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Dragon volcan
 Ithildrin 
 Le 09/05/2006 à 23:26:49 
je sais qu'il y a parmi vous des personnes qui n'aiment pas lire des pages entières de récit. J'ai fait cette petite nouvelle, un peu rapide sans doute, mais j'espère qu'elle vous plaira ^'


L’orage grondait avec violence, déversant sa colère sous forme d’éclairs. La terre vibrait à chaque coup de tonnerre. La pluie battante ruisselait avec force sur le sol rocailleux d’une montagne. L’averse de nature si douce en cette saison était froide et cruelle. Chaque goutte tombait comme une lance, piquant la chair terreuse, cherchant à effacer la marque d’un cruel destin.
L’eau n’était pas seule à s’écouler le long d’une pente douce. Du sang l’accompagnait. Dilué, il s’estompait dans la transparence, marquant la fin d’une lutte mortelle.
Un rapace harassé remontait inconsciemment le chemin sanglant, cherchant un abri. Il trouva une caverne et se percha sur un escarpement rocheux, dans un angle protégé. Il ébouriffa ses plumes pour les sécher. Puis d’un œil, il observa les lieux. Non loin de l’entrée de la grotte, deux corps étaient étendus. La pluie altérait leurs contours, les rendant fantomatiques.
Deux corps encore en vie, mais plus pour longtemps. Leurs cœurs battaient d’une vie incertaine, fatigués d’une longue vie et d’un combat fugace.
Le rapace, un faucon, détourna son regard pour se préoccuper de son plumage détrempé. Qu’avait-il à faire de deux êtres qui agonisaient ?
L’un d’eux avait le dos contre terre, faisant face à la pluie qui lavait ses profondes blessures de son sang. Il respirait avec peine. Il pensait encore à ce qu’il venait encore de faire…

C’était une nuit d’orage. Les nuages sombres obscurcissaient le ciel. Les éclairs éclairaient les cieux, remplaçant la lumière du soleil se couchant.
Un cavalier galopait avec détermination vers une petite bourgade. La pluie gênait sa vision. Arrivée devant une grande porte d'une muraille de pierre, il tira violemment sur les rênes, faisant cabrer son cheval. Du haut du rempart, une sentinelle tendit la tête, tout en se protégeant au mieux de la pluie torrentielle.
- Qui va là, hurla-t-il, tout en maugréant dans sa barbe son infortune d'être de garde par un temps pareil.
- Un voyageur fatigué qui cherche le refuge d'une auberge, répondit l’étranger.
Le cheval piaffait d'impatience. Lui aussi désirait se retrouver dans un endroit sec.
L'homme de garde fixa un instant le voyageur et ressentit un frisson dans le dos. L’animal était aussi sombre qu’une nuit sans lune. L’inconnu était vêtu d’une longue cape aussi sombre, reposant sur la croupe de sa monture. Le léger cliquetis trahissait la présence d’une armure métallique. Même si le garde n'arrivait pas à discerner le visage de cet homme, caché par sa capuche, il ne lui disait rien qu'il vaille.
- Je vais vous ouvrir.
A deux mains, il tourna une imposante manivelle et à l'aide d'un jeu de cordes et de poulies conçus ingénieusement, les deux portes de bois s'ouvrirent.
Le cavalier pénétra dans la bourgade, ne s'arrêtant même pas pour remercier le garde.
- Bon débarras, souffla-t-il avant de refermer l'entrée.
Le cheval trottait rapidement et s'arrêta devant la seule auberge, Aux deux cygnes. L'insigne représentait deux gracieux oiseaux blancs se regardant.
L’inconnu descendit de sa monture et le guida jusque dans les écuries, avant de pénétrer dans l’auberge même. Il ouvrit la porte et l’air chaud l’accueillit. A l’intérieur, quelques clients le regardèrent avant de retourner à leurs conversations aux multiples sujets. Le voyageur se dirigea vers le comptoir et interpella le tavernier.
- Un vin rouge, demanda-t-il.
En attendant d’être servi, il rabattit sa capuche en arrière. Des murmures s’élevèrent derrière lui. Il les ignorait. Il passa ses doigts dans ses cheveux, qui s'arrêtaient juste au milieu de sa nuque. Leur couleur brune se mélangeait à quelques mèches argentées. Dix ans auparavant, sa chevelure était uniforme. Maintenant, le signe de la vieillesse apparaissait doucement. Pourtant sa famille n'avait jamais eu ce genre de décrépitude. Et il était la proie d'autres facteurs. Son corps autrefois si fort s'affaiblissait. Les réflexes réagissaient avec moins de rapidité et les muscles se fatiguaient plus vite.
Le tavernier lui apporta un verre de vin rouge. Il le but lentement. Le monde était en train de changer. Il en avait conscience. Les gens autour de lui, comme tout ceux qu'il avait croisé, ne se préoccupait plus qu'eux même, oubliant le monde lui-même. Une chose en était la cause. Mais inconnue à ses yeux.
Les clients murmurèrent. Il sentait leur regard sur son dos. Il devait donner l'image d'une antiquité, cherchant un coin chaud pour réchauffer ses vieux os. Il prit son verre encore plein et alla s'asseoir à une table vide. Un bord de sa cape laissa apparaître brièvement la garde ciselé d'une épée longue. Une griffe de dragon servait de poignée.
Cela attira le regard d'un jeune milicien attablé non loin de lui.
- Un aventurier ? demanda-t-il avec un regard pragmatique .
L'homme leva ses yeux et le fixa, presque avec froideur.
- En quelque sorte....
Puis il rebaissa son regard.
- Les affaires ne sont pas très bonnes pour vous, paraît-il.
Il releva de nouveau la tête.
- Pourquoi me parlez-vous ?
Son ton était tinté de colère. Il n'appréciait guère être engagé dans une conversation sans son consentement. Encore plus venant de personne du genre du jeune homme.
- Comme cela, dit le milicien avec un haussement d'épaule. Sauf si vous avez la solitude pour amante.
- C'est le cas. Tavernier ! Un autre verre de vin.
- Deux, rajouta le jeune homme, tout en se levant et s'asseyant à sa table.
- Je m'appelle Fréhir, poursuivit-il. Et vous ?
L'homme cilla ses sourcils. Ce jeune freluquet se permettait bien des manières. Il eut envie de porter sa main à son épée.
- Peu importe mon nom ! Vous verriez mieux de retourner à vos affaires.
- Justement ! Les vôtres sont aussi les miennes...
Où voulait-il en venir ? Il le trouva de plus en plus bizarre.
- Je ne crois pas avoir porter préjudice à quelqu'un dans ce bourg à ce que je sache.
Le tavernier posa deux verres et s'en retourna à sa clientèle. Fréhir prit le sien.
- Rien de cette sorte, je vous rassure.
Il but une gorgée.
- Je sais qui vous êtes.
- Vous ne savez rien de moi, contredit l'homme en prenant à son tour son verre.
- Vous croyez ?
L'homme reposa son verre et se leva. Il avait décidé de sortir et de trouver un autre lieu où dormir. Au pire, je dormirai à la belle étoile, comme d'autan.
- Asseyez-vous, fit Fréhir tout bas.
Bizarrement, il s'assit automatiquement, comme obéissant contre son gré.
- Que voulez-vous à la fin ? J'ai autre chose à faire que d'être harcelé par un jouvenceau.
- Moi jouvenceau ? rit-il presque. D'ailleurs qu'avez-vous réellement à faire... Rien. Vous êtes tel un navire en perdition.
- Vous n'en savez rien !
- Les dracocides sont-ils tous de mauvaises humeurs ?
L'homme resta presque stupéfait. Peu de gens se souvenaient encore de sa profession.
- Oui je sais qui vous êtes, poursuivit le milicien, et ce que je vous propose vous permettrait d'avoir du travail. Et permanent.
L'homme but une gorgée de vin, avant de reposer non sans douceur le verre.
- C'est charitable de votre part, mais je suis sur une affaire.
- Un dragon ? C'est une plaisanterie ?
- Non
Le jeune homme se retint de rire, mais il en souriait.
- Voyons, entre vous et moi. Nous savons qu'il en n'existe plus. Il y a longtemps que personne n'en a vu. Certaines personnes se demandent même si ces créatures ne sont pas des légendes.
L'homme regardait le milicien. Bien que jeune, il devait avoir entendu parler des nombreuses histoires que racontaient encore les troubadours. Il devait bien être des seuls à y croire encore.
Dans un sens, il n'avait pas tort. Le dracocide n'avait pas vu un reptile ailé depuis bientôt trente ans. Depuis trois décennies il chevauchait à travers les contrées, à l'écoute de la moindre rumeurs. Mais il n'aboutissait à rien. Et il était venu dans ce bourg dans un vague espoir. Un espoir qui s'était sans doute déjà envolé.
Après tout, il n'a raison dans un sens ? Tout cela était devenu une plaisanterie. Tous les dragons ont été tués. Notre quête est donc achevée. Je m'étonne de ne pas avoir rencontré d'autres de mes semblables pour m'annoncer cela. Ils ont dû "se caser". Je devrais faire de même
En pensant à cela, il se demandait encore pourquoi il n'en pas croisé un seul depuis tout ce temps.
- Qu'avez-vous à me proposer ? demanda-t-il enfin.
- Vous êtes un guerrier expérimenté et de longue date. Cette ville a besoin de gens de votre trempe en vue des futurs soucis.
- Futurs soucis ?
- Il y a toujours des soucis, d'ordre politique et d'autres....
L'homme eut envie de se lever et de partir.
- Votre proposition est intéressante, mais mon affaire ne peut attendre.
Cette fois il se leva. D'un pouce il jeta une pièce d'or au tavernier qui guettait cet instant avec avidité.
- Vous commettez une erreur, dit le milicien sur un ton sérieux. Sans doute devriez-vous davantage réfléchir.
- Je verrai...J’ai encore le temps devant moi
Le jeune homme se leva à son tour.
- Un homme comme vous devrait songer à se reposer, plutôt que de courir après des désirs illusoires.
Le dracocide le fixait. Le jeune milicien l'intriguait de plus ne plus. Il était trop mâture à son goût.
- Vous vous faites vieux. Votre force n'est plus celle qu'elle était. Une vieillesse que vous n'étiez pas censé connaître se manifeste.
L'homme ne l'écoutait pas davantage et sortit de la taverne.
Maintenant il venait de quitter le bourg. L'orage ne grondait plus et la pluie avait cessé ses tourmentes glaciales. La nuit accueillait une lune ronde et pleine, accompagné par quelques brumes qui s’attardaient.
Le visage du jeune homme était encore dans sa tête. Tout ce qu'il venait de dire ne pouvait pas sortir de la bouche d'un homme aussi jeune. Sauf s'il était au courant de sa situation. Il talonna sa monture pour rejoindre les montagnes, pour savourer la solitude et l'air glacé des cimes. La vieillesse. Je ne devrai pas l'avoir...
Pendant plusieurs heures, sa monture gravit la pente, qui s'escarpait de plus en plus. La lune profitait de quelques éclaircies pour éclairer son chemin. Soudain, son cheval se cabra, hennissant de terreur.
Avec instinct, il réussit à se maintenir sur la selle de sa monture qui s'affolait de plus en plus. Il essaya de reprendre son contrôle. En vain. Elle se mit brusquement à galoper dans une direction aléatoire, roulant des yeux fous. Une solution s'imposait. Il sauta et roula sur le sol. Le cheval disparut dans la nuit. C'est bien ma veine !
Le dracocide se releva et reprit l'ascension. Lui qui voulait avoir de la solitude, il était servi. Mais cela ne le détourna pas de son but. Il voulait aller au sommet. Il repensa à Fréhir, au point d'en froncer des sourcils. Quelque chose clochait en ce jeune homme. Il ne lui paraissait pas...net. Je me fais peut-être des illusions.... La perspective d'un travail dans une ville serait à étudier...Si jamais je ne trouve pas ce que je recherche.
Il avait suivi une vieille rumeur, apporté par le vent, que seules ses oreilles avaient pu écouter et comprendre. Ils ne pouvaient pas avoir tous disparu. Cela lui paraissait inconcevable. Pourtant.... "Un dragon ? C'est une plaisanterie ?". Le monde avait changé, tout ce qu'il avait connu se perdait au loin, dans les profondeurs des esprits et des vieilles chansons. Je vais leur prouver !
Il atteignit enfin le sommet. Et il comprit mieux pourquoi son cheval avait paniqué. Une forte odeur de souffre flottait dans les airs. Non loin de lui, la terre s'ouvrait en une gueule béante où la lumière de la lune avait dû mal à pénétrer. Il avait atteint sa destination. Et il y en avait un !
Il sortit d'un geste magistral son épée, scintillante d'argent, dans un sifflant légèrement métallique. Dans la grotte, un grognement se fit entendre. Le dracocide sourit. Un beau combat se préparait. Depuis longtemps que j'en attendait un...
Il allait pouvoir bientôt prouver au monde que les dragons existaient encore.
Le sol tremblait légèrement, lui précisant la venue de son adversaire. Il reculait d'un pas, pour mieux le voir arriver et s'apprêter à lui lancer son cri de défi. Ce qu'il vit le subjugua.
Le reptile était sorti avec la grâce d'un félin, claquant ses ailes d'un puissant battement. Sa longue et puissante queue fouetta les airs avec provocation. Une épaisse crête dorsale parcourait son dos, renforcé par de longues épines osseuses. Deux cornes torsadées couronnaient le sommet de sa tête aux traits nobles. Quatre plus petites sortaient des pommettes.
Le dracocide resta pétrifié devant lui. Il était à ses yeux d'une taille jamais inégalée, le plus grand qu'il lui avait été donné de rencontrer. Il avait toujours éprouvé une certain admiration face à leur terrible beauté, mais quelque chose le choqua. La couleur des écailles était ternes, grisâtres et craquelés par endroit.
Le dragon soufflait bruyamment, le fixant de ses yeux aux lueurs d'intelligence.
L’homme s'était attendu à une réaction agressive. Le reptile restait passif, se contentant de le regarder. Puis il ouvrit avec majesté et douceur ses deux immenses ailes de chauve-souris. Nombre de cicatrises parcouraient la fine membrane, apparaissant à la lumière lunaire. Les membres ailés rajoutaient encore plus de taille au Dragon.
Le dracocide était toujours en position d'attaque, sa lame brandie. Sans doute le monstre rusait pour mieux le piéger. Il peut me broyer d'une seule patte, pensa-t-il fugacement. Il savait que ces êtres utilisaient la ruse où la magie pour vaincre. Il connaissait toutes leurs techniques. Il était sûr de remporter la bataille.
Les ailes reprirent leur place contre le large poitrail du Dragon. Puis il redressa sa tête, arquant son cou. Sa posture était ainsi plus royale.
- Un être comme toi ne devrait pas chercher querelle.
La voix du dragon était caverneuse, avec une note métallique.
Le dracocide veilla à sa concentration. Pour lui, son adversaire devait préparer un mauvais coup.
- Tu sais donc qui je suis ? demanda-t-il à haute voix.
- Je te connais, bien plus que tu ne peux le penser. Bien plus que ta propre âme.
Il serra sa main sur la garde de son épée. Il cherchait à cerner la stratégie du reptile ailé. Sans doute essayait-il de lui détourner son attention pour l'avoir avec facilité.
- De part ma longue existence et de par ma taille, dit le dragon avec passivité, je pourrais aisément te mettre hors de combat.
Le dracocide cilla. Le dragon lisait dans son esprit. Il ne s’était pas attendu à cette capacité. Voilà qui allait rajouter du piquant dans son combat.
Le reptile poussa un long soupir.
- Tu le crois sincèrement ?
- Je vis pour cela, fit l'homme avec un sourire.
- Tu dis vivre pour cela ? Alors répond à cette question qui ronge mon âme... Pourquoi ceux de ta race se sont-ils acharnés pendant des siècles à poursuivre les miens ?
L'homme fut médusé. Son ennemi de toujours lui posait cette question ?
- Me prends-tu pour un imbécile ? Tu le sais autant que moi !
- Si je te pose cette question, c'est sans doute que je n'en connais point la réponse.
Le reptile commençait à l'agacer. Il commençait à comprendre sa stratégie. Il cherchait à le déstabiliser par ses belles paroles.
- Je vais le faire une joie de te rappeler à tes bons souvenirs, ironisa-t-il. Les lézards maléfiques en ton genre ont toujours demandé leur tribut en sang et en destruction depuis la création du monde. Heureusement que des hommes comme moi vous ont toujours pourchassés pour faire cesser votre cruauté. Nous en avons fait notre but.
Le dragon baissa légèrement la tête. Ses yeux se mirent à briller, le chagrin les envahissant.
- Vous avez toujours fait erreur, murmura-t-il.
Une larme coula le long de sa joue écailleuse. Le dracocide n'en revenait pas. Il pleurait ! Une ruse ou une réalité ? Il avait dû mal à croire ses dires. Il redressa sa lame pour montrer sa détermination.
- Je ne vois pas en quoi !
- Ta race a toujours été supérieure à celle des humains, poursuivit le dragon. La nature vous a permis de vivre plusieurs centaines d'années sans subir l'attaque du temps, jouissant d'une force peu commune jusqu'au dernier souffle de vos vies. Le destin avait sans doute un but avec ces facultés. Mais vous en avez décidé de suivre une autre voie. Par arrogance ou par plaisir de tuer, je ne sais pas comment cela a débuté, vous vous êtes octroyés le nom de dracocide, les pourfendeurs de dragons.
L'homme commençait à s'énerver de plus en plus. Lui qui voulait un beau combat, perdait son temps avec une créature qui cherchait à gagner du temps.
- Assez parlé ! vociféra-t-il. Si tu sais qui je suis, tu sais à quoi t'attendre. Tu palabres pour éviter l'inéductable.
Il fit déjà un pas en avant, pointant son épée vers son adversaire.
- As-tu déjà vu un dragon dévorer une jeune femme ou emporter un enfant dans les cieux pour s'en délecter ?
Le dracocide allait charger, quand il se bloqua. Il a raison, je n’en ai jamais vu.
- Les dragons que j'ai pourfendu m'attaquaient dès qu'ils me voyaient, dit-il. Cela est une preuve de leur penchant pour le mal.
- Un loup qui est acculé dans un coin fera tout pour se défendre et rester en vie, dit le dragon qui s'était redressé en douceur et avait reculé de quelques mètres. Nous sommes comme eux. En général, nous vivons loin des hommes, reclus dans nos grottes. Nous n'avons jamais attaqué l'un d'entre eux. C'est la peur qui les a poussé à croire des mensonges.
Des nuages obscurs commençaient à masquer le ciel étoilé et voilèrent la lune, rendant les lieux encore plus sombres. Les deux adversaires se faisaient face à face. Le dracocide, son arme en main savait comment cela allait se finir. Par la mort du monstre. Tout ce qu'il racontait n'était que bêtise. Il cherchait à sauver ses écailles.
Une fois le dragon tué, il repartirait avec un trophée. Il montrerait la preuve que les dragons n’étaient pas des légendes. Puis il repartirait à la quête d'un nouvel adversaire.
- Dans quel but ? demanda le dragon. Uniquement pour entendre de nouveau raconter les exploits passés de races vouées à l'extinction ? Ou pour ta propre arrogance ? Tu devrais songer à trouver une nouvelle voie que celle que tu suis, dracocide.
Une lueur passa dans les yeux de l'homme. Un autre homme lui avait parlé de la même façon. Pour la première fois de sa vie, il fut indécis. Peut-être que le dragon a raison, tout cela n'est que folie. Dans ce cas, ce sera mon dernier combat.
- Oui, confirma le reptile. Ce sera notre dernière lutte à tous les deux.
- Que cherches-tu ? demanda le dracocide. A me faire peur ? Il me faut plus que cela pour déguerpir. Ce sera le tien, le dernier combat.
Le dragon leva la tête vers le ciel et fixa un instant le ciel obscurci par les nuages grondant au loin. Il aurait aimé voir la lune une dernière fois. Puis il retourna son regard attristé vers le pourfendeur.
- Ta détermination voile ton coeur et l'empêche d'accepter la vérité. Regarde toi. La vieillesse t'envahit lentement, annonçant les prémices d'une décrépitude grandissante, tout comme moi
- Tu as sans doute une "vérité" là-dessus ? persifla l'homme.
- Je suis le dernier de ma race et tu es le dernier dracocide.
- Qu'est ce qui te permet d'affirmer cela ? s'écria le dracocide.
La colère qui l'avait envahit se complémenta à un doute de plus en plus grandissant. "Nous savons qu'il en n'existe plus. Il y a longtemps que personne n'en a vu. Certaines personnes se demandent même si ces créatures ne sont pas des légendes...Vous êtes tel un navire en perdition." Les paroles du jeune milicien l'envahirent. Le fait qu'il n'est pas rencontré d'autres dracocides depuis plusieurs années s’expliquait. Il ne savait plus comment agir. Le dragon réussissait à l'engager sur une défaite. Tout n'était que mensonge !
- Tu ne m'auras pas dragon ! dit-il. Tes ruses ne fonctionnent pas. Le fait de ne pas avoir vu un autre dracocide ne signifie rien. Et je trouverai un autre dragon à pourfendre après toi.
- Crois ce que tu veux croire, fit le dragon sur un ton lassé. J'essayais juste de t'éviter une mort inutile, de pouvoir vivre ta vie tranquillement. J'ai échoué.
- Tu as échoué dans ta tentative de me faire gober des histoires ! Tes paroles ne sauveront pas tes écailles, dernier ou non. Prépares toi à mourir !
Le dragon se redressa royalement. Ses yeux brillaient d'une profonde mélancolie.
- Cette vie n'a été que souffrance. J'ai essayé de guider les tiens sur une autre voie, en espérant une paix impossible. Si tu le désires tant, abrégeons donc cette douleur qui ronge mon âme.
Jamais encore un dragon n'avait souhaité la mort. Le dracocide en fut médusé. Le dragon était très fort. Il essayait encore de l'avoir une nouvelle fois en l'apitoyant. Cette fois, il devait en finir, il n'avait que trop attendu. Il bondit en avant, épée pointée vers le poitrail de son ennemi.
Le reptile esquiva son coup mais ne riposta pas.
- Ainsi le destin a décidé pour nous deux, soupira le dragon. Mais avant de terminer tout cela, écoutes-moi encore une dernière fois.
L'homme retint son bras. Qu'il tente une dernière ruse, que je rigole, ricana-t-il intérieurement, Cela me fera une histoire drôle à raconter dans une taverne.
Le dragon hocha lentement la tête, avant de prendre une posture défensive.
- Le monde a changé. Tu as pu le constaté. Chaque jour qui passe efface peu à peu le souvenir de nos existences dans la mémoire des hommes. Et après ce combat, nous n'aurons jamais existé pour eux. Les troubadours et les poètes ne se souviendront plus des chants et des vers nous évoquant. La force que tu possèdes en toi s'éteindra à jamais en même temps que moi.
- Tes mensonges ne riment à rien, vociféra le dracocide. On se souviendra de toi comme l'être diabolique que tu es et de moi pour le sauveur. Et assez discuté !
Un éclair déchira l'obscurité, suivi aussitôt d'une puissant coup de tonnerre. Puis une goutte rencontra la roche, accompagnée par d'autres.
En quelques instant, la pluie rendit l'armure métallique du dracocide aussi luisante que les écailles sombres et vieillies du dragon.
Les deux adversaires se toisaient du regard, se surveillant mutuellement et attendant chacun l'action de l'autre.
- Ton sang se répandra sur le sol, cracha le pourfendeur.
- Mêlé du tien.... Si tu me tues, tu mourras en même temps que moi.
- Encore un mensonge !
Il tenta une attaque, qui fut de nouveau esquivé avec agilité.
- Tu as encore le choix d'arrêter cette folie, murmura le dragon avec une douceur qui en surprit les oreille de l'homme.
Puis lentement le reptile ailé présenta son poitrail. Le dracocide ne l'écoutait déjà plus. Il profita de cette aubaine pour passer à l'attaque. Une occasion pareille ne pouvait se rater ! Déjà le début du combat !
En l'instant un éclair illumina la lame de l'épée pénétrant l'armure d'écailles. Puis, là où devait retentir un cri de victoire, un silence imposa sa présence.
Le dracocide écarquillait les yeux. Il souffrait atrocement. Pourtant le dragon n'avait pas contre-attaqué..."Si tu me tue, tu mourras en même temps que moi ".
- La vérité...pensa-t-il à haute voix.
Il tituba, retirant inconsciemment son épée de la blessure infligée au dragon. Une cuisante douleur l'assaillit en même temps. Le reptile fit un pas chancelant en arrière. Du sang coulait à flot de sa plaie. Il avait été atteint au coeur.
Un liquide chaud et moite coula le long des doigts du pourfendeur. Il leva sa main. C'était son propre sang.
- Comment....est-ce possible ? balbutia-t-il.
- Les dragons..., murmura le dragon, Ils sont vos forces de vie...Chacun d’entre nous avait la vie lié à celle d’un dracocide. En achevant un dragon, tu tuais un des tiens...Tu en subi la preuve.
Le dragon s'allongea sur le sol, de plus en plus épuisé. Son souffle se fit plus fort.
Le dracocide s'écroula à son tour, dos contre terre. Le froid commençait à l'envahir. Ses membres s'engourdissaient. Qu'ai-je fait ? Il peina à tourner la tête vers le dragon. Toute sa vie, il avait été dans l'erreur. Maintenant il regretta son acte.
- J'ai essayé de t'en convaincre, souffla le dragon. Depuis que je t'ai rencontré...
Les yeux reptiliens perdaient petit à petit de leur éclat.
- Tu as choisi ta voie.
- Si j'avais su plus tôt...si mon coeur avait accepté la vérité....Une amitié aurait pu naître....
- Elle aurait pu... Mais elle n'existera jamais... Avant de mourir, tu seras mon nom. Je m'appelle Fréhir...

Du haut de son perchoir, le faucon avait fini de sécher ses plumes. Ses yeux perçants se dirigèrent de nouveau sur les deux êtres, le dracocide et le dragon.
Leurs coeurs avaient cessé de battre en même temps. Et au moment où leurs vies s'étaient éteintes, les quelques souvenirs qui restaient d'eux dans la mémoire des hommes s'effaça à tout jamais.
L'orage cessa de gronder et s'éloigna au loin. La pluie fit de même et les nuages noirs laissèrent leurs places aux rayons argentés de la lune, éclairant la fin d'un destin, d'une tragédie inexistante.
Le faucon, témoin muet, ouvrit ses ailes profilées et prit son envol, poussant son cri de joie de revoler à nouveau dans les cieux.





Ce message a gagné 15 Po !
Dragon glace MJ
 Le 11/05/2006 à 20:07:55 
C'est en lisant des textes comme cela que je me rends compte que j'ai encore beaucoup de progrès à faire !
J'ai beaucoup aimé, sincèrement...
Dragon noir MODO
 Le 12/05/2006 à 09:49:41 
Et bien Ithildrin, nous n'avons même pas la primeur de ton texte?
En effet, tu l'as aussi consigné dans le " Forum de L'antre du Dragon"...
Celà dit, il est trés bien^^

(et oui, je surveille que chaque texte soit bien sortit de l'imagination des joueurs, et que ce ne soit pas une copie qu'il se soit aproprié...)
Dragon volcan
 Ithildrin 
 Le 12/05/2006 à 12:34:25 
beuh... j'ai big brother sur le dos !!!! Non c'ets compréhensible. Moi aussi je fais ce genre de chose. Oui je l'ai consigné dans "l'antre aux Dragons" Mais mon prochain récit, je le mettrai en premier lieu ici ^^ En priorité ^^

Mais une question ? Tu l'as su comment ? En cherchant sur le net ou en fréquentant l'antre ?
Dragon noir MODO
 Le 12/05/2006 à 15:21:22 
google est mon ami^^ ...;-)
Dragon glace MJ
 Le 12/05/2006 à 15:23:19 
J'aurais une petite question, pour Ithildrin. As-tu déjà publié ?
Dragon volcan
 Ithildrin 
 Le 12/05/2006 à 18:31:25 
trop rusée Kitiara, je m'en doutais ^^

Pour te répondre Phoenix, oui j'ai déjà publié. Un petit recueil de poésie. Mais je n'ai pas cherché à voir avec des éditions très connues, au risque de débourser des sommes considérables auprès d'eux. Vous ne me verrez pas dans les rayons des grandes surfaces ^^
Et d'ailleurs, j'envisage d'essayer d'éditer autre chose comme quelques nouvelles et un roman que je suis en train d'écrire ^^
Dragon jaune
 Ragdon 
 Le 24/06/2006 à 15:48:25 
Ithildrin, je n ai pas bocoup de mots pour qualifier ton histoire aussi je vais eviter de passer de la pommade
J ai eu les larmes aux yeux en lisant ce que tu as ecrit, c est tellement magnifique.On y voit toute la betise de l etre humain, son arrogance, sa pretention, on ne merite pas d etre les maitre du monde tellement on est imparfait.
Encore bravo Ithildrin
Dragon glace MJ
 Le 24/06/2006 à 20:29:17 
Je me demandais si tu avais une version pdf protégée, l'équivalent des livres sur internet ?!
Dragon brume
 Xunk 
 Le 25/07/2006 à 07:41:02 
Rien n'est plus cruel que l'oubli.
Rien n'est plus triste que l'ignorence.
Lorsque s'achèvent deux vie
qui toujours l'une de l'autre étaient la transe.

En cette histoire tu m'a confronté a ma plus grande peur.
Moi aussi j'en ai les larmes aux yeux. Moi qui n'ait pas pleuré depuis si longtemps,
je pleure maintenant comme un enfant.
Peu m'importe qui est ton editeur.

Je veux le titre qui me ménera à l'oeuvre!

EDIT: S.T.P.!
Dragon blanc
 Yorwan 
 Le 26/07/2006 à 08:33:05 
c'est vraiment mahnifique, rien a dire, moi mon livre il est bien loin de ça.

C'est vraiment touchant
Dragon gris
 Le 20/09/2006 à 14:34:06 
J'ai vraiment adoré cette histoire, elle est vraiment très touchante et magnifique.
Je ne peux que te dire bravo Ithildrin.
Dragon glace
 Le 28/10/2006 à 13:47:30 
woow...
c'est vraiment exellent ce que tu as écrit. J'aime beaucoup ton style d'écriture plein de poésie... Tu nous relate bien les faits et nous donne une lecon de vie... En un mot : bravo :p
J'aime beaucoup cette image de l'aigle qui s'envole a la fin ce qui prouve que la vie continue ...
Vraiment bien :p
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