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 Ev-Dragon >> Forum >> Art Fantastique >> Première rédaction de la session

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Dragon brume
 Xunk 
 Le 26/08/2006 à 20:06:16 
10 ans...

Une larme, une larme dans la tempête. Une goutte dans le mitraillement de la fureur du ciel s’abatant sur la terre. Elle coulait sur sa joue comme son sang sur le sol. Tout ça parce qu’il n’avait pas su choisir où placer son cœur comme dans le passé. Le passé, ce qui avait avant que la maladie ne rabatte le caquet obstiné de la guerre humaine, ce qui précédait le ciel de plomb orageux couvrant les veines de la ville. Le froid pénétrant lentement son manteau gris et les lignes des immeubles se fondant lentement dans le ciel qui tentait de le déloger tel un autre détritus de la terre. Naïvis, il mourait pour Naïvis…

C’étais quelques mois plus tôt, un matin d’octobre. Philippe s’apprêtait à faire les castings de son premier film. Lui qui avait survécu aux Déva-01 et 02 qui avaient décimés plus de 30% pourcent de la population alors que la médecine avait prévu sa mort. Le reste de l’équipe était en retard de nouveau. Il allait donc faire les premières entrevues seul. Lui, sa tasse de café et ses délires de mythomane, ça et le tic-tac oppressant de l’horloge à aiguille du studio qu’il n’arrivait pas à lire et qui de toute façon ne gardait pas l’heure. Dans sa tête se déroulaient les pensées suivantes : « Mon dieu, j’ai 27 ans, je suis en train de réaliser mon rêve et tout ce qui se passe se résume à moi, regardant une porte grise et close en espérant qu’une jolie jeune dame la passe. Peu importe le temps qui passe Kenny avait raison, je serai toujours un lolicon… Et pourquoi il fallait qu’il meure lui hein? Qu’est-ce que je me prendrait une cigarette… Ça et une bouteille de bordeaux. ». Il se revoyait couché, enlacé avec son meilleur ami à l’hôpital essayant de lui porter du réconfort, écoutant sa respiration assistée, entrecoupée de cliquetis métalliques. Perdu dans ses pensées, il sursauta quand la première actrice franchit la salle d’audition. Elle était belle comme seule la nostalgie peut l’être. Un instant il crut voir en elle le visage de Laura-mae morte 14 ans plus tôt dans l’incendie de sa demeure, comme pour le torturer elle répandait aussi le même parfum dans l’air. Cette odeur suave de crème solaire qui évoquait un temps où le soleil réchauffait encore l’atmosphère et où les nuages ne cachaient pas constamment l’azur du ciel. Une époque où l’eau était encore potable et l’air non- recyclé.
- Excusez-moi c’est bien ici, les inscriptions?
- Oui pourquoi?
- Enchantée de vous connaître Monsieur Harvey, je suis venue pour le rôle de Naïvis s’il est encore disponible.
- Ma foi vous êtes la première sur les lieux… Comment puis-je vous appeler?
- Appelez-moi Naïvis, ce sera plus simple si je suis engagée. J’ai entendu dire que vous étiez incapable de retenir un nom de toute façon…

L’audition passa, et octobre aussi. Cloîtré dans son cercueil de sept pieds par sept, Philippe rêvait à la douceur de celle dont il caressait maintenant les cheveux sans la connaître autrement que par le personnage. En ce moment il avait vraiment l’impression de vivres dans l’un de ces films à l’eau de roses que sa mère aimait tant. Il avait fallu que la terre pourrisse pour lui donner sa chance. C’est en regardant le plafond qu’il délirait : « J’ai couché avec elle… J’ai commis le crime pour lequel Jonaton A. Hartigan est allé en prison. J’ai trouvé la Loreleï du decker et ma planète est devenue assez folle pour que j’aie l’air normal… Attends une minute bonhomme. Je ne sais même pas son nom merde! Ça finira mal… Quand je suis heureux ça finit toujours mal ». Dans la pénombre il chercha le numéro qui devait être tatoué sur la fille, mais ne le trouva pas. « Et elle n’est même pas enregistrée en plus! »

Philippe préféra ignorer l’illégalité de l’existence même de sa partenaire. Après tout il avait enfin trouvé l’Eden, alors pourquoi le remettre en question? La milice pourrait arriver chez lui et la descendre comme du bétail en tout instant, il s’en fichait. Pour une fois dans sa vie, il préférait ne pas tout risquer avec des questions stupides. Il se ferait flinguer avec elle et ce serait tout. Une fin qu’il aurait pu s’écrire pour lui-même, ça convenait bien au personnage.

Une deuxième larme coula sur sa joue trouée par une balle. Mais qui pourrait bien remarquer cette larme dans l’océan de pluie acide qui entrait par ses plaies béantes. Qui se serait soucié d’un cadavre abandonné par les miliciens? Personne, absolument personne, du moins personne tenant a son cercueil et a sa vie. Il rit et recracha du sang sur son vieil imperméable. Sa vision du futur se précisait. Lui seul dans une ruelle, mourant sous la pluie battante. Il le savait depuis ses 13 ans.

L’Eden… Les hommes en ont été chassés depuis la genèse. En regardant les yeux vert émeraude de Naïvis il savait, ce bonheur était tout ce qu’il avait, il savait que c’était son Eden et il attendait le coup de masse venu le botter hors du paradis. Ils avaient fini de tourner le film. Ça n’avait pas été un grand succès, mais les profits leur avaient quand même permis de s’offrir un cercueil de 8 par 8. Ils avaient aussi pu acheter de faux papiers a Naïvis pour obtenir un permis de grossesse. Les inquiétudes de Philippe passèrent progressivement de celles d’être arrêté à : « Je veux un fils, je veux un fils, je veux un fils ». Il se répétait cette litanie devant son café, lorsque la porte vola en éclats.
Il avait prévu le coup, voilà un mois qu’il gardait son imper a porté de main, voir sur son dos quand il entendait les sirènes. Voyant les miliciens entrer, il brisa la fenêtre et pris l’escalier de secours. Retrouvant Naïvis revenant des courses, il lui fit lâcher les sacs et cria : « Cours, La milice est… ». Mais Naïvis ne courait pas, elle le fixait d’un regard dur et pointa une arme sur lui.
-Mais pourquoi tu pointe une arme sur moi?
-Je me demandais quand ils allaient agir…
-Agir? Putain de… ,Mais de quoi tu parles?
-Monsieur Philippe Harvey vous avez été jugé d’un profil irrationnel à votre dernier test psychologique, le gouvernement m’a envoyée pour tester votre loyauté envers le parti… Vous avez échoué en cachant une immigrée illégale pendant quatre mois. Vos gènes doivent être retiré de la production humaine.
-Quoi? Chérie, c’est pas sérieux?

Ce furent ses derniers mots. Les balles déchirèrent sa chaire comme autrefois les scalpels des médecins. Quatre impacts furent suffisants. Il retomba sous la pluie avec son imperméable gris qu’il avait reçu de son grand-père. Naïvis… Il mourait pour Naïvis… Quatre balles, Kenny ne lui avait-il pas prédit que sa vie se résumait au chiffre 4? Il avait toujours eu raison. Il perdit son dernier souffle dans l’un de ses rares sourires.




Je vien de comencer Arts et Lettres profil lettres cinéma théatres au cégep. (c'est ce qui précède l'université et suit le secondaire au canada) Un de mes prof voulait un texte de 500 mots à écrire en deux heures sur :
dans dix ans ou en êtes-vous? Je lui en ai fait 1221 et je vous file le résultat mis au propre. C'est aussi ce jour la que j'ai écrit mon dernier poème qui se trouve dans le topic du même nom.
Dragon glace MJ
 Le 26/08/2006 à 20:21:25 
Bonne chance pour tes études et félicitations pour le texte !
Dragon brume
 Xunk 
 Le 29/08/2006 à 03:34:10 
merci ^^
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