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 Ev-Dragon >> Forum >> Histoire du Jeu en Temps Réel ! >> La Bataille d'Urcendia

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Dragon brume
 Le 31/07/2019 à 16:21:28 
[HRP]
C'est la suite des topic 17933 et topic 17934 et qui s'inscrit dans l'arc d'aventures "La Chute d'Atsami" (cf topic 17927).

Si vous ne faites pas encore partie de l'aventure et que vous souhaitez nous rejoindre, vous pouvez m'envoyer un message sur ma fiche perso !

Bonne lecture ! Et surtout... bonne écriture !
Adrentar





LA BATAILLE D'URCENDIA

- NÁRIË DE L'AN XIV -


La rébellion s’organise ! Sous l’impulsion du mystérieux Sénéchal, une poignée de résistants s’affaire pour libérer Atsami du joug impérial. Arpentant les plans inférieurs, plusieurs émissaires sont envoyés pour convaincre les Atsamiens de rallier leur cause. Après deux mois de voyages à l’abri des regards indiscrets, les Héros d’Atsami sont parvenus à grossir difficilement leurs rangs : marchands, mercenaires, renégats impériaux, assassins et dragons égarés se sont joints à la Résistance.

Pendant ce temps, une équipe de reconnaissance est partie dans les confins du Domaine des Morts, pour y infiltrer Urcendia, cible de la première attaque renégate. Mais, en quête d’informations sur le fonctionnement de la cité et de ses habitants, l’équipe de reconnaissance n’est toujours pas revenue…

Le temps presse et voilà que le premier jour du mois de Nárië est arrivé. Le Sénéchal a mis ses troupes en ordre de bataille. La petite équipe, constituée d’une quarantaine d’âmes seulement, s’apprête à marcher sur la base impériale.

Et à réouvrir la guerre.





Les plus petites actions forgent les plus grandes destinées. Les actes les plus insignifiants mènent aux réalisations les plus grandioses. Parfois, c’est dans l’infime sursaut d’une âme que se trouve la force la plus pure : celle qui permet de bâtir les empires les plus grands.

Ou de les réduire à néant.

Le Sénéchal s’était isolé au coeur d’une forêt du Domaine de la nuit. Il détestait les forêts, comme il détestait plein d’autres choses. Mais il n’avait que du mépris pour ces étendues de bois qui ne demandaient qu’à être brûlées. Enfin, faute de merles… Aujourd’hui, il était confiné dans le Domaine de la Nuit, mais il savait que son exil ne durerait plus longtemps. Bientôt, il verrait de nouveau Svant. Mais la route pour y parvenir était encore longue.

Dans quelques heures, les émissaires qu’il avait dépêchés à travers tout le Royaume allaient se présenter à lui. Ils ne se rendaient pas encore compte du rôle important qu’ils allaient jouer dans les événements à venir. Cette première quête qu’il leur avait confiée était un moyen de voir si résidait encore, dans le coeur des Atsamiens, la flamme qui avait permis de bâtir cet illustre royaume. De leur succès dépendait la prospérité d’Atsami, ou celle de l’Imperium. Car, si Atsami voulait vraiment conserver son indépendance, alors nul doute qu’elle avait besoin de véritables Héros ! Des âmes capables de réunir, de mener des gens à leur propre mort sans jamais douter de leurs convictions ! Des caractères capables d’endurer les pires épreuves et de rester debout, malgré tout. Pour survivre, la flamme d’Atsami devait être restaurée. Et, le Sénéchal le savait : seule une poignée de héros, tous aussi différents les uns que les autres, pourraient y parvenir. Le destin d’Atsami allait se jouer dans les lunes à venir. Tout comme celui des émissaires qui allaient revenir de leur périple.

*
* *


En cet instant, que les dieux devaient être en train de se moquer de lui ! Le Sénéchal s’était lancé dans un projet désespéré. C’était une lutte du quotidien et même le plus insignifiant des détails revêtait la plus haute importance. L’un d’entre eux, par exemple, était le respect du temps. Le Sénéchal leur avait donné rendez-vous au premier jour du mois de Nárië. Il leur avait demandé de revenir à la tête d’une armée ! Et ils l’avaient déçu. Bien sûr, il n’en avait rien montré. Il l’avait senti, le courage était encore fragile chez certains d’entre eux. Faire part de sa frustration aurait tué tout espoir de rébellion, avant même que celle-ci ne commence. Mais, une fois isolé, le dragon argent ne parvenait plus à refréner sa peine.

Pourtant, il savait qu’il n’aurait face à lui que des paysans. Loin de lui l’espoir que de voir se dresser devant lui la fière armée d’Atsami ! Enfin, si l’armée en était réduite au groupe hétéroclite qui lui avait été présenté, alors il comprenait pourquoi le royaume avait sombré. Néanmoins, le Sénéchal, qui avait le pouvoir de lire les âmes, fut marqué par quelques figures fortes.

Une énergie brute émanait de la tigresse blanche, comme l’eau d’une cascade éternelle. Derrière une apparence d’animal féroce se cachait une force de caractère et une sensibilité qui, assurément, lui donneraient un avantage sur n’importe quelle brute, aussi intelligente soit-elle. Car ce mélange entre une forte personnalité et un brin de sentiments pouvait conduire aux comportements les plus surprenants. Et nul doute qu’ils en auraient besoin dans les lunes à venir. À ses côtés se trouvait son alter-égo, un dragon noir gigantesque, disposant des mêmes qualités. Le duo formait une paire intéressante, d’autant plus qu’ils étaient parvenus à ramener un groupe de vingt mercenaires, renégats impériaux.

Lors de la réunion qui s’était tenue deux lunes auparavant, dans la même taverne, un dragon vert et argent avait fait part de son inquiétude. Aujourd’hui, il était revenu. En le voyant, le Sénéchal n’avait pas fait étalage de sa satisfaction. Il n’était pas surpris de le revoir, bien que sa présence le rassura. En revenant, il avait révélé son courage. Du courage pour se dresser face à l’ennemi en ces temps sombres. Du courage pour se battre aux côtés d’inconnus alors qu’il ne se préoccupait que d’une seule chose : sa propre survie. Du courage pour revenir accompagné de six dragons prêts à en découdre. Le saurien avait compris que des batailles à venir se jouait la survie de toute son espèce. Comme quoi, les actes les plus nobles pouvaient provenir des pensées les plus égoïstes.

Ce dragon se tenait auprès d’une jeune femme : sa dragonnière. Bien plus réservée, elle restait en retrait. Son air sombre (ou mélancolique) était une fenêtre ouverte sur les nuages qui obscurcissaient son esprit. La peur, le manque de confiance en elle et la crainte de décevoir se disputaient le terrain de son âme. Mais dans les ténèbres de son coeur transparaissaient quelques faisceaux lumineux. On y retrouvait un courage similaire à son compagnon vert et argent, mais aussi l’honnêteté, la fidélité l’engagement et… Il y avait quelque chose d’autre, enfoui. Enfoui si profondément que c’était à se demander si elle n’avait pas cherché à faire disparaître cet éclat de lumière, ce sursaut de jour. Pourtant, il n’échappa pas au Sénéchal, qui avait le pouvoir de lire directement dans les âmes. Tout au fond d’elle se terrait la clef qui chasserait ses ténèbres : l’espoir.

Une obscurité que partageait la femme debout sur sa droite. Le Sénéchal n’avait pas noté sa présence lors de la dernière réunion. Tout comme la tigresse, elle se présentait à lui pour la première fois. En la voyant, il avait retenu un sourire de contentement. Car, comme il le prédisait, Atsami avait besoin de tous les Héros pour survivre. Et cette guerrière avait la magnifique particularité de s’intégrer au groupe, tout en s’en détachant. Elle se détachait par la distance qu’elle plaçait volontairement entre elle et son entourage, ainsi que pour une autre raison, qui avait failli faire sourire le saurien. Son âme était d’un noir de geai. Mais elle faisait corps avec ses futurs compagnons de route sur l’énergie qui émanait d’elle et les démons intérieurs dont elle semblait, pour le coup, avec accepté l’existence. À ses côtés, tout près de l’entrée, un dragon de glace respirait un calme profond, digne des sauriens les plus patients. La méfiance qu’éprouvait ce duo était compensée par une obstination sans faille.

Soudain, la porte s’ouvrit pour laisser place à un dragon brume, retardataire. C’était le dragon abîmé, qui avait susurré quelques mots lors de leur première rencontre. Il n’avait rien d’éloquent, mais le Sénéchal avait noté sa capacité à galvaniser le coeur de ses compagnons. Voilà le personnage qui venait compléter cette étrange tribu. Comme le duo à côté duquel il venait de prendre place, il parvenait à s’intégrer au groupe tout en s’en différenciant. En réalité, il était l’exact opposé de tous les autres. Dans le coeur de la jeune femme reposait l’espoir, là où dans celui du saurien il n’y avait plus rien d’autre que le désespoir. Un malheur profond qui, jour après jour, le gagnait. Un mal qui semblait le condamner. Contrairement aux autres, il n’avait jamais cherché à lutter contre ses démons. Et pourtant, il était là. Derrière son comportement vertueux, cherchait-il quelque chose de différent ? Comme si les ambitions les plus nobles pouvaient conduire aux actions les plus ingrates. Toutefois, il n’était pas arrivé seul. À ses côtés, un groupe hétéroclite d’une dizaine d’Humains l’avait suivi. De toute évidence, ils n’étaient pas des guerriers.

La nouvelle armée d’Atsami était donc bien maigre en quantité -seulement une quarantaine d’Humains et Sauriens- mais forte en qualité. Cependant, si la victoire nécessitait une armée de qualité, elle s’appuyait aussi sur le renseignement. Or, les éclaireurs dépêchés dans les Marais manquaient à l’appel. Pour le moment, il était impossible de savoir s’il s’agissait d’un mauvais présage ou non. Les éclaireurs avaient-ils été débusqués ? Étaient-ils tombés aux mains de l’ennemi ? Ou, au contraire, étaient-ils sur le chemin du retour ?

Le temps pressait et les résistants devaient avancer dans le brouillard. Le Sénéchal avait dès le début indiqué que l’armée se mettrait en mouvement au premier jour du mois de Nárië. Or, la date fatidique était arrivée. Il ne pouvait plus souffrir d'aucun délai.

*
* *


Alors que les émissaires et éclaireurs étaient partis en mission pendant deux longs mois, le Sénéchal avait eu l’occasion de penser un plan d’attaque. Il avait espéré pouvoir le compléter avec des renseignements supplémentaires. En vain.

Néanmoins, il avait plus d’un tour dans son vieux sac. Quelques semaines auparavant, dans cette auberge du Domaine de la Nuit, il avait pu donner ses instructions :

- Demain à l’aube, nous partirons. Rien alors ne pourra interrompre le long voyage de l’Armée d’Atsami. Ni même les plaines désertiques, les marais pestiférants, les chimères les plus terribles ou les squelettes les plus tenaces. Mais, pour arriver à nos fins, nous devons tous agir de concert. Car si nous n’en faisons qu’à notre tête, alors notre projet, aussi ambitieux soit-il, est voué à l’échec.

Après un instant de pause, il avait ajouté :

- Nous cherchons à capturer Urcendia, quel qu’en soit le prix. Car, rappelez-vous, il s’agit de la base des opérations de l’Imperium sur tous les Souterrains ! Remporter cette victoire, c’est infliger un sérieux coup à l’ennemi et planter le terreau qui permettra à la Résistance de grandir. Un symbole fort, pour raviver la flamme dans les coeurs Atsamiens !

Regardant tour à tour Humains et Dragons qui constituaient la petite troupe, il précisa :

- Nous ne gagnerons pas par la force de nos armes. Nous sommes trop peu nombreux pour cela. Non, nous gagnerons par la force de notre foi ! Notre foi en nos capacités de réussite ! Notre foi en nos compagnons d’arme ! Notre foi en notre combat !

Il soupira, planta son regard dans l’un de ses interlocuteurs et entra dans les détails de son plan :

- Urcendia est protégée par une dense forêt, qui permettra de cacher notre progression, à condition d’éviter patrouilles et autres systèmes de défense. D’après mes sources, les gardes sont sur le qui-vive depuis des attaques répétées de morts-vivants. Je vous propose donc deux solutions possibles. Il conviendra que vous vous mettiez d’accord sur la marche à suivre. Car, une fois que nous serons lancés, nous ne pourrons plus faire marche arrière.

Le Sénéchal prit une puissante inspiration et se lança dans la première hypothèse :

- Nous pouvons opter pour la confrontation directe. Nous nous présentons aux portes de la ville et défions nos opposants. À entendre nos quolibets et joutes verbales, la colère les forcera à dépêcher une armée pour nous terrasser. En nous réfugiant dans la forêt, nous pourrons ensuite y mettre le feu et y piéger bon nombre de la garnison ennemie. Avec les portes ouvertes, nous pourrons entrer à l’intérieur, en ayant éliminé une partie considérable des effectifs ennemis et en ayant limité nos propres pertes.

Le dragon argenté regarda la foule, afin de voir quel était l’effet de sa proposition. Voyant que son auditoire était à l’écoute, il enchaîna avec la deuxième idée :

- Sinon, nous pouvons agiter suffisamment la faune locale pour les inciter à attaquer. Une telle diversion mobilisera la garnison et nous permettra d’entrer là où on ne nous y attend pas, en toute discrétion. Soyez vigilants, cette éventualité conduira certainement à notre séparation en plusieurs groupes.

Avant que le débat ne commence, il jugea bon d’ajouter :

- Quelle que soit la solution que nous adoptons, nous devrons trouver le moyen, une fois à l’intérieur, de prendre possession des lieux. Si nous parvenons à trouver des alliés sur place, alors peut-être pourrons-nous combattre. Si nous n’y parvenons pas, nous n’aurons que peu de temps pour capturer le général de cette place.

*
* *


Il avait fallut plusieurs semaines pour atteindre les abords de la place forte. Même si c’était le miilieu du mois de Nárië, une forte brume planait dans les Marais. Des bruits étranges ponctuaient l’ambiance lourde qui s’était abattue sur la troupe. Le Sénéchal avançait avec quelques uns de ceux qui l’avaient suivi. Il espérait que la troupe entière fasse route avec lui, mais l’une des mercenaires avait suggéré qu’ils se séparent en plusieurs équipes. Cela afin de réduire l’attention portée sur les voyageurs. D’autant plus que des espions devaient déjà être au courant de leurs agissements. Elle avait alors préconisé la discrétion, à juste titre. En effet, le groupe du Sénéchal fut le premier à arriver à proximité d’Urcendia, suite à un trajet sans encombres. Les Dieux étaient avec eux. Mais cette épaisse brume annonçait une bataille sanglante.

Car c’était avec de l’énergie, du courage, de l’espoir, de l’obstination et de la vertu que les Atsamiens avaient une chance de préserver leur royaume. Le Sénéchal était certain : tous avaient un rôle à jouer dans cette bataille. Dans les heures à venir, chacun d’entre eux seraient soumis à des choix. Dans l’adversité, mais aussi dans la solidarité ; dans la bataille, mais aussi dans le répit, ils allaient façonner l’avenir d’Atsami. À jamais.

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Dragon glace
 Tor 
 Le 08/09/2019 à 23:31:38 
La brume qui planait sur ces terres semblait s'infiltrer sournoisement jusqu'aux os de Tor qui ne savait plus si elle tremblait de froid ou d'impatience. Cela lui semblait déjà une éternité depuis que la réunion au domaine de la nuit avait eu lieu. Rester aussi longtemps dans ce sous-sol avait eu un impact fort sur son karma et son désir de sang n'avait jamais été aussi fort. Jetant un regard à Balthyla à ses côtés Tor ne nota aucun signe de l'impatience qu'elle ressentait, mais cela ne l'étonnait plus, Balthyla était bien plus forte qu'elle ne pourrait jamais l'être.
Reportant son regard devant elle elle vit le Sénéchal perdu dans ses pensées. Son discours lors de cette réunion avait animé quelque chose au fond d'elle qu'elle avait oublié depuis longtemps et qui l'avait encore plus conforté dans son choix quant à apporter son aide dans cette bataille, pour un futur moins sombre. Elle l'aimait bien ce vieux Sénéchal.
Autour de lui les petits groupes qui se rejoignaient commençaient à rendre leur armée un peu plus conséquente. Des dragons dont certains étaient en quelque sorte éteints, quelques mercenaires, d'autres guerriers et guerrières comme elle et sa dragonne. Certains se connaissaient depuis longtemps au vu de leurs échanges joyeux et une pointe de tristesse fit grimacer la dragonnière. Ils lui manquaient tellement ses anciens compagnons.
Autour d'elle les gens s'agitaient, se préparaient et discutaient de la bataille à venir. Les deux options que le Sénéchal avait proposé semblaient toutes deux intéressantes.

S'appuyant contre un arbre Tor croisa les bras et fronça les sourcils. Balthyla s'assit, enroulant sa queue autour du tronc de l'arbre.

- Confrontation directe ou diversion avec la faune locale...je suis pour la première option, on les fait venir là où on veut sur un terrain qu'on aura bien préparé et truffé de pièges et paf ! On maîtrise le combat direct, l'infiltration tu sais que ce n'est pas pour nous...marmonna Tor.

Balthyla rit

- Effectivement ça ne le ferait pas du tout si pendant l'infiltration tu nous perdais dans un dédale de ruelles... Vu comme cela a été un cauchemar pour arriver jusqu'ici sans se perdre je ne sais où...

Balthyla étira son long cou et vint effleurer délicatement la tête de Tor

- Tor...je sais que cela fait maintenant longtemps qu'on a rien eu à combattre et que tu as hâte...mais regarde les gens autour...je ne sais pas si une confrontation directe serait idéale dans cette situation. Au vu de nos forces je partirai plus sur la diversion. On ne sait rien de l'armée en face et si on veut attraper le général il faut y aller en toute discrétion pour éviter qu'il ne s'enfuit.Et aussi limiter les morts inutiles. Les petits bras là-bas ne font souvent qu'obéir. Et puis on pourrait aider pour la diversion.

Tor fixa son regard sur les gens l'entourant et soupira. Sa dragonne avait peut-être raison. Mais ce qu'elle ressentait était de la déception. Elle voulait combattre tout de suite.
C'est alors qu'elle aperçu la dragonnière qui l'avait amené jusqu'ici. Elle ne leur avait pas mentit, il s'agissait bien d'un combat légitime. C'était une chance d'être tombé sur elle. C'était une grande guerrière et les deux amies n'en avait plus vu depuis bien des années.

Balthyla sourit

- Tu as l'air de bien l'aimer cette dragonnière Tor. Il est rare que tu dialogues avec quelqu'un d'habitude...

Tor lui lança un regard noir.

- C'est juste qu'elle me fait penser à la Cité.

- Son dragon est très sympathique aussi, il se nomme Gwaihir, il porte presque le même nom que ton bracelet étrangleur. Il y a aussi d'autres personnes intéressantes dans le groupe, Okko et Ecnerual, et aussi Sire Dahokan. Et non Tor pour l'instant pas question de combat ou quoi avec eux, on est là pour la même bataille.

La dragonnière hocha de la tête et changea de sujet

- La diversion tout ça...qui n'est pas sans risque car va falloir bien les diriger ces morts-vivants. Et savoir par où entrer pour s'infiltrer sans être vu...Et cela va être problématique sans informations...

- Oui...allons voir ce que pensent les autres, ou s'ils ont d'autres informations que nous.

Sans attendre Tor qui se renfrognait déjà, Balthyla se dirigea vers leurs compagnons de combat.

Dragon brume
 Elyra 
 Le 28/09/2019 à 17:51:57 
Ainsi, c'était fait. L'armée était là. Plus petite que prévue, une taille ridicule pour une rébellion, mais l'essentiel était le cœur et la foi qui animaient tous ses membres. Ou presque.

Elyra avait été ravie de voir Tor et Balthyla rejoindre le point de rendez-vous. Elles ne doutaient pas de l'avantage qu'elles représenteraient dans une bataille. Gwaï, lui, avait été encore plus efficace en ramenant non pas un mais six dragons. Ce n'étaient pas des bêtes de guerre: la plupart étaient bien trop jeunes. Le plus petit, un dragon jaune aux zébrures fauves, un adolescent exubérant, débordait d'énergie mais usait du moindre prétexte pour jouer à la bagarre avec les autres. Le plus vieux était splendide: une créature bleue nuit, musclée, hérissée de piques et de crocs, mais son regard somnolent trahissait la maladie qui s'était emparé de lui.

Cependant, la plus belle surprise, ça avait été de constater que les avis de recherche avaient porté leurs fruits. Okko et Ecnerual étaient là aussi, et à la tête d'une jolie troupe de combattants. Elyra avait bondit de joie en les découvrant, mais les retrouvailles avaient faillies être sanglantes.

Dès qu’elle avait aperçu sa vieille amie, Elyra s’était élancée vers elle, tout sourire et les bras grands ouverts.

- Okko !

Toute à sa joie, elle n'avait pas réalisé tout de suite ce qui se tramait. L’air de surprise sur le visage de l’anthropomorphe, vite remplacé par un air très sévère. Cruel. Furieux. Sa main qui se portait vers la poignée de son épée. Elyra courait toujours. Gwaïhir avait été plus prompt. D’un bond, il s'était placé entre les deux femmes, coupant la route de son humaine. Normalement, la magie d’Ithil empêchait tout acte hostile… mais avec Okko, les choses étaient rarement normales. Il n'avait pas osé montrer les crocs, de crainte de faire définitivement exploser la situation, mais était resté tapi là, prêt à protéger Elyra si besoin. Celle-ci ne comprenait pas tout à faire ce qu’il se passait. Elle était restée immobile, les bras ballants, un air peiné sur le visage.

- Okko, ça ne va pas ?

Cela faisait des années qu’elles ne s’étaient pas vues, elle s’attendait à des retrouvailles plus chaleureuses.

- Approche, avait sèchement ordonné Okko.

Ely avait échangé un coup d’œil hésitant avec son dragon. Finalement, la tigresse s'était détendue, sa main s’éloignant de l’épée, mais sa voix était toujours aussi sèche quand elle avait rugit une seconde fois.

- Approche !

Jugeant le danger passé, Gwaï s'était reculé et Ely approchée à petits pas, avec un sourire plus timide.

- Ça fait si longtemps, mon amie…

Dès qu’elle avait été tout près, elle avait hésité sur la manière de se comporter, mais avant d'avoir pu décider quoi que ce soit, elle s'était retrouvée plaquée contre le torse velu dans un geste qui semblait amical. Certes, il y avait peut-être une légère intention de lui fêler une côte ou deux, mais dans le fond, l’affection semblait dominer. Cette impression avait été confirmée par le grognement ronronné incompréhensible qui semblait clore les hostilités. Une oreille attentive aurait pu discerner le mot « manqué » dans l’affaire.

Une fois libérée de l’étreinte ravageuse, la jeune femme s'était inclinée respectueusement devant Ecnerual, le temps de retrouver son souffle et un peu d’assurance.

- Vous m’avez manqué tous les deux ! Cassiopée et Slider sont avec vous ?
- Non.
- Alors, articula-t-elle, déçue, nous sommes les derniers de la Garde.
Une lueur s'était allumée dans les yeux d’Okko.
- Tu as trahi la Garde, tu nous as abandonné et livré à la merci de tous les mercenaires du pays, avec ton annonce! J'espère que Slider et Cassiopée auront pu s'en sortir.
- Je…
- Tu as promis de l’or: et bien nous sommes là et nous avons une troupe armée à payer !

Trahi ! Si Ely ne le montra pas, la violence de ce mot l'avait ravagé. Trahi? Elle avait été fidèle aux principes de sa guilde des années après que tous les membres aient disparu ! Elle avait été complètement détruite quand elle avait réalisé que sa carrière, sa famille, ses rêves n’appartenaient plus qu’à un passé sur lequel il fallait tirer un trait ! C'était ça, une trahison?

Mais elle comprenait soudain mieux la réaction d’Okko. On ne pouvait nier qu’elle s’était éloignée pour ne pas voir sa ville devenir un désert, et si elle était restée longtemps accrochée à ses illusions, elle n’avait rien fait pour les ranimer chez ses compagnons. De loin, cela ressemblait bien à un abandon.

- Je paierai, avait murmuré Elyra d’une voix plus dure que ce qu’elle aurait voulu.

Elle s’était éclaircit la gorge avant de répéter, plus fort.

- Je paierai, et si on s'en sort, vous serez largement récompensées en butin. Prenez ça pour le moment, en acompte. Le reste est à la banque.

Elle leur avait jeté ce qu'il restait de sa bourse et de son contenu puis s'était détournée pour rejoindre le reste du groupe.

- Merci d'être restées, avait-elle lâché d'une voix émue en s'éloignant.

Ainsi, c'était fait. L'armée était là. L'armée était prête.



Ils s'étaient séparés en entrant dans le troisième souterrain. Avec plusieurs heures de retard sur le Sénéchal, le petit groupe avait enfin rejoint le point de rendez-vous et commençait à se concerter sur la suite à donner. Du moins essayait. Les dragons sauvages se tenaient à distance relative des humains. Le jeunot se chamaillait avec qui voulait bien, pour le plus grand bonheur de Gwaïhir. Finalement, il n'y avait qu'Atirie, la chef de meute, à sembler sérieuse.

- Donc, on a le choix entre détruire la forêt ou condamner l'innocente faune locale à la mort? bougonna Elyra.
- Pas si innocente que ça, contredit son dragon, tu te rappelles les squelettes, les morts vivants et ces affreux crapauds cracheurs d'acide?

En se remémorant les fameux crapauds, l'humaine hocha la tête avec un sourire.

- D'accord, faune pas innocente. De toute manière, soupira-t-elle, ça m'a l'air la meilleure option. Je vois mal tous les soldats d'Urcendia abandonner leur poste pour nous courser dans les bois. Nous ne sommes pas une si grande menace pour eux.

Elyra se tut, posant son regard sur Gwaïhir qui ne l’écoutait déjà plus, occupé à se bagarrer avec son nouveau copain. En d’autres temps, c’est attendrie que la jeune femme aurait admiré le spectacle, mais elle ne pouvait désormais pas faire abstraction du sentiment d’inquiétude qui l’étreignait.

Dès qu’elle avait vu son compagnon ramener tous ces dragons malades, Elyra avait compris que ses plans de fuite tombaient à plat. Gwaï aurait sûrement pu laisser mourir tous les humains du pays sans scrupule… mais des dragons, jamais. Il avait une trop grande estime de son espèce pour ça. Une trop grande rancune envers les humains, qui déjà, quand il était tout bébé, avaient tenté de l’asservir pour leur bon plaisir. A présent que cette guerre le concernait personnellement, il se battrait jusqu’au bout. Ce qui limitait fortement les choix d’Elyra : se battre pour les dragons, ou abandonner son meilleur ami et les siens à une guerre perdue d’avance et endosser le rôle de traitresse… encore. Son amour pour Gwaïhir simplifiait la question… mais si elle venait à tomber au combat, à devoir choisir entre souffrance et mort pour elle ou pour les autres, aurait-elle la force de ne pas trahir ?

D’un coup de patte bien ajusté, le dragon envoya bouler son jeune ami dans les buissons et reporta son attention sur son humaine :

- Tu disais ?

Elyra soupira à nouveau.

- Que tu avais raison. Va pour envoyer les monstres mourir à notre place.
- Ça va déplaire à certains, de ne pas se battre, grogna Gwaï avec un coup d'œil appuyé en direction d'Okko.
- Pas tant qu'il y aura de l'or à la clé. De toute manière, sans nouvelle des espions ni passage secret fabuleux, ça va tourner à la confrontation plus vite que prévu. Difficile de s'infiltrer avec des dragons de plusieurs mètres de haut.

A ce moment, elle vit Tor et Balthyla s'approcher et les salua d'un signe de la main.

- On disait justement qu'il valait mieux opter pour l'attaque de morts-vivants en diversion, vous en pensez quoi? Le seul problème, c'est qu'on ignore les points faibles de la ville, où attaquer, où s'inflitrer. Le plus simple serait sûrement d'envoyer les morts sur les portes en bois, c'est ce qui est le plus susceptible de s'effondrer.
- Mes dragons peuvent les brûler, appuya Atirie, pendant que vous attaquez ailleurs.
- Ailleurs, oui, mais où? Les portes sont à l'est… On attaque à l'opposé? J'espère que nos espionnes reviendront bientôt avec un itinéraire plus précis…
Il faudra une équipe avec tous les combattants humains, plus discrets pour se déplacer. Spiritia pourrait venir, sous sa forme de tigresse. Peut-être un petit dragon d'Atirie également.
Quand aux autres dragons, ils pourront être en support, soit côté diversion, soit pour venir à la rescousse des infiltrés si ça tourne mal.
- Un bon général sera du côté du combat à motiver ses troupes, pas isolé à l'arrière, remarqua Gwaïhir. Ce qui rend l'infiltration inutile.

Une troisième fois, Elyra soupira et se massa les tempes.

- Peut-être. Peut-être aussi que c'est un lâche planqué dans sa tour et que ce plan marchera. J'en sais rien… J'ai pas d'autre idée.

Elle n'avait aucune légitimité pour diriger ces gens mais le Sénéchal restant à distance, il fallait bien que quelqu'un décide quelque chose.

- Va voir Dahokan. Demande-lui si Adrentar compte nous rejoindre ici. je pensais que Dahokan l'aurait rappelé à lui, maintenant que les choses bougent. Ce ne sont peut-être pas les seuls, mais ils peuvent communiquer par la pensée et ce serait un atout pour coordonner nos équipes.

Le dragon vert s'éloigna et Elyra reprit pour qui voulait bien l'écouter.

- Il faudrait une équipe qui se charge d'attirer les mort-vivants jusqu'aux portes, à l'est de la ville. Je peux aller patrouiller avec Gwaï. On a l'habitude de traîner dans les marais depuis l'invasion, on devrait trouver notre chemin. Puis il est rapide, les monstres ne nous attraperont pas, et on pourra vous rejoindre facilement. Ceux qui veulent s'infiltrer peuvent commencer à partir vers l'ouest. Il faudra juste arriver à coordonner nos attaques.
Dragon brume
 Le 06/10/2019 à 10:55:53 
Le sommet du Perchoir, la principale tour d’Urcendia, pénétrait dans la brume pour ne plus en ressortir. La « Cité Phoenix », comme les Urcendites avaient eu l’habitude de la nommer, n’avait pas si fière allure. Mais ce qui inquiétait le plus le Sénéchal était l’absence de vision claire. Autrefois, la cité surplombait les marais et rayonnait tel un phare dans la nuit. Aujourd’hui, les ténèbres s’étaient emparées d’elle, en même temps que l’Imperium d’Elkonar avait marché sur Atsami. Les murailles, que l’on distinguait à peine, étaient abîmées par endroits. Pourtant, les habitants de l’Imperium étaient réputés pour leur entretient des plus exigeants. Toutefois, la cité en elle-même semblait souffrir de l’absence de ses dirigeants d’antan. Le Sénéchal sentait son mal-être dans tout son corps, comme si Urcendia criait son désespoir dans son âme. Les pierres de ses murailles, à l’image d’un visage tordu de douleur, renvoyaient la souffrance que connaissait la Cité Phoenix. Or, il faudra du temps pour la réparer, pour panser les plaies, pour raviver ses ruelles. Comme pour Atsami. Comme pour l’armée dont le Sénéchal avait aujourd’hui pris la tête.

Le Sénéchal était un artisan, un faiseur de miracles. Et pour se hisser jusqu’où il s’était hissé, il fallait voir au-delà de la vue, lire dans les âmes et écouter les Dieux. Il n’était pas aveugle et savait très bien de quel bois se chauffait la compagnie qu’il avait créée. Tous ses compagnons de route partageaient la même essence, cette subtilité qui les mènerait à la victoire, ce secret qui faisait qu’à seulement quarante, ils changeraient le cours de l’Histoire.

Ils étaient des âmes brisées.

Des âmes esseulées, isolées. Tous les membres de la compagnie avaient perdu quelque chose -ou quelqu’un- de cher. Avec l’invasion de l’Imperium, ils n’étaient plus entier. C’est pourquoi -même si certains d’entre eux l’ignoraient encore- aucun ne se défausserait aux batailles à venir. Il s’agissait de leur destinée, et c’est pourquoi le Sénéchal était venu les chercher. Si les héros étaient tombés, alors seuls les invalides pourraient mener Atsami à la victoire. Ils étaient tel ces pierres décrochées des remparts d’Urcendia : un morceau de glaise par-ci, un fragment d’argile par là, du basalte… En les réunissant, le Sénéchal allait construire l’édifice le plus solide d’Atsami. C’était son travail d’artisan : rassembler sous une même bannière des guildes autrefois en guerre.


*
* *


Sire Dahokan n’appréciait pas cet endroit. Tout d’abord, les Marais n’avaient rien d’accueillant. Ensuite, Urcendia n’avait plus rien de sa splendeur d’antan. C’était étrange de se retrouver là, à préparer un assaut suicidaire pour capturer la cité. C’était tout aussi irréaliste qu’inespéré. Qu’espéraient-ils ? L’ampleur de la tâche était démesurée et, pourtant, ils se tenaient là, prêts à porter leur premier coup à l’Imperium.

Lui qui d’habitude affichait une sérénité à toute épreuve, était en proie au doute. Aucun des plans proposés par le Sénéchal n’attiraient la sympathie de Sire Dahokan. L’attaque incendiaire comme l’excitation de la faune locale étaient des approches très incertaines. Il aurait préféré une attaque plus construite, mais l’absence d’informations sur le fonctionnement de la cité ne le leur permettait visiblement pas. Le groupe était obligé de se lancer de manière hasardeuse, espérant que la suite des événements offre la bonne opportunité. Oui, il s’agissait réellement d’un assaut suicidaire. Et c’était bien ce qui inquiétait le dragon de brumes.

Ses pensées furent interrompues par l’arrivée de Gwaïhir. En toute logique, son ancien compagnon de route lui posa la question à laquelle Sire Dahokan s’était tant attendue… mais à laquelle il redoutait de répondre. Dans la taverne, plusieurs lunes auparavant, il était parvenu à rester évasif. Mais le temps passait et le saurien devait admettre que l’absence de son principal allié attirait l’attention. Leur réputation les avait précédés et beaucoup se demandaient où était passé le chevalier blanc. Jusque-là, seul Sire Dahokan s’était prononcé en leur nom. Sire Adrentar n’avait donné aucun signe de vie. Le saurien savait qu’il ne pourrait plus garder leur secret bien longtemps. Il accueillit la réflexion de Gwaïhir par un long silence, avant de répondre avec précaution :

- Je crains que Sire Adrentar ne se joindra pas à nous lors de cette bataille. Il est vrai qu’il est bain meilleur tacticien que moi, mais nous devrons poursuivre sans lui !

Sentant qu’il peinait à convaincre, Sire Dahokan se risqua à une autre approche :

- Mais seuls les Deux savent ce qui nous attend. Prenez cette potion, peut-être pourra-t-elle vous servir. C’est souvent lorsque nous y pensons le miens que de tels objets peuvent se rendre d’une utilité salutaire.

D’un geste du museau, le dragon de brumes se saisit d’une potion d’un bleu profond, parmi le fourbi attaché à sa selle. Il la confia à Gwaïhir et précisa :

- Je promets de re-pondre à toutes vos questions à l’issue de cette bataille. Mais, pour l’heure, concentrons-nous sur les épreuves à venir.

Puis Sire Dahokan se mit en mouvement pour s’approcher du groupe discutant de la meilleure manière de mener l’assaut. Il ne pensait pas être d’une grande aide, mais en voyant les expressions consternées des personnes engagées dans la conversation, il semblait qu’une décision n'avait toujours pas fait consensus.

*
* *


- Qu’allons-nous faire des habitants de la cité ?

C’était l’un des marchands de la Guilde des Explorateurs des Tréfonds. Il était vrai que, à aucun moment, le Sénéchal n’avait parlé des populations non-combattantes. Qu’était-il advenu des anciens habitants ? Est-ce qu’Urcendia était transformée en caserne, ou y demeurait-il encore quelques sujets de l’Empire ? Si c’était le cas, constituaient-ils une potentielle aide en cas d’insurrection ? Ah, il y avait encore tant d’incertitudes autour de cette attaque ! Sire Dahokan n’avait pas besoin d’être fin tacticien pour savoir que la rébellion risquait de mourir dans l’oeuf s’ils continuaient ainsi.

- Ils ont des balistes et, de toute évidence, savent se battre contre les dragons.

Le dragon de brumes avait tenté d’apporter sa pierre à l’édifice, entraînant une réaction de surprise de la part d’un des renégats impériaux :

- Comment le savez-vous ?

Sire Dahokan afficha un air gêné et ne put réfréner un mouvement nerveux au niveau d’une de ses ailes. Il s’agissait de l’aile blessée qui n’avait pas échappé à l’attention d’Elyra et Gwaihir lors de la rencontre dans la taverne, deux lunes auparavant. Heureusement, elle s’était réparée avec le temps. Le dragon répondit :

- Ce n’est pas ma première bataille contre l’Imperium.

Le groupe grossissait, alors que la totalité de l’armée s’était retrouvée au point de rendez-vous. Mais, le manque de stratégie clairement affichée attirait les plus curieux et, bientôt, tout le monde voulait aller de son avis. Le mercenaire qui avait répondu à Sire Dahokan jugea bon de préciser :

- L’imperium a une armée très organisée. Peut-être devons-nous frapper à la relève ?

- Oui, mais cela n’aide en rien à savoir comment nous nous y prendrons ! avait maugréé l’une des jeunes dragonnes.

D’un simple échange discret, voilà que la conversation se transformait en un débat houleux, incessant aux oreilles de Sire Dahokan. Mais qu’étaient-ils devenus ? Comment cela se faisait-il que les Atsamiens ne parvenaient plus à s’arrêter sur une stratégie bien ficelée ? Soudain, une mercenaire intima le silence :

- Chut !

Elle dévisagea les autres et demanda :

- Qu’est-ce que c’était ?

Un silence gêné accueillit sa question. Un explorateur de la guilde commença une réponse décousue :

- Euh… Rien, je ne sai…

Mais il fut immédiatement interrompu par la mercenaire :

- Là, regardez !

Elle pointa du doigt des branchages humides, à moitié enveloppés dans le brouillard et remuant légèrement.

- Un éclaireur ! s’écria-t-elle, avant de s’enfoncer à toutes jambes dans le brouillard.

Alarmé, un dragon s’écria :

- S’il sonne l’alerte, nous sommes perdus !
Dragon glace
 Tor 
 Le 06/11/2019 à 21:25:52 
Tor et Balthyla avaient rejoins le petit groupe en pleine discussion tactique. Elyra les avait accueillit chaleureusement, son avis rejoignant le leur pour une diversion avec la faune locale.

D'autres personnes se joignirent au débat, des mercenaires, des dragons, d'autres dragonniers et bientôt une cacophonie sans fin s'installa.
Tor soupira, serra les dents, avala sa salive et balaya les alentours du regard. Bon sang elle se ramollissait, dans le passé elle aurait déjà hurlé à tous de se taire et en aurait bastonné voir tué quelques uns. Quand est-ce qu'ils allaient la commencer cette bataille ? La stratégie ce n'était décidément pas sa tasse de thé, elle préférait y faire à l'instinct. Et ce qu'elle voulait tout de suite c'était sortir son épée et répandre le sang. Secouant la tête elle jeta un regard en coin à sa dragonne qui malgré ses airs nonchalants restait sur ses gardes, ce qui gênait ses réflexions sur le sujet. Quand un petit dragon jaune aux zébrures fauves s'approcha pour jouer, la dragonne émis un grognement et un regard d’avertissement qui suffirent à lui signifier qu'il ne fallait pas approcher.

Comme son amie, elle n'appréciait pas la proximité étouffante de tout ce monde, elles n'en avaient plus l'habitude. Une envie de prendre l'air, Tor fit signe à Balthyla et elle s'éloignèrent du groupe.
Les débats devenaient houleux, ils faisaient trop de bruit. Chacun essayait d'étoffer une tactique, mais il manquait des informations. Peut-être aurait-il fallu en l'absence des renseignements en obtenir d'une autre façon, en observant le fonctionnement de la cité : est-elle approvisionnée, y avait-il des voyageurs, des marchands, des villageois, sortaient-ils ? Si oui pouvait-on les capturer - en tuer quelques uns au passage - et avoir des informations pour leur infiltration ?

Son inaction la rendant sur les nerfs, elle repris vie lorsqu'une mercenaire s'écria qu'il y avait un éclaireur.
Tout en instinct, les deux amies s'élancèrent gaiement vers la source du bruit, de grands sourires illuminant leurs yeux, armes et crocs de sortie. Éclaireur ou autre chose elles allaient enfin pouvoir s'amuser !
Dragon brume
 Elyra 
 Le 09/11/2019 à 10:26:10 
La gêne de Dahokan ne passa pas inaperçue pour Gwaïhir. Le dragon de brume pouvait peut-être cacher des choses aux humains, mais pas aux sens affutés d’un de ses semblables. Quelque chose clochait. Quelque chose en rapport avec Adrentar, avec l’aile blessée de Dahokan, avec son air pensif permanent. Tout en acceptant la jolie potion bleue et en craignant le pire, Gwaï cherchait une manière polie d’approfondir le sujet.

- Je promets de répondre à toutes vos questions à l’issue de cette bataille, anticipa Dahokan. Mais, pour l’heure, concentrons-nous sur les épreuves à venir.

Gwaï acquiesça tandis que l’autre s’éloignait.

- N’oubliez pas qu’avant d’être des compagnons de bataille, nous sommes amis, répondit-il d'une voix très douce. Je serai là pour vous écouter et vous aider, quel que soit le moment, quel que soit le problème.

Il fallait maintenant annoncer la nouvelle à son humaine. Elyra n’aimerait pas ça. Elle peinait à agir et cherchait à se reposer sur quelqu’un d’autre, et le chevalier blanc était dans son esprit la personne idéale pour ça. Tant pis. Elle ferait la tête... encore... comme d’habitude. Il éviterait juste de lui faire part de ses doutes quant au sort du chevalier.

Quand il revint vers le groupe, la discussion stagnait encore. Il glissa la potion à son humaine tout en lui soufflant le message : “Ad est toujours en mission à la Surface, il ne reviendra pas de suite”. Elle ne répondit pas mais comme prévu, son visage s’assombrit davantage. Gwaï commença à agiter nerveusement la queue. Comment compter sur elle avec un comportement pareil ? Elle était de plus en plus faible. Autour d’elle, on débattait du sort des civils d’Urcendia sans même qu’elle ne prenne part à la conversation. Il fallait avouer que ces discussions interminables étaient une vraie torture. Parler, parler… Ne jamais agir. Insupportable ! Heureusement qu’il y avait les dragons sauvages pour lui changer les idées. En particulier le petit, Kerlym. Il était vif, enthousiaste, joueur. Avec lui, Gwaï replongeait dans son adolescence et croyait revivre les meilleurs moments d’insouciance d'alors : les nuits sous le Mur et dans la taverne, à chercher la bagarre avec Kifseg et Aruush, à mordre, griffer, jusqu’à ce que les tables volent, que les humains poussent de grands cri indignés et qu’Ecnerual mette fin aux combats d’un coup de patte colossal. Ah, la Mole… Bagarres amicales et parties de chasse endiablées… De si bons souvenirs. Tout était plus simple alors.

Si cela n’avait tenu qu’à lui – qu'à eux, il inclurait les dragons sauvages dans sa meute-, Gwaï aurait déjà brûlé tous les marais et entraîné ses nouveaux compagnons droit sur les impérialistes. Ils en auraient dévoré quelques-uns avant que la nuit soit tombée et auraient bien rigolé. Ah, oui, on le disait impétueux ! Mais à trop se méfier du danger, plus personne n’agissait ici ! Comment de simples humains venus du nord avaient pû réussir à réduire les puissants atsamiens à ça ? Une troupe réduite incapable d’agir ! Humains ou sauriens, ce n'étaient que des couards.

- Chut ! intima une mercenaire. Qu’est-ce que c’était ?
- Euh… Rien, je ne sai…
- Là, regardez ! Un éclaireur !
- S’il sonne l’alerte, nous sommes perdus ! hurla un dragon.
- Un autre, à gauche!

Déjà, dragons et humains avaient fusé à la suite des ennemis. Vif comme l’éclair, Kerlym se jeta à la poursuite de celui de gauche, bondissant entre les branches tel une fouine, suivi de près par Gwaïhir. Il enviait son jeune et petit ami qui pouvait se faufiler sans peine dans les arbres. En bas, c’était la pagaille: des feuilles volaient dans tous les sens, des branches claquaient, craquaient, fouettaient. Gwaï entendait le souffle court de plusieurs humains devant lui. L’espion n’avait aucune chance.
Finalement, il y eut un cri. Le saurien vit deux corps rouler, projetant des gouttes boueuses tout autour d’eux. On entendit un bruit sourd suivi d’un gémissement étouffé. Quelqu’un semblait avoir pris un coup dans le ventre. Une silhouette se releva... pour finir projetée contre un tronc à moitié pourri qui trainait sur le sol. Le temps que Gwaï arrive, c’était fini. L’espion était coincé, le nez enfoncé dans le sol, une lame aiguisée caressant sa gorge.

- Ne le tuez pas, hurla Gwaï!

La lame s’immobilisa, mais des cris de protestation retentirent autour. Petit à petit, tout le monde se regroupait autour de l’ennemi. Elyra arriva à la traîne, brandissant son arc déjà inutile. Quelque chose s’agita aux pieds du dragon. Il abattit sa grosse patte griffue sur la queue qui se faufilait à côté de lui, interrompant de justesse le bond de Kerlym qui, passant outre son ordre, s’apprêtait à en finir avec leur ennemi.

- Thric! rugit-il, et il claqua les mâchoires de colère. J’ai dit non! Le jeune dragon lui feula dessus et se débattit de toutes ses forces, mais Gwaïhir ne céda pas, alors l’autre finit par se soumettre et baisser la tête, non sans laisser échapper des sifflements de colère. Il peut nous donner des informations… en échange de sa vie.

C’était un mensonge. Quoi qu’il se passe, leur troupe était trop avancée en territoire ennemi pour se permettre de laisser partir un éclaireur vivant. Et vu les commentaires qui fusaient, les autres en étaient tout autant conscient que lui. Leurs protestations furent coupées lorsque le groupe qui avait suivi le premier éclaireur revint de sa poursuite.

- Où est l’espion ? questionna rageusement une mercenaire.
- Vous l’avez eu ?
- Il s’est enfui ?
- Elle est morte, leur répondit-on nonchalamment.

Morte... Cela réduisait de moitié leurs chances d’avoir des réponses à toutes leurs interrogations. Celui-là devait absolument parler ! Tous s’agglutinaient autour de lui avec une envie visible de lui faire la peau.

- Wux *gethrisj* ! Irlym ukris usv *loreat*, ordonna Gwaï.

Il y eut un blanc. Forcément, Elyra hésitait. Après ce qu'il sembla une éternité, il l’entendit ranger son arc et s’avancer vers l’espion. Quand elle passa à côté de lui, Gwaï put constater qu’elle avait le visage qu’il aimait le plus. Son visage de tueuse. Évidemment, il pouvait sentir son cœur qui battait la chamade, et sûrement que tous les autres dragons le sentaient aussi. Mais pour le prisonnier immobilisé au sol, elle semblait sûre d’elle et dénuée d’émotions. Pourvu qu’elle ne flanche pas.

- Souviens-toi, lui murmura-t-il pour l’encourager quand elle le frôla.

Elle ne dit rien, mais son cœur s’apaisa un peu. Elle avait sorti son poignard et s’accroupit très lentement devant le prisonnier.

- Combien de soldats sont à Urcendia?

L’homme ne dit rien. Il avait bien le profil d’un éclaireur : une carrure plus fine que celle d’un soldat et un air plus malin. Il ne parlerait pas de manière inconsidérée. Mais il devait probablement crever de trouille. Au vu des circonstances, entouré de dragons, d’épées brandies et avec un poignard sur la gorge, il y avait de quoi. Il ne devait pas non plus être habitué à la résistance et à la défaite vu le peu d’actions atsamiennes depuis plusieurs mois. Elyra le détailla de haut en bas et lui redemanda d’une voix claire :

- Combien de soldats sont à Urcendia ? Qui est votre chef et où est-ce qu’il se cache ? Est-ce qu’il y a des prisonniers ? Qu’avez-vous fait des civils qui occupaient la ville avant votre arrivée ?


Si quelqu’un veut s’offrir le plaisir d’un ou deux combats, allez-y
Draconique: "Vas-y! Fais-le parler."

PS: J’espère que je n’ai pas outrepassé mes droits de joueur et pris trop de liberté avec l’issue de ce combat.


***

[EDIT 02/12]

“Souviens toi” avait dit Gwaïhir.

Derrière le masque, les pensées se bousculaient, auréolées d'un vent de panique. Le sang. Les cris. Les flammes. Bien sûr, elle se souvenait. Mais entre tuer un homme pendant un combat et torturer un prisonnier désarmé, il y avait un monde. Et tous ces gens qui la regardaient... Pourquoi Gwaïhir lui imposait-il un tel rôle ?

Et le silence s’éternisait. Le visage dans la boue, le prisonnier serrait les dents et les défiait tous.

Il fallait agir.

Elyra se releva à moitié. Elle s’empara de la main de l’homme -c’était sa faute après tout s’il refusait de parler. Elle la plaqua au sol sans douceur et la coinça sous son pied. Elle n’avait pas le droit d’hésiter. Tous l’observaient. Gwaïhir l’observait. Agir. Phalange. Lame. Coup de talon.

Il y eut un horrible craquement. La vue de la jeune femme se troubla et le sang se mit à battre à ses oreilles, si bien que le cri de l’homme lui parut très lointain. Elle essuya la lame du poignard sur son pantalon et posa un genou à terre dans un calme apparent. Il lui fallut juste poser les mains sur ses cuisses pour en dissimuler les tremblements.

- Encore neuf, et j’attaque les yeux. Ou alors, je demande à un de nos amis ici là de te griller à petit feu en commençant par les pieds. Est-ce qu’il faut que je répète mes questions ?
Dragon brume
 Le 14/12/2019 à 19:22:25 

Luffi avait toujours fait ce qui lui avait semblé juste. Ce n’était pas un mauvais gars et il avait la réputation d’être droit dans ses bottes. Enfin, par moments. Lorsqu’on venait d’une famille délaissée comme la sienne, on apprenait rapidement à se débrouiller pour arriver à ses fins. Très tôt, on développait des stratagèmes pour rapporter de la nourriture dans le foyer. Tous les moyens étaient bons, dès lors qu’ils permettaient de nourrir son entourage. Et, Luffi, lui, n’avait pas peur de se mouiller la tunique pour y arriver. Des services douteux -qui payaient bien- au vol à l’étalage sur les marchés, il avait à peu près tout testé !

Longtemps, ses petites affaires avaient eu le don d’exaspérer son frère Tasiop. Lui qui était l’aîné, qui était plus fort et qui était même entré dans la garde de la cité d’Urcendia. C’est sûr que ça renvoyait une mauvaise image que d’avoir un frère chapardeur ! Les routines de Luffi avaient conduit les deux frères à de nombreuses disputes. Aujourd’hui, il arrivait au jeune vaurien de se les remémorer avec un brin de nostalgie. Car, du jour au lendemain, tout avait basculé.

À l’époque, Luffi n’avait prêté guère attention aux Paladins of Darkness. Tout ce qu’il nourrissait à leur égard était du mépris. Comment un peuple avait-il pu décider d’élire domicile dans les Marais, le pire endroit du royaume ? Même si Urcendia baignait d’une aura magique (devinez grâce à qui?) le lieu demeurait isolé de tout. Impossible de s’en éloigner sous peine de se faire attaquer par des morts-vivants !

Et puis un jours, ils arrivèrent. Les hommes en gris. Un décret royal -que dis-je ? Impérial ! - leur donnait toute autorité sur la cité. Au début, ce fut l’agitation : certains citadins refusèrent de se soumettre aux nouvelles règles. Mais la force militaire et la légitimité affirmée des nouveaux venus eurent rapidement raison des contestataires. Tous ceux qui levèrent la voix -ou, pire, voulurent saboter certaines installation ou attaquer les troupes- furent exécutés. C’était d’une violence inouïe. Ensuite, certains villageois disparurent mystérieusement. Il n’y avait plus dragons, ni nains. Ils étaient partis, disait-on. Enfin, un nouveau décret impérial annonça que toutes les personnes civiles seraient déplacées dans d’autres villes. La cité toute entière était réservée à l’armée impériale. Néanmoins, il était possible pour ceux qui le décidaient, de s’enrôler et de prouver ce dont ils étaient capables. Luffi y vit-là l’opportunité de survivre. Malin comme il était, il doutait fortement d’un simple transfert de civils. Les premières disparitions étaient assez inquiétantes et il préférait rester dans les parages plutôt que de partir vers l’inconnu.

Mais Luffi était un chapardeur. Il n’avait rien de la carrure de son frère Tasiop -porté lui aussi disparu dans les premiers mois qui suivirent l’arrivée de la nouvelle armée impériale. Il rejoignit donc le corps des éclaireurs. La hiérarchie avait évoqué comme raison principale sa connaissance des Marais et de la cité. C’était sûr que c’était un avantage certain comparé à la plupart des soldats.

Avec le temps, il s’était habitué à sa routine. Il passait le plus clair de son temps dans la forêt, à surveiller qu’aucune menace ne se présentait. Il aimait bien, car ça le tenait éloigné des gens qu’il n’aimait pas : ceux qui avaient pris possession de la cité. Car, même si Luffi n’appréciait pas les Paladins of Darkness, il aimait encore moins ceux qui les avaient chassés. Leur culte pour l’ordre et l’armée était si important qu’il en devenait malsain. Luffi voyait clairement dans leurs yeux qu’ils le considéraient comme un moins-que-rien, un prisonnier de guerre. Ce n’était pas étonnant qu’ils l’envoient patrouiller : si un mort-vivant décidait subitement d’attaquer, alors il serait la première victime. C’est-à-dire une perte légère (voire inexistante) pour l’armée impériale.

Ce jour-là, avec sa coéquipière -une Atsamienne, comme lui- Luffi faisait sa ronde dans la forêt bordant Urcendia lorsqu’il entendit un bruit étrange. On aurait dit des voix.

- Tu entends ? Chuchota-t-il à destination de sa camarade.

Elle fit « non » de la tête. D’un geste, il l’intima au silence. C’était une chose inutile, puisqu’elle ne parlait déjà pas. Mais il voulait être sûr qu’il avait bien entendu quelque chose. Un nouveau bruit se fit entendre. Alors, d’un nouveau geste, Luffi invita sa coéquipière à le suivre et, le plus doucement du monde, il la guida jusqu’aux sons. Un léger bruit de la jeune femme lui fit comprendre que, maintenant, elle entendait aussi les sons de voix. Ils finirent par arriver près d’un groupement d’Humains et… de dragons ! C’était la première fois depuis une éternité que Luffi en voyait à nouveau. Mais que faisaient-ils ici ? De toute évidence, ils voulaient attaquer la cité. C’était invraisemblable ! Luffi ne savait pas quoi en penser : devait-il en rire ? Peut-être s’en réjouir ? Qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ? Lui-même ne savait pas tant vers qui pencher, en cas de bataille. S’il s’agissait de vulgaires brigands, alors autant donner l’alerte. Mais s’il s’agissait d’autre chose… ?

Son hésitation lui fut fatale. Perdu dans ses pensées -et curieux de savoir ce qu’allait donner la conversation entre les différentes personnes- il ne prit plus la peine de rester à couvert. L’alerte fut donnée ! Prenant peur, il s’élança le plus loin possible, imité par sa comparse.

- On se sépare ! Murmura-t-il.

C’était une stratégie classique dans ce genre de situation. Partir dans deux directions rendait la poursuite plus difficile et augmentait les chances de fuite de l’un des deux. Pourvu qu’ils s’en sortent indemne… Vite ! Il devait rejoindre les portes de la cité ! Elles n’étaient pas très loin, il pouvait le faire, nom d’un Luffi ! À un détail près : ce n’était décidément pas son jour de chance. Alors qu’il était sur le point de sortir de la lisière de la forêt -et ainsi entrer dans la zone à découvert, gage de réussite pour donner l’alerte- un dragon sortit des fourrées et le projeta au sol. Les deux corps roulèrent au sol. Luffi voulut se débattre mais l’autre était beaucoup plus fort. Le jeune homme ne put éviter le coup dans le ventre. Il voulut riposter mais fut projeter au loin. L’instant d’après, il était immobilisé, le visage dans la boue.

- Ne le tuez pas !

Autour de lui, Luffi entendait l’attroupement se former. Cette consigne avait le mérite de le rassurer, même s’il était loin d’être dans une situation confortable. Au moins, ceux à qui il avait affaire n’étaient pas des brutes sanguinaires. En fait, peut-être pas. De ce qu’il venait d’entendre, il n’était pas passé loin de la mort. Les gens en face de lui n’étaient visiblement pas très bien organisés. Il l’avait remarqué par leurs conversations et le voyait à nouveau maintenant, alors qu'un contre-ordre venait d'assurer sa survie.

- Où est l’espion ?

- Elle est morte.

Luffi eut un moment d’absence. Ils l’avaient tuée ?! Comment était-ce possible ! De toutes les personnes qu’il avait rencontrées dans l’armée -voire, dans la cité toute entière- il s’agissait certainement de la personne la plus inoffensive ! Comment avaient-ils pu faire ça ?

On le maintint allongé sur le sol. Désemparé, Luffi se laissa faire. Il n’avait plus la force de rien, de toute manière. Une jeune femme, le visage dur, s’approcha de lui et lui mit un poignard sous la gorge. Voilà que son tour venait. Elle lui posa une simple question. Ah oui, c’est vrai. Quelqu’un avait dit, à un moment, qu’ils avaient besoin d’informations. Luffi se contenta d’observer la jeune femme, sans vraiment la voir. Il repensait encore à sa coéquipière et peinait à imaginer qu’elle soit morte. La voix de la femme retentit à nouveau, mais le jeune homme ne put saisir tous les mots à la volée. Son instinct de survie lui disait pourtant qu’il devait y prêter attention. Car c’était elle qui tenait sa vie dans ses mains, comme elle tenait ce poignard. Mais lui était encore trop hébété par ce qui venait de se passer. Et son amie était morte. Ils l’avaient tuée !

Soudain, sans prévenir, la femme se saisit violemment de sa main. Mais que faisait-elle ? Elle la coinça sous sa botte et appuya fort. Luffi émit un grognement étouffé : elle lui faisait mal. Mais ce n’était encore rien.

- AAAAAAAAAaaaargh !

Luffi cria de toutes ses forces. Son corps fut pris de tremblements, mais les mains continuaient de le maintenir fermement au sol. Il avait terriblement mal et voulait se dégager de cette maudite emprise ! La douleur était concentrée en un point précis, et sa seule envie était de rabattre sa main vers lui afin de comprimer cette souffrance qui en émanait. C’était effroyable !

Face à lui la femme avait repris la parole, imperturbable. Pour elle, ce n’était rien. Et elle était prête à recommencer. Indéfiniment. Luffi ignorait qui elle était, mais il savait sans aucun doute que ce groupe n’était rien d’autre qu’une bande de barbares.

Difficilement, il ravala ses lames et murmura, en tremblotant :

- ... Deux mille…

La douleur était trop forte et il ne se remémorait pas les autres questions. Il n’osait pas demander à la dame de les répéter. De toute manière, il sentait ses forces l’abandonner.
Dragon trisla
 Le 08/01/2020 à 12:15:53 
- Foutu tunnel, c’est quand que tu t’arrêtes !...

Hemarys râlait dans sa barbe (inexistante) des insultes inaudibles. Sa torche faiblissait à vue d’œil sans voir le moindre rayon de lumière. Déjà qu’il ne faisait pas « jour » à proprement parler au 3eme souterrain, elle n’était pas sortie de son tourment.

- Attends… Je me suis quand même pas… !

La jeune femme ne finit pas sa phrase. Rien que l’idée même de se perdre dans cet endroit lui donner des sueurs froides. Les nains lui avaient dit de toujours prendre à droite pourtant… L’avaient-ils dupée ?! Impossible ! Elle n’aura pas laissé Spiritia aux mains d’imposteurs, ce n’était pas dans les habitudes des nains… si ? Elle ne les connaissait pas vraiment, ils venaient rarement faire commerce à Varnaël comme ils vivent loin dans les souterrains et ne connaissent rien d’autre. Ses efforts payèrent puisqu’enfin elle vit un linteau en pierre ressemblant à celui d’une porte. Cette dernière menait dans le sous-sol d’une maison abandonnée. Sur le qui-vive, elle n’osait pas sortir, les sons extérieurs paraissaient étouffés comme éloignés. Elle entrouvrit la porte d’entrée, enfin ce qu’il en restait… Rien. Que des arbres à perte de vue et au loin… une immense tour qui se perdait dans la brume à son sommet. Hemarys regarda autour d’elle et ne vit que d’immenses remparts un peu abîmés par endroits. Elle eut du mal à retenir son cri de joie :

- Oui !... Je suis dedans.

Son cœur battait la chamade. La mission ne faisait que commencer et le plus dur était à venir. Elle allait devoir passer des jours, même des semaines à arpenter les coins sombres et à écouter aux portes pour en apprendre le plus sur le camp pour en informer au plus vite ses camarades. Le temps était compté et le 1er jour du mois de Nárië arriverait plus vite qu’elle ne l’imaginerait…

*
**


Quelques semaines sont passées. Hemarys avait obtenu de précieuses informations sur le fonctionnement du camp, mais quelque chose la perturbait au plus haut point… Et ce jour-là, elle essayait d’en apprendre plus, quitte à mettre sa couverture en danger car cet élément pourrait renverser le cours de la bataille à venir. La jeune femme s’était dirigée très près du Perchoir, cette grande tour au centre de la ville, sous l’œil aguerri de sa compère Trisla qu’elle avait retrouvée lors de ses vagabondages furtifs. Même si cette dernière était loin derrière Hemarys, enchaînée dans sa prison, elle pouvait sentir le poids de son regard sur ses épaules. Cette tentative était vraiment dangereuse, nul de savait ce qui se tramait dans cette tour, et tous les soldats semblaient en avoir peur et avaient du mal à le cacher. Elle avait entendu des rumeurs de « monstre » et Trisla avait été traînée dans cet endroit pour des tests disent-ils de « nature magique ». D’autres dragons asservis n’étaient plus jamais revenus de leur passage au Perchoir. Que pouvait-il bien se passer là-bas ? S’il y avait vraiment un monstre, était-il sous le commandement Imperial ou retenu captif contre son gré ? Ou pire ! Incontrôlable ? Cela pourrait être fatal pour l’assaut prévu. Hemarys ne voulait pas partir de la ville tant qu’elle n’en savait pas plus sur la nature de cette menace. D’où son absence au point de rendez-vous fixe il y a de cela quelques jours. Elle espérait juste que ses camarades n’attaqueraient pas de front sans une stratégie viable.
La jeune femme attendant silencieusement derrière un tas de vieux barils qui traînaient près d’un poste de garde non loin du Perchoir. Elle espérait qu’un groupe de soldats passent et discutent des sujets qui l’intéressent.
Des heures passèrent, rien. Hemarys soupira :

- Allez, même pas un pauvre garde de seconde zone ?

Elle était sur le point de changer de position quand soudain, un cri étouffé se fit timidement entendre. Elle se tourna en direction du bruit, il venait de derrière les remparts de l’est. Des zombies ? Cela faisait longtemps que personne n’avait été pris en grippe par une horde de zombies ou autres morts-vivants de ce souterrain. Ou bien se pourrait-il que ?... Elle devait en avoir le cœur net. Elle se faufila jusqu’à la maison abandonnée en évitant les troupes ennemies alertées par l’élément perturbateur, pour reprendre le tunnel qu’elle connaissait par cœur maintenant au bout de semaines d’aller-retours pour se ravitailler tant bien que mal. Elle courut dans les tunnels pour arriver au plus vite à son autre extrémité. Puis dès sa sortie, prit la direction qu’elle pensait être à l’origine du bruit. Elle pria pour que ça ne soit pas eux et si c’était le cas, elle pria pour qu’ils ne soient pas découverts par les soldats alertés.

Quelques pas de plus et… elle tomba sur la scène d’un homme à terre la main en sang sous le joug de ses camarades eux-mêmes surpris de la tournure des événements. L’expression d’Hemarys faisait transparaître un « Mais qu’est-ce que vous faites ?! » clairement sur son visage.
Dragon glace
 Tor 
 Le 21/01/2020 à 00:06:07 
Dépitée Tor l'était réellement. Les cheveux parsemés de feuilles et de petites branches elle resta un moment allongée au sol, reprenant péniblement et honteusement ses esprits. La tête de son amie apparu dans son chant de vision juste au dessus d'elle, le regard profondément moqueur. Ramenant son bras sur ses yeux Tor grogna

- Je sais...je sais ! J'ai pas vu la branche...

Balthyla soupira et d'un coup de museau s'assura que Tor n'était pas blessée, du moins ailleurs que dans son orgueil.

- Aller...il faut retourner voir ce qu'il se passe. J'espère que les éclaireurs ont été attrapés. Dommage...cela faisait tellement longtemps qu'on avait pas chassé...

Tor se releva en grimaçant et tout en craquements.

- Soit plus vigilante la prochaine fois...la sermonna son amie.

- et blablabla reprit Tor. Oubli ça s'il te plait et poursuivons le pourquoi du nous sommes ici...

Errant prudemment pendant ce qu'il leur sembla une éternité (leur sens de l'orientation étant déplorable voir légendaire), elles retombèrent sur leur armée.

Un attroupement s'était fait, mais il y régnait un intense silence. Au moins maintenant tous étaient bien plus discrets.

Tor agrippa quelques mercenaires qu'elle envoya en grommelant surveiller efficacement les alentours. Bon sang ! Avec tout le raffut précédent espérons que rien n'ait filtré au travers des bois. Mieux valait s'en assurer rapidement et surveiller leurs arrières.

Il y avait là-bas une nouvelle venue que Tor et Balthyla avait déjà croisée dans le passé. Mais leur mémoire leur jouait des tours à cause de leur embrassement pour les ténèbres et de ce fait elles ne s'en souvenaient pas bien. Mais comment et quand celle-ci était arrivée ? Elle semblait confuse et peut-être un brin impatiente ou inquiète. Derrière elle ce qui semblait un éclaireur au vu de sa tenue était en piteux état, très pâle, inconscient et plein de sang. Elyra, un brin pâlotte aussi, et Gwaihir se tenaient à côté.

Tous avaient l'air perdus. Soupirant Tor se frotta la tête là où elle s'était pris la branche un peu plus tôt, histoire de remettre ses idées en place, mais ce fut Balthyla qui la devança, et d'un côté elle se dit que cela était mieux, elle était plus sociable et bien plus diplomate.

La dragonne s'avança doucement vers Elyra et capta les tremblements de la dragonnière. Fatigue, excitation, crainte...? Tout cela à la fois peut-être. Il était compliqué de couper un chasseur de sa proie, et en général la dragonne ne le faisait jamais. C'était la règle. Elle ne souhaitait pas y déroger, mais...

- Je pense qu'il ne pourra rien dire maintenant, il est inconscient. Évitons qu'il ne meurt sans avoir répondu à nos questions, qu'en penses-tu ? Nous devrions dans un premier temps arrêter le saignement.

La dragonne se tourna vers Tor qui regarda autour d'elle mais les gens lui rendant son regard elle comprit qu'elle n'y échapperait pas. De mauvaise volonté elle s'avança vers l'éclaireur en maugréant tout bas et trainant des pieds. Arrivé à petite distance elle lança un regard interrogateur à Elyra qui lâcha lentement prise et se recula, laissant le chant libre à Tor. L'humaine avait l'habitude de tuer, mais torturer était une autre paire de manche, il fallait être fort pour le pratiquer. Elle savait que la dragonnière et son dragon avaient fait cela pour le bien de tous et cela ne la décontenançait pas. Elles les admiraient ! Mais devoir soigner une proie...c'était bien une première! Soigner elle savait le faire car elle avait du se soigner elle et sa dragonne tellement de fois...passer près de la mort et être seule sans secours, loin de tout...mieux valait être bon guérisseur. Maudite dragonne, qu'est-ce qu'elle ne lui faisait pas faire encore...Se vengeait-elle car leur course poursuite avait été stoppée par sa faute ?!Et cette fichue branche ! Fichu pays ! Serrant les dents elle lança un regard noir à Balthyla, mais mit cœur à l'ouvrage et commença à prodiguer les premiers soins. Elle allait lui montrer ce dont elle était capable ! Non mais !
Un membre de leur armée, un petit homme au ventre rebondit et au crâne dégarni l'aida patiemment dans sa tâche, fournissant du matériel de qualité. Eh oui, il fallait bien des guérisseurs puissant dans cette armée ! Et celui-ci en avait peut-être pas l'air comme ça, mais il savait y faire.

D'un air satisfait Balthyla se tourna alors vers la nouvelle venue, qui semblait très impatiente.

- Vous n'étiez pas au rassemblement.

Balthyla en était certaine.

- Qui êtes-vous et qu'avez-vous à nous dire de si urgent ? Faites vite nous ne pouvons rester ici plus longtemps. Qui sait si nous n'avons pas été repéré avec tout ces mouvements...

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