgurante embrasa ma poitrine alors que j'atterrissais lourdement dans la neige, à quelques cinq mètres de la porte. En un éclair, Liyan s'était retourné et m'avait projetée d'une simple gifle de la patte droite. Quatre stries rougeâtres firent leur apparition sur le devant de mon manteau. J'eus à peine le temps de réaliser que mon dragon, mon compagnon, celui auquel j'étais liée, m'avait attaquée, que sa gueule entra dans mon champ de vision. Il se maintenait juste au-dessus de moi, le regard fou, les muscles bandés et la gueule ouverte, prêt à m'achever... Il déploya ses ailes, comme pour me dominer de sa toute puissance. Mes yeux se fermèrent. Avec l'énergie du désespoir, je lui envoyai un dernier appel mental et esquissai vaguement le signe du Lien, notre signe, celui qui nous unissait depuis trois années, celui que nous avions tous les deux tatoués sur le membre antérieur droit... et j'attendis la mort, pour la seconde fois de la journée, le cœur déchiré par une tristesse infinie de voir l'être qui m'était le plus cher devenir mon bourreau. Quelques secondes s'écoulèrent. Un grincement me parvint aux oreilles. Une dernière once de courage me fit ouvrir les yeux.
Liyan gisait à mes côtés.
Le battant droit de la porte de santal était ouvert.
Dragon gris
 Le 21/02/2007 à 15:20:43 

Argmbl...

Je ne sais pas si ce n'est que moi, mais tu as, de par tes récits, encore réussi à me glacer le sang, et ce de ta plume brûlante...

Serais-je masochiste de réclamer la suite?

Dragon volcan
 Satsue 
 Le 21/02/2007 à 23:08:09 
Encore allongée, reprenant doucement mes esprits, je sondai le corps de mon compagnon. Il n'était pas blessé. Je fis un rapide constat de mes blessures : ma lèvre inférieure était ouverte mais le saignement avait déjà cessé, sans doute à cause du froid. Les entailles sur ma poitrine n'étaient pas aussi graves qu'elles en avaient l'air : les griffes de Liyan n'avaient endommagé aucun organe vital. Je récitai rapidement un sort de soin, me levai et m'approchai de mon dragon. Sa respiration régulière me rassura. Lorsque je retirai la dague de sa cuisse, il ne réagit pas. S'il n'avait pas manqué de mourir quelques minutes auparavant, j'aurais juré qu'il dormait, paisiblement, ignorant la tempête qui rugissait alentour. Je caressai tendrement son front. Ainsi étendu dans la neige, il m'apparaissait plus magnifique que jamais. Le bleu de ses écailles se déclinait en une multitude de tons, allant de l'azur d'un ciel d'été au bleu ténébreux des profondeurs abyssales, me rappelant la mer de l'Est-Argent. Moi, fille de l'eau, que venais-je faire sur ces terres lointaines ? La Tour de Rehäl était-elle importante au point d'y risquer ma vie et surtout nos vies ? Pourquoi n'étions-nous pas

(viens)

je me retournai brusquement vers la Tour, les sens aux aguets. Rien. Pourtant, j'étais persuadée d'avoir entendu une voix... sans doute les hurlements du vent. Je fixai la porte ouverte mais ne distinguai rien de plus qu'une noirceur sans limite. Tant de souffrances pour y arriver... que je ne pouvais renoncer maintenant. Liyan semblait plongé dans une sorte de coma dont je ne savais comment l'en sortir. Je ne pouvais pas l'abandonner ainsi mais

(viens)

cette fois, je l'avais clairement entendue ! Perçue serait plus juste, car aucune voix n'aurait pu couvrir le vacarme de la tempête. Aucune voix naturelle du moins, me dis-je en sentant mes poings se crisper. Une voix surnaturelle, un sort, soit ! Il était de toute façon évident qu'une puissante magie habitait ces lieux, et que je devrais composer avec ! Mon souci principal concernait plutôt mon compagnon reptilien. Avait-il un rôle à jouer dans l'exploration de cette Tour et la fin de notre quête ? Devait-il m'accompagner ? En serait-il seulement capable après l'épreuve qu'il venait de subir ? Je soupirai et me lovai contre son cou, comme j'en avais l'habitude. Ses yeux demeuraient clos. L'idée de devoir me séparer de lui me terrifiait. Nous avions partagé notre enfance et le lien indéfectible qui nous unissait me poussait à attendre qu'il se réveille, mais

(viens à moi)

une bourrasque s'engouffra par la porte ouverte et alla se perdre dans le néant qu'elle protégeait. Comme un appel

(viens à moi)

la voix se fit insistante. J'avais beau perdre mon temps en considérations affectives, ma décision était prise. Je me levai, vérifiai une dernière fois que Liyan était hors de danger et maintins le Lien activé. Si mon dragon sortait de sa léthargie, il pourrait me rejoindre ou tout du moins, me joindre. Je l'embrassai doucement et me dirigeai vers l'entrée de la Tour de Rehäl. Lorsque je posai le pied sur le pas de porte je sentis...

- rupture -

sur une jetée sans fin, prise dans les tourments de la mer démontée. Le ciel était d'encre, pas un nuage, pas une étoile. Les vagues venaient se briser avec fracas contre le bois vermoulu de mon fragile support. Je me tournai vers la droite et mon regard se perdit dans l'immensité du vide, comme une interminable toile noire tendue de part et d'autre de l'univers. À gauche, cette jetée infinie, usée par les siècles et le sang. J'étais là, entre le néant et l'infini, entre le rien et le tout. Soudain, un éclair déchira l'atmosphère et se brisa à quelques mètres de moi. Je me mis

(viens à moi)

à courir sur ce ponton de bois qui semblait tanguer comme une feuille mais le souffle me manqua demi-tour l'autre côté un éclair le vide je saute

(viens)

- rupture -

il se tenait là, devant moi, sa douloureuse beauté éveillant mes sens. Une vague de chaleur déferla dans mes veines lorsqu'il s'approcha et me serra contre lui. Les yeux fermés, je me noyais dans son odeur réconfortante. Mes mains parcouraient sa peau tannée, marquée par les épreuves du temps, dessinaient le doux galbe de ses puissants muscles, s'attardaient dans ses cheveux en un geste maternel puis reprenaient l'exploration vers des courbes prometteuses.
Le rêve prenait vie.
Mon pouls s'accéléra jusqu'à me donner le vertige.
Ivresse des sens, sens de l'ivresse

(viens)

je le voulais, je le voulais pour moi, je le voulais en moi, le rêve, la fusion, l'oubli, ses lèvres goûtaient les miennes, sa langue était douce, je le voulais, lorsque sa main effleura mon flanc je renversai ma tête

- rupture -

la blancheur m'aveugla. Je dus attendre quelques instants que mes yeux s'habituent à cette agression. Trois énormes soleils emplissaient le monde d'un éclat irréel. Mes pieds nus foulaient une herbe drue, douce, et un agréable parfum de fleurs nouvellement écloses vint chatouiller mes narines. Liyan se tenait à mes côtés, dans sa fidélité absolue. J'ouvris la bouche mais n'émis aucun son. Un oiseau se posa sur mon épaule. Un cri retentit et des nuages rouges envahirent le ciel. Je me tournai en direction du son et remarquai une pierre sur le sol, une pierre gravée

(viens)

l'oiseau s'envola puis disparut. Je déchiffrai l'inscription et y reconnus mon nom. Ceci était ma tombe

- rupture -

J'ouvris les yeux. La nuit était presque tombée. Le froid me mordit les sens. Quelques minutes me furent nécessaires pour recouvrer mes esprits. Après quoi je levai les yeux et constatai avec effarement que je me trouvais toujours sur le pas de la porte de la Tour de Rehäl.



Ce message a gagné 25 Po !
Dragon gris
 Le 22/02/2007 à 15:40:52 

...de la Douleur naît la Beauté...
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 22/02/2007 à 22:36:12 
Je me tenais là, debout devant la porte de la Tour, l'esprit encore engourdi de mes... voyages ? Je ne parvenais pas à nommer les expériences que je venais tout juste de vivre. Réalité ? Jeu de l'esprit ? Magie ? Peut-être même les trois à la fois. L'obscurité vespérale me signifiait qu'un certain temps s'était écoulé, que j'évaluais à trois heures. Trois heures ! Étais-je restée immobile au même endroit ? Mon corps s'était-il déplacé ? La perplexité m'envahit. Quel était le sens de cette épreuve, s'il s'agissait effectivement d'une épreuve ? Je m'étais certes préparée à connaître quelques difficultés à pénétrer au royaume de Rehäl, mais pas de cet ordre... À mon incompréhension totale s'ajoutait un malaise diffus car je n'avais pas de souvenirs précis de ces 'voyages'. Seules des sensations persistaient étrangement : un parfum subtil, une caresse brûlante, une lumière crue... S'agissait-il de créations issues de mon imagination débordante qui auraient marqué mes sens, de bribes d'enfance jaillies de mon inconscient ou d'images imposées par une puissance extérieure ? Toujours est-il que j'avais quasiment tout oublié. Et mon problème présent concernait la stratégie à adopter : devais-je tenter de franchir de nouveau le seuil ou abandonner ?
Une voix résonna dans ma tête.
« Satsue ?
- Liyan ! Tu es enfin réveillé !! Comment te sens-tu ? demandai-je mentalement à mon compagnon, un sourire sincère aux lèvres.
- Je vais bien, affirma-t-il.
- Te rappelles-tu ce qui s'est passé ? La gravure sur la porte... continuai-je, hésitante.
- Oui je m'en souviens, mais je ne comprends pas ce qui m'est arrivé. C'est comme si... comme si j'avais perdu la maîtrise de mon corps. J'ai eu peur, dit Liyan.
- Moi aussi, avouai-je dans un souffle. Tu sais je suis désolée d'avoir voulu entrer toute seule, je...
- Ne t'en veux pas, coupa-t-il, je comprends. Même si je suis un dragon et que la psychologie humaine reste parfois obscure, je commence à te connaître. »
Aucun doute, mon Liyan était de retour. Une reconnaissance sans nom explosa dans mon cœur fébrile. Mon compagnon me connaissait mieux que quiconque dans ce monde, et en cet instant de doute et de fatigue, son réconfort me toucha au plus profond de mon être. J'étais tout simplement heureuse de le retrouver, et de retrouver ses yeux de braise.
« Depuis quand es-tu conscient ?
- Lorsque je suis revenu à moi, tu posais le pied sur le seuil.
- Tu étais conscient ? Alors tu as vu ce que j'ai fait ? dis-je, soudainement excitée.
- Il n'y avait pas grand-chose à voir... tu es restée devant la porte, sans bouger, pendant des heures. Tu avais activé le Lien alors... j'ai également vécu ce que tu as vécu, continua Liyan timidement.
- Tu veux dire que le Lien t'as permis de voir ce qui se passait dans mon esprit ?!
Une telle chose ne s'était encore jamais produite. Le Lien nous permettait de communiquer mentalement mais était basé sur notre volonté de partager, de sorte que chacun puisse garder pour soi ses pensées intimes. Donc, si Liyan avait également 'voyagé' (alors que je n'en avais pas eu la volonté, le croyant toujours inconscient), c'est que mes pensées lui avaient été transmises, toujours par ce quelqu'un ou quelque chose... j'en restais pétrifiée. Cela signifiait beaucoup : quelqu'un ici connaissait l'existence du Lien et savait le manipuler bien plus habilement que nous... que nous étions connus... attendus ?! Un frisson glacé parcourut mon échine. L'accès refusé, le temps écoulé, le voyage, le Lien... trop de questions se bousculaient et formaient un mystère dense et pour le moment impénétrable.
- Raconte-moi ce que tu as vu » dis-je fermement à mon dragon.
Dragon volcan
 Satsue 
 Le 23/02/2007 à 20:13:23 
Nous avions installé un camp de fortune au pied de la Tour. Seule une mince toile de tente orientée contre les vents nous protégeait des bourrasques enneigées. Si nous devions passer la nuit dehors, sans feu, elle promettait d'être longue. J'avais la ferme attention de tenter à nouveau de passer la porte dès que possible, mais en attendant, je devais parler avec mon compagnon. Liyan semblait réticent à me raconter mes visions, mais je lui expliquais qu'elles contenaient peut-être une clé pour entrer dans la Tour, aussi accepta-t-il de me résumer ce qui s'était déroulé dans mon esprit. Au fur et à mesure de son récit, les images me revinrent en mémoire, et je pus associer un contexte aux quelques sensations qui subsistaient. En particulier à la plus troublante... cette onde de désir qui m'avait envahie et réveillé des pulsions oubliées depuis trop longtemps, désir charnel, passionnel... cet homme, qui était-il ? L'avais-je jamais rencontré ? Je me mordis violemment la joue pour ne plus y penser et oublier le feu qui embrasait mon bas-ventre.
« Voilà ce que j'ai vu.
- C'est incroyable, admis-je. Et tu dis que c'est tout ce qu'il s'est passé ?
- Oui, me confirma-t-il.
- Et il s'est écoulé trois heures dans ce monde ! C'est impensable...
- Oui.
Un silence tendu s'installa, couvert par le claquement furieux de la toile dans la tempête. Liyan regardait au loin, l'air préoccupé.
- Liyan ? demandai-je doucement.
- Oui ?
- Qu'y a -t-il ? Tu as l'air soucieux.
- ...
- Un rapport avec mes visions ?
- Non, tout va bien.
- Tu mens, je le sais, alors parle, dis-je en me plaçant devant lui et plongeant mes yeux dans les siens.
Il resta obstinément silencieux. Aussi buté que moi, pensai-je avec un faible sourire.
- Liyan, continuai-je, notre force repose sur notre confiance. La mienne est totale, et je crois avoir compris la clé de ces visions. Mais pour continuer, il faut que nous soyons pleinement concentrés sur notre objectif. Alors dis-moi ce qui te gêne.
- C'est juste que... tu... j'ai vu ce...
Il ne put achever sa pensée et se leva brusquement, manquant d'arracher la toile au passage.
- J'ai tout vu !! s'exclama-t-il soudain.
Même si la conversation restait mentale, je ressentis une colère sourde.
- Je t'ai vue dans les bras de cet... homme... et... tu avais l'air... enfin je ne te connaissais pas ainsi ! poursuivit-il, de petites flammes s'échappant de sa gueule ouverte.
- Liyan, dis-je en me raclant la gorge, serais-tu... jaloux ?
Pour être honnête, cette idée ne m'avait même pas effleurée. Il est vrai que depuis que je connaissais mon dragon, nous avions tout partagé, et que rien n'était jamais venu de placer entre nous.
- Moi, jaloux ?! Tu ne comprends donc rien !
- Au contraire, je te comprends Liyan, affirmai-je. Tu ne m'as jamais vue avec aucun autre... mâle que toi. Mais à ton tour de comprendre que je reste humaine, avec des pulsions et des désirs, tout comme tu en auras. Il se pourrait même qu'un jour, je partage ma vie avec quelqu'un.
J'entendis les griffes de mon dragon s’enfoncer dans la neige et pris conscience que cette annonce l'avait douloureusement affecté.
- Mais cela ne changerait rien à ce que l'on partage Liyan ! Si un jour je ressens de l'amour pour quelqu'un, il n'égalera jamais le sentiment que je te porte ! Tu es tout pour moi, et ce qui nous unit est indestructible, c'est au-delà même de l'amour...
Je m'arrêtai dans mon élan, au bord des larmes, et attendit une réaction, qui se produisit après ce qui m’avait semblé être une éternité.
- Je suis désolée Satsue... j'ai eu peur de... te perdre. Je ne veux pas te perdre.
- Tu ne me perdras jamais, assurai-je en me lovant contre son cou.
- Alors, on y retourne ?
Liyan ne pouvait physiquement pas sourire mais la lueur naissante au fond de ses yeux m'assurait qu'il m'adressait sa plus sincère expression de soulagement. Quant à moi, je ressentais avec un bonheur immense la plénitude d'une amitié scellée devant l’éternité.
- Au fait, tu as trouvé la clé ? me demanda-t-il.
- Oui ! Je pense que si mes pensées te sont parvenues, c'est que tu as un rôle à jouer dans le passage de la porte, et que je ne peux pas réussir sans toi. Es-tu prêt à m'accompagner ?
- Bien sûr. Mais j'ai un peu peur. Comment parviendrons-nous à avancer si nous sommes figés dans ces visions ?
- Je ne sais pas exactement, avouai-je. Je pense que tu devras me guider. Après tout, tu as vu ce que j'ai vu, mais tu n'y étais pas, tu es resté extérieur.
- Penses-tu que je puisse te contacter lors de tes visions ?
- Je l'espère... » murmurai-je en posant de nouveau le pied sur le pas de la porte.
Dragon glace
 Tor 
 Le 23/02/2007 à 22:33:54 
j'adore!!
Dragon gris
 Le 26/02/2007 à 10:44:40 

Rien de ce que je pourrais dire en guise de compliment pourrait rendre suffisamment hommage à ton oeuvre... Je ne fais donc que écho à Tor, car la simplicité peut être plus puissante que tout : "j'adore..."

- Aoi et Skiaphrene qui ne t'oublient pas

Dragon volcan
 Satsue 
 Le 26/02/2007 à 18:49:05 
- rupture -

les embruns fouettèrent mon visage. La main crispée sur la rambarde de la jetée, je contemplais de nouveau le ponton infini. Droite, gauche, la même chose. La scène était semblable à celle que j'avais vécue trois heures auparavant, mais pas exactement. Quelque chose avait changé, s'était modifié, imperceptiblement...
« Liyan ?
- Oui, je suis là et je vois de nouveau la jetée, affirma-t-il.
Sa voix mentale me soulagea immédiatement. Je ne savais pas ce que j'étais censée faire mais au moins, je n'étais pas seule.
- Prends ton temps, me dit mon dragon. Il doit y avoir quelque chose à comprendre.
- Tout à l'heure, il y a eu un éclair et...
Soudain, un éclair déchira l'atmosphère et se brisa à quelques mètres de moi.
- C'est le même ! criai-je, sentant la panique me gagner, c'est le même éclair ! Liyan, qu'est-ce que je fais ?!
- Reste calme, me conseilla-t-il. Tout à l'heure tu es partie vers la droite et tu as sauté, essaye d'aller de l'autre côté !
- Mais il n'y a rien de l'autre côté et je...
Un vertige me saisit. En un instant, je perdis l'ensemble de mes repères. La jetée n'était plus stable et valsait au gré des vagues menaçantes, ciel et eau se mêlaient en une obscurité terrifiante, ma conscience se noyait, tout était si noir, noir comme le néant, impression de déjà vu, je m'approchai de la rambarde et

une voix perça le trouble de mon esprit et le ramena à la raison.
- Satsue !

les embruns fouettèrent mon visage. La main crispée sur la rambarde de la jetée, je contemplais de nouveau le ponton infini. Mon estomac se contracta en un spasme douloureux. Pas encore... Droite, gauche, la même chose. Dans cet espace-temps désœuvré, me situais-je avant ou après l'éclair ?
Soudain, un éclair déchira l'atmosphère et se brisa à quelques mètres de moi.
Un gémissement s'extirpa de ma gorge nouée. Que cela signifiait-il ? Étais-je condamnée, comme dans une mythologie oubliée, à revivre éternellement la même scène ? Pourquoi ? Je tournai la tête vers la droite, vers l'infini de ce ponton irréel, et sentis un vertige me saisir, ma vision se brouiller et les planches de bois vaciller

- Satsue ! Reprends-toi !
Cette voix cingla comme un fouet contre mon esprit.
- Satsue, calme-toi et réfléchis ! m'intima Liyan.
Il me paraissait si loin... Je fermai brièvement les yeux et inspirai profondément.

les embruns fouettèrent mon visage. La main crispée sur la rambarde de la jetée, je contemplais de nouveau le ponton infini. Et l'éclair ?
Soudain, un éclair déchira l'atmosphère et se brisa à quelques mètres de moi.
Je sentis ma poitrine exploser dans un hurlement, en même temps que ma raison. Tombant à genoux, je pris ma tête entre mes mains et me mis à pleurer en violentes convulsions. Non ! Non ! Non ! Je ne voulais pas revivre cela, non, pas encore ! Je me levai difficilement, cramponnée à la rambarde, et commençai à progresser vers... vers l'infini, une planche grinça sous mon poids, une vague déferla sur moi, sur la jetée, le ciel se dissolvait dans la mer

- Satsue ! J'ai compris !
Cette voix...

les embruns fouettèrent mon visage. La main crispée sur la rambarde de la jetée, je contemplais de nouveau le ponton infini.
- Ne pense pas à l'éclair Satsue ! N'y pense pas !
Ne pas penser à l'éclair, ne pas y penser... penser à autre chose, à cet homme et sa peau brûlante

- rupture -

il se tenait là, devant moi, sa douloureuse beauté éveillant mes sens.

Dragon glace MJ
 Le 27/02/2007 à 09:49:37 
plop !
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