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 Ev-Dragon >> Forum >> Histoire du Jeu en Temps Réel ! >> Ternock Achiusk

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Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 16/12/2014 à 21:47:42 

Les deux hommes entrèrent dans la maison de Panteïx, non loin de la grand-place du village. Une fois la porte refermée, le doyen demanda :

- Comte Aganon, est-ce bien vous ?

L'évocation de son nom, qu'il n'avait plus entendu depuis de nombreuses années, fit frissonner le Duc.

- Cela fait bien longtemps que je ne suis plus comte. Et ce nom n'a plus été utilisé depuis tout autant de temps. Mais, noble Panteïx, je ne me souviens pas vous avoir croisé par le passé.

Le vieillard sourit :

- L'on m'appelle aujourd'hui Panteïx le Sage. Mais auparavant, j'ai aussi été connu sous le nom de Prince Balem.

Cette annonce confirma subitement les soupçons qui commençaient à germer dans l'esprit du Duc. Il ouvrit de grands yeux et paru abasourdi. Enfin, il s'exclama avec un grand sourire :

- Vous ?! Je ne croyais plus jamais vous revoir !

Les anciens camarades firent une accolade. Balem entama alors son récit :

- Lorsque que je vous ai quitté, les Marquis et vous, j'ai marché de nombreuses journées, traversant villes et villages, sans réel but. Mais un beau jour, j'ai fini par arriver ici où je me suis installé et où j'ai aidé les villageois par mon savoir. J'ai aussi remarqué que l'emprise du temps avait un effet différent sur moi depuis la mort du Prince Ylep. Le lien qui m'unissait à lui semblait ralentir mon vieillissement. Mais une fois ce lien rompu, le cours du temps me rattrapa, voilà pourquoi je parais aujourd'hui bien plus vieux que je ne l'étais à l'époque. Mais vous aussi, Duc, avez bien changé. Que vous est-il arrivé depuis tout ce temps ? Et que sont donc devenus les Marquis Stejar et Alkhor ?

- Malheureusement, les Marquis Alkhor et Stejar nous ont quittés il y a peu, lors de l'assaut d'un fort. Mais le Duc Virlym et moi-même continuons de lutter contre les esclavagistes. Nous poursuivons notre quête, récupérant les œufs auprès des voleurs afin de trouver leur dragonnier. J'en ai d'ailleurs un en ma possession. Et je viens de lui trouver un dragonnier : l'enfant recueilli par Lancelin et Maria. J'ai assisté hier au Ganim Vs'shtak liant le dragonnier à l’œuf.

Ce fut au tour de Balem d'afficher un air étonné. Il réagit :

- Tristes nouvelles que vous m'apportez, concernant les Marquis Stejar et Alkhor. Cependant, je suis ravi de voir que votre détermination n'est pas entachée et de savoir que le Duc Virlym et vous vous portez bien. Et quelle chance avez-vous eue que d'assister à un Ganim Vs'shtak ! C'est un très rare événement, vous savez ?

- Je suis au courant. Mais celui-ci me trouble, j'ignore pourquoi.

- Comment est-il ?

Le Duc entreprit alors de raconter ce qui s'était passé dans la cabane, la veille au soir. Il détailla de mémoire les scènes auxquelles il avait pu assister. Ces explications rendirent Balem d'humeur pensive.

- Il va mourir jeune, dit celui-ci. Mais peut-être existe-t-il un moyen de contrecarrer cette prophétie. Faire en sorte que Pito et Draginos ne se trouvent jamais à cet endroit au mauvais moment.

- Mais qui peut savoir quand cela va se dérouler ? Et où ?

- Ce n'est pas à moi qu'il revient de répondre à vos interrogations, Duc Aganon.

Celui-ci soupira. Il savait que le vieillard disait vrai et qu'il ne pouvait l'aider. Balem aperçu une chaîne que le Duc portait autour du coup. À son extrémité, une pierre sombre était visible.

- Qu'est-ce que cela, mon ami ? Demanda-t-il.

Le Duc observa alors l'objet auquel son ancien compagnon faisait référence. Il expliqua :

- Cette gemme est du grenat. Je l'ai retrouvée dans la grotte où nous vivions autrefois, à l'emplacement de la bataille. Elle reposait au sol, à l'endroit où se trouvait le Duc Gernich à l'instant où il s'est donné la mort. J'ai de bonnes raisons de croire que cette pierre n'est en rien naturelle. Une aura magique semble s'en dégager. Selon-moi, un fragment de l'âme de Gernich et de Qidir y sont enfermés. Était-ce un sortilège lancé par l'un d'eux au moment de leur mort, ou un événement imprévu, je l'ignore. Peut-être voulaient-ils laisser une part d'eux-même en Atsami afin de veiller sur nous. Cette étrange pierre m'a été bien utile à de nombreuses reprises. Mais aujourd'hui, je vous la lègue volontiers, en mémoire des Ducs et afin de célébrer nos retrouvailles.

- Duc Aganon, je ne peux accepter pareil présent.

- J'insiste pour que vous récupériez ce bijou. Peut-être arriverez-vous à en déceler les mystères qui l'entourent.

- Soit. Mais alors acceptez un présent de ma part en retour. Laissez-moi vous dévoiler un secret que je garde depuis longtemps. Loin d'ici, dans un profond souterrain d'Atsami, se trouve un lieu tenu secret. Aujourd'hui, je suis le seul à en connaître l'emplacement. Il s'agit d'une bibliothèque où sont regroupés certains Ganim Vs'shtak : ceux auxquels les membres du Pacte ont eu l'occasion d'assister. Y sont aussi consignés les interprétations et analyses que l'on a pu en tirer. Si vous n'avez jamais entendu parler de cette bibliothèque, c'est parce que nous avons dû l'abandonner : nous n'étions pas assez nombreux pour récupérer les œufs à la Surface et en même temps préserver cet endroit. Cependant, je vous invite à vous y rendre. Les savoirs entreposés là-bas pourraient peut-être vous être utiles. Le lieu est caché magiquement, et vous pourrez y pénétrer seulement en trouvant l'entrée. Un gardien veille sur elle, mais je ne doute pas qu'il vous laissera entrer.

Cette révélation étonna le Duc. En effet, il ne soupçonnait pas l'existence d'un tel lieu. Il n'avait que rarement visité les Plans inférieurs et ne s'était jamais aventuré trop en profondeur dans les entrailles d'Atsami.

- Et dans quel Plan se trouve cette bibliothèque ?

- Le Domaine de la Nuit.

* * *

Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 18/12/2014 à 09:22:36 
- Depuis lors, je n'ai plus jamais revu aucun des villageois de Krymade, conclut le Duc. J'ai appris le décès de Panteïx il y a quelques années. Cela m'a beaucoup peiné.

Il fixa Pito droit dans les yeux et demanda :

- Maintenant que je t'ai expliqué tout ça, as-tu d'autres questions à me poser ?

- Connaissez-vous mes véritables parents ?

- Non, malheureusement.

- Où se trouve précisément Arabdolvess ?

À l'instant où le Duc allait répondre, la porte de la demeure s'ouvrit avec fracas. Pito vit l'homme échanger un regard avec son propre dragon et comprit ce qu'ils devaient être en train de se dire : pourquoi n'avaient-ils pas pensés à monter la garde ? Lorsque Pito vit qui venait de faire irruption dans la pièce, il fut rassuré. Ce n'était pas l'un de ses pillards esclavagistes qu'affrontait le Duc depuis des lustres, mais seulement Yselda. Il fut surpris de la voir aussi, d'autant plus qu'elle semblait de fort mauvais poil. Elle désigna le Duc d'un doigt accusateur et cria :

- Toi ! Où étais-tu passé pendant toutes ces années ? Je te retrouve enfin ! Si je n'avais pas aperçu Pito s'envoler sur le dos de son dragon en compagnie de ma fille, je ne serais pas arrivée jusqu'à ta cabane !

Le dragon du Duc se mit à grogner de mécontentement. Il n'aimait pas que quelqu'un vienne rouspéter contre son dragonnier en prenant un tel air menaçant. Le dragonnier en question semblait gêné par la situation. Il se leva et fit quelques pas en direction de la femme en colère. Pito se demanda si le Duc avait réellement dit vrai lorsqu'il affirmait ne plus avoir vu aucun villageois de Krymade depuis une vingtaine d'années. Yselda poursuivit :

- J'ai dû élever notre fille toute seule, sans la présence de son père ! Pourquoi es-tu parti ?

Pito se mit à tousser bruyamment. Avait-il bien entendu ? Aalis serait la fille de ce fameux Duc dont il avait beaucoup entendu parler ces dernières années ? Au moins, le jeune homme avait la réponse à sa question précédente : cela devait bien faire vingt ans que le Duc et Yselda ne s'étaient pas revus. Le puissant dragonnier paru décontenancé. Il bafouilla, hésitant, mais Yselda ne lui laissa pas le temps de répondre : sous les regards estomaqués des personnes présentes dans la salle, elle sortit une dague cachée dans ses vêtements et poignarda le Duc, sans que personne, pas même Virlym, ne puisse réagir.


* * *



Yselda traversait la place centrale de Krymade lorsqu'elle vit l'étranger ami de Lancelin sortir de la maison du doyen. Elle le dévisagea un instant. Il semblait pensif. Elle examina ses traits : elle était sûre de l'avoir déjà vu quelque part. Mais où ? Leurs regards se croisèrent. Il la fixa, comme s'il voulait se remémorer quelque chose. Apparemment, il devait être en train de se faire la même réflexion qu'elle. Puis soudain elle comprit ! Ce soir là, dans le temple de Trakfur, c'était lui qui avait volé un des œufs ! À l'expression que le Duc venait d'afficher sur son visage, il venait lui aussi de recoller les morceaux.

Elle fit alors volte-face et prit ses jambes à son coup. Elle entendit les pas de l'homme résonner derrière elle, lancé à sa poursuite. Elle traversa la place et s'engagea dans une ruelle, en direction de son échoppe. Elle ignorait pourquoi elle faisait ça. La panique, sans doute. Lorsqu'elle rentra dans sa boutique, elle fut vite rejoint par l'ancien voleur. Elle le regarda, gênée. Troublée... Elle ne l'avait pas reconnu la veille, mais désormais la ressemblance était frappante. Il suffisait de lui retirer sa moustache et son bouc, quelques rides et le jeune homme d'autre fois était reconnaissable. Lors de leur première rencontre, elle avait été désemparée par sa présence (avoir un voleur devant soi en pleine action n'est pas très banal) , mais surtout par son assurance. Il avait réussi à garder son sang-froid et à dérober un œuf sous sa vigilance.

Dès lors, elle avait décidé de quitter ce groupe malsain auquel elle appartenait. Jeune et naïve elle les avait suivis car elle redoutait la puissance des dragons. Pour elle, ils constituaient une menace. Mais son point de vue avait changé, quand elle avait vu qu'un homme comme lui semblait assuré de ce qu'il faisait. Il n'avait aucun doute quant à la justice de ses actes. Elle avait donc réussi à tromper la vigilance de ses camarades et étaient partie dès qu'elle l'avait pu pour finalement s'arrêter à Krymade. Elle y avait élu domicile, mais il lui arrivait encore de penser à ce jeune homme qui, un jour, était venu plus ou moins tranquillement s'emparer d'un œuf et qui, depuis, avait bouleversé sa vie.

Or, le voir là, devant elle, la troublait encore plus. Elle lui lança un regard intimidé. Yselda vit que le jeune homme demeurait perplexe. Il devait être en train de se demander si elle faisait encore partie de ces esclavagistes.

- Désormais, je n'ai plus rien à voir avec les dragons. Je ne suis plus qu'une humble guérisseuse !

Sa voix avait tremblée, lorsqu'elle avait parlé. Elle fit quelques pas en sa direction. La situation était troublante, floue, confuse...

Plusieurs mois après le départ du Duc, il était possible de distinguer un léger changement dans la silhouette d'Yselda : de nouvelles rondeurs étaient visibles au niveau de son ventre.

* * *
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 21/12/2014 à 18:06:59 
Le soleil se levait, lentement. Ses rayons illuminaient le toit de la cabane. Pito se tenait sur le perron, à côté de Draginos. Malgré l'ascension de l'astre, la chaleur qui en émanait ne suffisait pas à réchauffer le jeune homme. Le dragonnier baissa les yeux et regarda ses mains. Elles étaient tâchées de sang. L'homme s'était débattu, mais Pito n'avait pas pu le sauver. Il avait vu le Duc convulser par terre, le sang se versant sur le sol. Le jeune homme avait tenté d'arrêter l’hémorragie, mais les plaies avaient été trop nombreuses. Yselda n'avait laissé aucune chance à sa victime. Pito leva les yeux et grimaça, ébloui par le soleil. Suite à son attaque, la guérisseuse s'était effondrée sur l'unique fauteuil occupant la salle, précédemment utilisé par le Duc. En état de choc, elle avait affiché un regard vitreux et était restée plantée là, fixant un vide devant ses yeux. Pito et Draginos étaient alors sortis, laissant la femme à son désespoir.

Le jeune homme ne cherchait pas à venger la mort du seul homme capable de le renseigner précisément sur ses origines. Il avait connu Yselda étant enfant et il ne pouvait envisager de lui faire du mal. Mais la mort du Duc lui affligeait de la peine. Il soupira. Il était frustré de ne pas avoir atteint son but, alors qu'il en avait été si proche. Il en voulait à Yselda, mais n'agirait pas en conséquence. Elle venait de tuer son amant, et ce devait être un coup dur pour elle. Pito fit quelques pas et s'assit sur les marches du perron. Draginos se tourna vers lui et demanda :

- Comment te sens-tu ?

Question stupide..., songea Pito. Le dragon savait très bien comment il allait. Et il savait que le guerrier se sentait mal. En quelques heures, il avait appri que ses parents n'étaient pas ses parents. Et la seule personne qui pouvait le renseigner venait d'être tuée par l'une de celles qui avaient vu le jeune homme grandir, une personne en qui Pito avait eu confiance. Le guerrier croisa ses mains, les avants-bras posés sur ses genoux pliés. Il regarda au loin, soupirant. Le saurien poursuivit :

- Si nous voulons en savoir plus sur cette prophétie, peut-être devons-nous nous rendre dans cette bibliothèque secrète afin d'y trouver les autres parchemins.

- Le Cinquième Souterrain est grand. Il sera difficile d'y trouver Arabdolvess. Surtout si elle est cachée et préservée par un gardien. Nous avons longtemps vécu dans le Domaine de la Nuit sans pour autant y découvrir un édifice inconnu ressemblant à une bibliothèque secrète.

- Peut-être qu'Arabdolvess n'a pas l'apparence d'une bibliothèque classique. Ce doit être une grotte ou une simple maisonnette.

- Tu as raison, Draginos. Mais ton argument est une preuve de plus indiquant que nous ne pouvons nous lancer à la recherche de cette bibliothèque maintenant ! Ce serait comme rechercher une aiguille dans une botte de foin.... Fit Pito, désespéré.

- Que proposes-tu dans ce cas ? Nous pouvons toujours interroger Yselda, même si elle ne semble pas prête à parler pour le moment. Si elle a connu le Duc, peut-être a-t-elle des informations sur cette bibliothèque.

- Bonne idée ! Et puis, nous devons veiller sur elle. Qui sait si elle ne pourrait pas faire d'autres bêtises ?

Pito croisa le regard de son alter-draco et put y lire le doute. Soudain, il comprit les inquiétudes de Draginos et se rua à l'intérieur de la cabane. Un « ouf » de soulagement s'échappa de ses lèvres lorsqu'il aperçut Yselda assise dans son fauteuil. L'espace d'un instant, le jeune homme avait craint un autre acte désespéré de la part de la guérisseuse. Aalis n'aurait pas pu supporter l'annonce de la mort de sa mère, surtout en des circonstances aussi inhabituelles. La vieille femme leva vers lui des yeux emplis de larmes :

- Ah Pito ! Qu'ai-je donc fait ?

Le jeune homme haussa les épaules, d'un air gêné. Il ne savait quoi répondre à cela. Yselda poursuivit ses lamentations :

- Cet homme était le père de ma fille ! … Promets-moi de ne rien raconter de ce que tu as vu à Aalis ! PROMETS-LE MOI !

Surpris par le comportement de la guérisseuse, Pito bafouilla un « oui, je le promets » peu audible, mais qui suffit à apaiser la dame. Décidément, elle était toujours en état de choc, et le dragonnier ne pourrait en extraire aucune information. Cependant, il sentit dans son esprit que Draginos insistait pour que Pito tente quand-même sa chance.

- Il était réellement le père d'Aalis ? Mais comment as-tu rencontré ce dragonnier ?

Yselda eut un regard vitreux, semblant se remémorer d'anciens souvenirs. Même si ses yeux étaient tristes, elle eut un pâle sourire. Pito avait calmé la dame, il devait maintenant poursuivre sur sa lancée :

- Dans une bibliothèque ?

Sait-on jamais..., pensa-t-il. Mauvaise pioche. Yselda fronça les sourcils :

- Non ! Pourquoi me demandes-tu ça ? Sors ! Sors de ma maison !

- Yselda, je...

- DEHORS !

Le dragonnier ne se fit pas prier et rejoignit Draginos. La voix du saurien résonna alors dans la tête du dragonnier :

- Le Duc disait que la bibliothèque avait été connue de ses prédécesseurs, n'est-ce pas ?

- Il me semble, en effet. Répondit Pito, lui aussi mentalement.

- Alors, si nous retrouvions cette pierre de grenat, peut-être nous mènera-t-elle à Arabdolvess.

- Oui ! Sûrement... ! Mais où est-elle ? Apparemment, le dernier possesseur avait été Panteïx le Sage, mais il est mort il y a presque dix ans. Depuis, ses affaires ont dû être éparpillées, léguées à d'autres habitants. Et en supposant que la pierre soit toujours à Krymade, là encore la recherche ne serait pas aisée...

- Si cet objet était très précieux pour ces dragonniers, alors Panteïx a dû l'emporter dans sa tombe.

Pito réfléchit à cette supposition. Si Draginos ne se trompait pas, alors ils allaient devoir déterrer le squelette de Panteïx, piller sa tombe. Cette idée n'enthousiasmait guère le jeune homme. Il tenta de se remémorer le Sage, de son vivant. L'avait-il déjà vu en possession d'une telle pierre ? Non, pas qu'il s'en souvienne... Et puis, qui aurait su la valeur que cet objet avait pour Panteïx ? Si tel était le cas, alors il l'aurait toujours porté sur lui, ce qui, d'après la mémoire de Pito, n'était pas le cas. Ils n'avaient donc aucune certitude que la pierre ait été enterrée avec le cadavre, et le dragonnier ne voulait pas exhumer le corps de cet homme qu'il respectait tant, sans en être certain à cent pour cent.

Une fois encore, le guerrier soupira, désespéré. Apparemment, Draginos et lui restaient dans une impasse. Ils ne pouvaient faire parler les vivants, ni interroger les morts (à l'exception de ceux dont l'âme avait été enfermée dans cette étrange pierre, décidément introuvable).

- Peut-être que Lancelin ou Maria savent quelque chose à ce sujet ? Proposa le dragon.

- C'est possible. Allons voir mes « parents ».

Pito avait prononcé le dernier mot avec vigueur, comme pour montrer la déception qu'il ressentait depuis les récentes révélations. Il se leva et tous deux retournèrent à l'endroit où Lancelin et Maria avaient élu domicile, laissant une Yselda dévastée derrière eux.
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 22/12/2014 à 18:05:08 

C'est Lancelin qui ouvrit la porte. Son visage affichait une certaine confusion : il se sentait encore désolé pour la dernière conversation à laquelle Maria, Pito et lui avaient participé. Pito n'attendit pas d'autorisation pour entrer et franchit la porte. Maria et Aalis étaient dans la pièce. Le dragonnier annonça tandis qu'il entrait :

- Je ne suis pas venu parler de notre discussion d'hier soir. Je suis simplement venu vous demander si vous vous rappelez avoir vu Panteïx le Sage en possession d'une pierre en grenat.

- Non, je ne vois pas. Répondit Maria.

Aalis haussa les épaules, secouant la tête. Elle non plus ne savait pas où avait pu se trouver cette pierre.


- Euh... Fit Lancelin. Il me semble qu'une pierre sombre ornait le sommet de son bâton de marche, non ?

Pito resta bouche bée. Évidemment ! Il se souvenait, maintenant ! Il revoyait le vieillard en compagnie de son bâton, en haut duquel se trouvait effectivement une pierre de grenat. Le jeune chasseur n'y avait jamais prêté attention et avait fini par éluder ce souvenir de sa mémoire. Où pouvait bien être ce bâton ? Dans la tombe, à coup sûr ! Oui, ce bâton, Panteïx l'avait toujours sur lui, même le jour de sa mort, lors de cette chasse dans la forêt. À moins que... N'avait-il pas perdu son bâton, ce jour-là ? Si ! Pito avait même tenté de porter le vieillard, en vain. Par conséquent, le bâton comme la pierre devaient se trouver dans cette forêt où les villageois de Krymade avaient chassé le dino. Lancelin demanda :

- Pourquoi veux-tu savoir cela, Pito ?

- C'est un détail important pour moi. Merci de ta réponse, Père ! Je dois retourner dans cette forêt où j'ai chassé le dino en compagnie d'autres chasseurs. Merci de m'avoir accueilli, j'ai été ravi de vous revoir, même si la dernière conversation que nous avons eu a pu être quelque peu... déstabilisante !

- Mais, Pito, tu... tenta Maria.

Je dois y aller Mère, et je vous prie de bien vouloir m'en excuser. Cette affaire est très importante pour moi et ne saurait tolérer le moindre retard. C'est pourquoi je dois agir au plus vite.

Se dirigeant vers la sortie, le jeune homme aperçu Aalis. Il s'arrêta, la fixa d'un air gêné et dit :

- Aalis, je te conseille de retourner auprès de ta mère au plus vite. Je pense que plus que tout, elle a besoin de toi. Tu la retrouveras dans une cabane isolée, non loin de là, vers l'Ouest.

Avant même que la jeune fille ne put réclamer d'avantage d'explications, Pito avait déjà rejoint Draginos au seuil de la maison de ceux qui l'avaient élevé, prêt à partir en direction de ce bois.

* * *



À dos de dragon, le trajet avait bien été plus rapide que la dernière fois. En peu de temps, Pito et Draginos furent sur place.

- Donc, si je comprends bien, à nous deux nous devons fouiller toute cette forêt à la recherche d'un bout de bois ? Ironisa Draginos.

- Mais tu sais ce qu'il y a au bout ! Répondit un Pito enthousiaste.

- Une pierre ?

Le jeune homme soupira. Décidément, Draginos était d'humeur taquin. Le dragonnier explicita sa pensée :

- … la vérité. Il y a la possibilité de rejoindre Arabdolvess et donc d'avoir accès aux autres parchemins relatant notre prophétie.

- Il y a quelques jours, tu ignorais tout de ces bouts de papier et tu te portais à merveille. Maintenant, tu es obsédé par eux et cela te ronge, Pito !

- Tu ne veux pas savoir ce qui se cache derrière ce Ganim Vs'shtak ? Savoir si dans peu de temps, ce sera notre fin ?

- À trop chercher les raisons de sa mort, on finit par la provoquer. Tu n'as pas revu tes parents depuis près de dix ans, et maintenant que tu les as retrouvés...

- Ce ne sont pas mes parents, je te rappelle !

- Et pour toi, ils ne comptent pas autant que s'ils l'avaient été ?

Le guerrier finit par s'emporter :

- Où veux-tu en venir, Draginos ?

- Je te demande juste si tu es sûr de ce que tu fais, si tu es certain de vouloir savoir ce qui se cache derrière cette prophétie ; tout en supposant qu'elle soit vraie.

- Bien sûr ! Tu n'es pas curieux de connaître les détails de notre mort ? De savoir comment l'éviter afin de prolonger nos vies ? Je trouve, pour ma part, qu'une vingtaine d'années, c'est bien jeune pour mourir.

- Peut-être est-ce notre destin...

- Arrête de dire des bêtises, et aide-moi à chercher cette pierre, s'il te plaît !

Pito s'était éloigné du saurien d'un air bougon et avait entamé ses recherches. Il avait dégainé son arme afin de se préparer à toute attaque d'animaux sauvages et examinait les traces au sol. Il réquisitionnait ses compétences de chasseur afin de retrouver la clairière où les chasseurs de Krymade avaient affronté les dinos. Il voulait retracer l’itinéraire qu'il avait suivi aux côtés de Panteïx. Mais en plusieurs années, la Nature avait fait son travail et l'environnement avait changé, évolué. Désormais, la forêt n'était plus la même et celle que Pito avait visitée il y a de ça dix ans n'existait plus tout à fait.

Les fouilles durèrent un bon moment. La présence seule de l'imposant dragon suffisait à faire fuir la plupart des créatures. Quant aux plus curieuses, un bruyant rugissement les incitait à ne pas trop s'approcher. Mais aucune trace de la pierre. Ils avaient beau chercher partout, ils ne la trouvaient pas. Pito finit par concéder :

- Cette idée est insensée. Il nous faut trouver un autre moyen de mettre la main sur cette pierre, ou de se rendre à Arabdolvess.

- Que proposes-tu ?

Alors que Pito allait répondre, une voix retentit derrière le duo :

- Vous êtes en retard !

Le jeune homme se retourna et aperçu un vieillard, appuyé sur une lance. L'inconnu affichait un sourire béat, comme s'il était ravi de parler à des gens, ce qui semblait rare. Pito demanda :

- Je vous demande pardon ?

- Si vous voulez chasser les morts-vivants, vous arrivez trop tard !

- Quels morts-vivants ? Intervint Draginos.

- Vous savez, ces ignobles créatures qui venaient tous les ans ! L'affaire est réglée, ça fait un an qu'elles ne viennent plus !

- Mais de quoi parlez-vous ? Interrogea Pito, qui ne comprenait rien.

Il ajouta :

- Nous ne sommes pas là pour affronter zombies, squelettes ou autres horreurs. Nous venons récupérer un vieil artefact, une pierre magique qui nous tient à cœur !

Le sourire du vieillard s'élargit. Il ouvrit des yeux et fit :

- Aah ! … C'est c'que j'dis ! Vous êtes en retard !

- Mais non ! On ne parle pas de ces... s'emporta une nouvelle fois Pito.

Mais il fut coupé par l'inconnu qui poursuivit :

- Figurez-vous qu'il y a quelques années de c'la, alors que j'voyais encore très bien de mes deux yeux, j'ai ramassé dans c'te forêt un joli bâton qui traînait comme ça, par terre ! La même année, vers le mois de... Narquelië je crois, de nombreux morts-vivants ont déferlé sur la région. Chaque année, je les combattais, aidé par de nombreux guerriers vaillants, accompagnés de leurs dragons. Mais un jour, ces squelettes m'ont volé mon bâton ! Je ne m'étais pas laissé faire, mais seul avec mon chien, cette fois-ci nous avons été submergé par le nombre ! Mais miracle ! Depuis, plus un seul mort-vivant dans la région, alors que l'année dernière, z'ont quand-même déferlé à la Surface, de c'que j'ai entendu dire !

Draginos éclaira la lanterne de Pito :

- Je pense que le bâton a été volé par des morts-vivants. L'aura magique de la pierre a dû les attirer, c'est pourquoi ils sortent chaque année de leur territoire. Mais comme ils l'ont récupérée, cette année, il y a du y avoir moins de morts-vivants dans la région.

- Alors, si nous voulons récupérer la pierre, nous devons nous rendre dans les Marais !

Pito regarda son compagnon, confiant . Un sourire enthousiaste rassura quelque peu Draginos. Les deux liés se regardèrent, complices. Ils allaient poursuivre leur périple, qui les mènera jusqu'à de grands savoirs, mais qui leur permettrait, espéraient-ils, de retarder l'échéance de leur mort et d'en apprendre plus sur leur histoire. Mais pour cela, ils devaient effectivement se rendre dans le Domaine de la Non-Vie.


Ainsi s'achève la troisième partie de l'histoire de Pito de Varnaël.
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 23/12/2014 à 11:22:10 
QUATRIÈME PARTIE : ARABDOLVESS



CHAPITRE DOUZIÈME : ANHEW

« Tu as commis des erreurs et tu t'en es rendue compte. Tes intentions sont louables. Mais certaines actions ne peuvent être effacées et le passé nous rattrape toujours. [...]J'espère que tu arriveras au repentir et que tu te pardonneras toi-même. » (Pito à Hemarys, lors de la fondation des Chimères Étincelantes)


Pito avait les os gelés. Le marais était sombre et l'air glacial. Il n'aimait guère cette région, mais pourtant il s'y trouvait. Draginos avait accepté de le suivre, bien que méfiant quant à ce qu'ils allaient découvrir ici. Mais le jeune homme avait insisté. Il leur suffisait de trouver la pierre puis le plus difficile sera accompli. Ensuite, ils n'auront plus qu'à suivre le talisman, guidés par les deux esprits qui y étaient enfermés, afin de trouver Arabdolvess, la bibliothèque cachée dans le Domaine de la Nuit.

Mais avant leur nouvelle expédition, les deux compagnons étaient retournés à Varnaël. Cela ne faisait pas même une semaine qu'ils étaient partis, et en peu de temps, il s'était passé tant de choses ! Ils y avaient salué les habitants et pris des nouvelles de leurs compagnons de guilde. Ils avaient profité de leur escale dans la ville située sur leur chemin afin d'étudier de nombreux ouvrages de la bibliothèque. Ils avaient alors cherché des informations sur le Pacte de Dragonniers auquel avaient appartenu le Duc et Panteïx le Sage. Mais ils avaient fait chou blanc. Ils avaient alors décidé de se renseigner sur une éventuelle légende à propos d'une bibliothèque cachée, mais encore une fois ils n'avaient obtenu aucun résultat satisfaisant. Enfin, ils avaient recherché des informations au sujet de la vie après la mort et de la façon de capturer une partie de son âme. Ils n'avaient rien appris de nouveau à ce sujet : d'après les écrits, Ithil était capable d'envoyer au cimetière dragons et dragonniers vaincus, selon son bon vouloir. Mais a priori, un mort ne pouvait enfermer son âme dans une pierre. Draginos avait alors supposé que le Duc et Panteïx n'avaient pas les idées très clairs et que cette pierre n'avait rien de magique.

- Alors pourquoi les morts-vivants ont-ils dérobé le bâton de Panteïx ? Avait demandé Pito.

- Simple coïncidence. Ils ont fini par voir qu'il n'y avait rien d'intéressant dans cette région et ont arrêté de l'attaquer pour se préoccuper d'autres zones.

Le dragonnier n'avait même pas voulu répondre. Cela ne servait à rien d'alimenter la dispute. Il savait que le saurien était borné et qu'il ne changerait pas d'avis. Ils avaient ensuite axé leurs recherches sur les habitants du Domaine de la Non-Vie. Ils savaient que régulièrement, ils quittaient leur territoire afin d'errer dans les autres plans. D'après ce qu'ils purent lire, ils apprirent que de nombreuses hypothèses avaient été énoncées concernant ce phénomène, mais que le mystère restait entier. Les mages des différentes tours n'avaient pas réussi à faire jaillir d'explications certaines. Ce qui semblait faire sortir les monstres de leur tanière était une aura magique qui se déclenchait chaque année, à la même période. Mais les informations restaient floues.

Après quelques jours passés à Varnaël, Pito et Draginos partirent de nouveau, en direction du Domaine de la Non-Vie. La pêche aux informations ayant été décevante, ils avaient décidé de se rendre sur place et d'entamer les fouilles. D'après les dires du vieillard qu'ils avaient croisé dans la forêt près de Krymade, les morts-vivants qui avaient envahi la région étaient des squelettes. Ils fallait donc repérer une région du Troisième Souterrain occupée principalement par des squelettes. Cela ne devrait pas être trop difficile ! avait pensé Pito. Il ignorait alors à quel point il était loin de la vérité.

* * *
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 27/12/2014 à 19:15:29 

- Où trouver une région occupée par des squelettes ? Demanda Pito à Draginos.

- Tu n'as pas pensé à prendre de carte, en partant de Varnaël ? Répondit le saurien.

Pito frappa son front avec sa main. Comment avait-il pu faire une erreur pareille ? L'idée était tellement évidente qu'il n'y avait pas pensé ! Il expliqua :

- La carte de notre guilde est vieille et peut-être pas à jour. Mais si mes souvenirs sont exacts, une Tour des Mages se situe non loin d'ici. Les experts s'y trouvant pourront sûrement nous renseigner.

Draginos approuva l'idée et les deux compagnons décidèrent de s'y rendre, suivant le chemin dont Pito essayait de se souvenir ; une route qu'ils avaient tous deux empruntée il y a quelques années. Cependant, après plusieurs heures d'une marche éreintante, les deux compagnons durent s'avouer perdus.

- Pito ? Demanda Draginos, n'aurais-tu pas confondu avec le Cinquième Souterrain. Il me semble qu'il n'y a aucune tour des mages dans les environs.

- Et ce n'est que maintenant que tu me le dis ? Vociféra le jeune homme !

Draginos, surpris par la réaction de son ami, tenta de se défendre :

- Je te rappelle que c'est toi qui a supposé la présence d'un tel bâtiment au cœur des marais.

Le dragonnier détestait quand le saurien parlait sur un ton aussi détaché, comme s'il rejetait toute responsabilité et qu'il ne se sentait pas concerné par la situation. Pourtant, ils étaient tous les deux enfoncés au beau milieu du marais. Les habits de Pito étaient mouillés, il avait froid et il ignorait où est-ce qu'il se trouvait. Même s'il avait l'habitude des voyages, il se sentait las de cette journée et ne rêvait que d'une chose: trouver un endroit, de préférence confortable, où passer la nuit. Mais il faisait sombre et aucune habitation ne semblait visible. Ils allaient probablement devoir installer leur campement.

Après plusieurs minutes enfermé dans un mutisme grincheux, Pito indiqua à Draginos un endroit non loin d'eux et dit :

- Installons notre campement ici, la journée a été éprouvante et cet endroit me semble parfait pour nous ressourcer.

- Oui, je partage ton avis. Tu as l'air épuisé, je peux prendre le premier quart si tu le désires.

Le jeune homme acquiesça. Le saurien et lui avaient pour habitude d'instaurer des tours de garde lorsqu'ils voyageaient, surtout dans des endroits sauvages comme le Domaine de la Non-Vie. Ainsi, Pito allait faire sa nuit en premier, tandis que Draginos veillera sur les environs. Le guerrier installa donc ses affaires. Les deux compagnons dînèrent rapidement (Ils avaient emporté des provisions, le Troisième Souterrain étant peu propice à la chasse) et Pito s'allongea sur sa couche afin de dormir.

Mais son sommeil fut de courte durée. Après ce qui lui sembla quelques secondes (mais qui étaient en réalité des heures), il fut réveillé par un puissant rugissement. C'était bien la voix de Draginos. N'écoutant que son instinct, le jeune homme s'empara de son épée, saisit son arc et se dirigea vers l'endroit d'où provenaient les bruits. Il lui fallut peu de temps pour retrouver Draginos. Celui-ci faisait face à une demi-douzaine de zombies qui s'agitaient lentement autour de lui. Ils tentaient d'attaquer le dragon, mais ce dernier parvenait à les tenir à l'écart. Il avait dû rugir plus pour alerter Pito que pour demander de l'aide.

Mais le dragonnier se décida à aider son compagnon. Il s'empara d'une flèche et banda son arc. Le projectile fila jusqu'au cou du zombie le plus proche... qui resta debout. Difficile de tuer un mort-vivant ! Cependant, ce n'était pas la première fois que les deux combattants affrontaient de telles créatures. Pito ne perdit pas espoir et se saisit cette fois-ci de son épée. Une bonne dose de violence devrait être suffisante pour éradiquer les monstres. Au moment où cette pensée traversait l'esprit du jeune homme, il put observer Draginos carboniser l'un des corps en décomposition. Une idée lui vint alors à l'esprit. Puisque le saurien avait l'air de bien s'en sortir, peut-être serait-ce là d'améliorer ses compétences en magie. En effet, le dragonnier avait encore de nombreux progrès à faire dans ce domaine, et à défaut de mentor, il essayait d'apprendre sur le tas. Il vit donc là l'occasion parfaite pour un entraînement, quitte à ne pas finir sa nuit !

Le zombie touché par la flèche de Pito changea de cible. Le guerrier venait d'attirer son attention, et il ne voulait pas laisser l'affront de se faire transpercer par une flèche impuni. Le jeune homme, le voyant arriver, tendit alors sa main vers lui et se concentra. Le regardant fixement, il focalisa son énergie et prononça les paroles du sort qu'il souhaitait utiliser. Des éclairs surgirent de sa main et vinrent percuter le mort-vivant qui, cette fois-ci, s'écroula. Des fumées s'échappaient de son corps, lui aussi carbonisé. Satisfait, Pito reporta son attention sur le combat de Draginos, au moment où celui-ci achevait son dernier adversaire.

Le dragonnier scruta les alentours avant de rejoindre son lié. Il ne semblait plus y avoir de créatures malsaines dans les environs. Pito poussa un soupir d'épuisement. Cette nuit n'avait pas été reposante. Il s'adressa à Draginos :

- Rien d'abîmé ?

- Ne t'inquiète pas, je suis bien plus robuste qu'eux ! Je craignais seulement qu'un autre groupe ne t'attaque.

- Il n'en a rien été, comme tu peux le constater. Je vais finir la garde, va te reposer, tu dois en avoir bien besoin après ce combat.

Tandis que Draginos approuvait l'idée du chasseur et allait s'allonger dans le campement, Pito alla s'asseoir sur une souche et commença à veiller, guettant le moindre mouvement suspect. La journée s'annonçait longue.
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 28/12/2014 à 12:24:18 
Aucun autre incident ne survint pendant la nuit. Mais, au petit matin, le moral de Pito était au plus bas. Il avait réfléchi et ne savait toujours pas où se rendre afin de trouver ce groupe de squelettes, et par la même occasion la pierre magique. En supposant que celle-ci soit toujours en leur possession. Draginos et lui s'étaient lancés tous deux dans une quête irréalisable : il leur faudrait des années, voire des siècles avant de trouver leur but. Le trop plein d'idéalisme du jeune homme allait les conduire vers un objectif inatteignable. Après tout, peut-être que Draginos avait raison. Il était toujours temps de faire demi-tour et de retourner vivre paisiblement à Varnaël.

Lorsque Pito vit son lié commencer à s'agiter, signe de son réveil, le dragonnier s'approcha du saurien et réunit du bois afin de rallumer un feu. Il cacha du mieux qu'il put ses inquiétudes et lança d'un air enjoué :

- Comment vas-tu Draginos, bien dormi ?

- Certainement mieux que toi, répondit l'intéressé, d'un ton légèrement moqueur.


Pito sourit et demanda :

- Plutôt que de te moquer, allume un feu !

Les deux compagnons prirent leur repas dans une bonne humeur qui sembla effacer les tensions qui étaient apparues depuis un certain temps. Pito réalisa alors que le climat qui s'était instauré entre eux le chagrinait quelque peu et que, désormais, il ferait un effort pour paraître plus agréable. Mais il est vrai que la situation qu'il était en train de vivre en ce moment était délicate à supporter, et que Draginos n'apportait pas au jeune homme le soutien qu'il attendait. Pourquoi ? se demanda Pito. Mais lorsqu'il vit le dragon partir dans un rire complice après avoir conté quelque chose de drôle, le dragonnier se dit que ce n'était pas le moment de se poser une telle question. Il devrait plutôt profiter de cet instant magique et se ressourer avec son plus proche compagnon.

Au bout de quelques minutes, les deux voyageurs replièrent le campement et reprirent leur route vers l'inconnu. Ils ignoraient où se rendre précisément. Si seulement un Atsamien avait pu cartographier les régions et leur population de monstres avec précision ! Mais une idée traversa l'esprit de Pito. Ce n'était pas sûr que ça fonctionne, mais peut-être cela leur permettrait-il de gagner du temps dans leurs recherches. Il demanda alors à Draginos :

- Peut-être qu'à l'aide de ta magie, tu pourrais localiser cette pierre, non ? Si les squelettes sont parvenus à la repérer, à en ressentir l'essence magique, alors il serait possible que tu y parviennes.

- Je ne pense pas que ce soit aussi simple. Je n'ai jamais été en possession de cette pierre. Je ne crois pas pouvoir ressentir l'aura magique des âmes qui y sont enfermées.

- Possible. Mais j'ai moi-même été en contact avec cette pierre ! Du moins, je l'ai déjà vue, voire toucher, je ne saurais te dire. Et j'ai pu rencontrer les différentes personnes qui ont été en sa possession, même si cela date parfois d'une époque assez lointaine.

- Ce que tu racontes est emprunt d'une certaine vérité, en effet. Nous devons trouver un endroit sûr afin de pouvoir méditer, ensemble. Peut-être qu'à nous deux, nous parviendrons à retrouver cette pierre. Toi, parce que tu as déjà eu l'occasion de l'observer. Moi, car je t'aiderai avec ma magie draconique.

Le plan semblait bon. Cela devrait fonctionner. Les deux combattants marchèrent pendant plusieurs heures avant de trouver l'endroit qui leur sembla le plus sûr. Une petite maison de pierre isolée et qui paraissait solidement bâtie, assez pour que Pito et Draginos, une fois à l'intérieur, soient à l'abri des monstres du Domaine de la Non-Vie. Cependant, ils reconnurent rapidement l'endroit pour y être déjà allé plusieurs fois. Dans la bâtisse se trouvait un zombie qui avait pour particularité d'être inoffensif. Étrange créature, certes. Mais pour l'occasion, cela serait parfait. Il avait de plus la réputation de ne pas être très bavard : Pito et Draginos pourraient méditer en paix.

Une fois à l'intérieur, les voyageurs déposèrent leurs affaires. Ici, ils se savaient en sécurité. Du moins, ils étaient protégés des monstres. Ils avaient seulement à veiller à ce qu'aucun brigand ne vienne les déranger. Pito observa le curieux zombie. Celui-ci fixait un mur en marmonnant, un sourire aux lèvres et le regard fou. Ce devait être la troisième fois que le dragonnier le rencontrait, et il ne savait toujours pas ce que cette étrange créature pouvait bien attendre à longueur de journée. Après s'être assuré que la porte était bien fermée et qu'aucune intrusion n'était possible sans que les occupants de l'unique pièce ne s'en aperçoivent, le jeune homme rejoignit le saurien qui s'était allongé sur le sol. Il s'assit en tailleur à ses côtés et, à son tour ferma les yeux. Puis il se concentra. Toute notion du temps s'effaça.

Le jeune homme put entendre dans sa tête Draginos qui le guidait dans sa méditation, afin que leurs esprits soient en harmonie. Pito ne savait pas précisément ce qui allait se passer, mais instinctivement, il savait à peu près ce qu'il devait faire. Ce devait être dû à la magie du lien qui les unissait. Même magie qui avait prédit leur mort prématurée... Pensa un bref instant le dragonnier. Mais il sentit l'esprit de Draginos balayer cette pensée. Il tenta alors de se recentrer sur la méditation. Cependant, il eut du mal à y parvenir, tant les bruits bizarres du zombie le dérangeaient. Heureusement, le saurien aida le guerrier à se focaliser sur la pierre afin de la retrouver.

Les deux compagnons restèrent ainsi pendant plusieurs heures. Se concentrant sur l'aura magique de cette pierre. Ils ne cherchaient plus à visualiser le Domaine de la Non-Vie tel qu'il était physiquement, mais tel qu'il était représenté par son aura magique. Où se situait la zone dégageant le plus d'énergie magique ?

Ensemble, ils finirent par la découvrir. Ils mirent un certain temps. Au début, leur « vision » était aveuglée par la présence du cimetière, d'où il émanait une puissante aura magique. Puis, après avoir observé les autres régions du territoire, les deux liés en avaient conclus que la magie de la pierre était masquée par celles des âmes présentes au cimetière. Ainsi, les deux âmes capturées dans la pierre de grenat devaient demeurer cachées aux yeux de Pito et Draginos. Afin de trouver le groupe de squelettes, ils avaient donc à poursuivre leur recherche en direction du cimetière qui, heureusement, n'était pas bien loin de la maison de pierre où ils se trouvaient.

Après avoir mangé un rapide morceaux en compagnie du zombie asocial, les deux voyageurs reprirent la route. Pito constata qu'ils étaient bientôt à cour de vivres. Ils devront quitter ce souterrain, en possession de la pierre ou non.
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 29/12/2014 à 13:35:32 
Le duo arriva devant le cimetière à l'équivalent de la fin de journée pour la Surface. Des fleurs, plantées avec soin, entouraient le bâtiment dans lequel se trouvaient dragons et dragonniers blessés. La pierre ne devait pas se trouver bien loin... Alors que Draginos se tenait devant l'entrée du cimetière, Pito demanda à l'un des gardes du Sanctuaire s'il avait des informations concernant une horde de squelettes dans les environs et si, par le plus grand des hasards, des événements anormaux ne se seraient pas produits. Le soldat répondit qu'il n'y avait rien d'inhabituel, si ce n'était la prolifération de squelettes un peu plus loin au nord.

Parfait ! Pensa Pito. Ce devaient être les fameux squelettes recherchés. La possession de la pierre de grenat devait avoir un effet magique sur eux et leur reproduction. Les deux compagnons approchaient enfin du but ! Avec un regain d'énergie et d'espoir, le jeune homme reprit la route, aux côtés de Draginos. Ils ne mirent pas longtemps à trouver les premières traces de squelettes.

- Effectivement, ils ont l'air nombreux. Souffla Pito au saurien.

- Tâchons de ne pas nous faire repérer, répondit mentalement Draginos.

Malheureusement, les marais n'offraient pas de protection efficace afin de progresser à couvert. La seule solution était de s'immerger dans l'eau boueuse et nauséabonde, ce qui n'enchantait guère Pito.

- Tu veux cette pierre ? Demanda Draginos. Jusqu'où es-tu prêt à aller pour cela ?

Nul doute que le saurien avait perçu les pensées du dragonnier. Celui-ci restait dubitatif. Mais, après tout, tâcher ses vêtements était un bien maigre sacrifice pour atteindre la vérité.

- Je vais avoir besoin de ta magie, répondit le chasseur. Et cela va nous coûter quelques vivres...

- Je sais, ajouta Draginos. Tu as tout ce qu'il te faut dans le sac de gauche.

Le jeune homme s'approcha de son lié, ouvrit l'un des sacs accrochés à la scelle et en sortit trois ingrédients : une plume, une feuille et une pomme. Pito connaissait de nombreux sorts, mais les utilisait rarement. La dernière fois qu'il avait utilisé « Survie » remontait à des années. Cette fois-ci, ce n'était pas pour un combat, mais afin de respirer sous l'eau. Ou, plus exactement, pour ne pas mourir noyé. La durée de l'alchimie devrait tenir assez longtemps pour lui permettre d'entrer dans le camp des squelettes. Draginos, quant à lui, n'avait pas besoin d'un tel sort. Ses compétences en apnée lui permettraient de parcourir la traversée sans soucis.

Le dragon se concentra et, à l'aide de ses talents magiques, fusionna entre eux les ingrédients. Un éclat de lumière, au niveau du cœur de Pito, montra que le sort avait réussi. Désormais, pour une courte période, le jeune homme était protégé. Afin d'être plus à l'aise dans l'eau marécageuse, il retira son gilet et sa chemise. Torse nu, il avait froid. C'était une raison de plus pour ne pas traîner ! Il échangea un regard avec son compagnon, qui acquiesça. Puis tous deux plongèrent.

L'eau n'était pas aussi froide que Pito ne se l'était imaginé. Mais elle était opaque et voir à travers relevait de l'impossible. Heureusement, la magie de l'alchimie lui permettait de garder les yeux ouverts et, surtout, de ne pas ingurgiter par les narines cette eau immonde. Ne sachant où aller, il suivait instinctivement Draginos, supposant que celui-ci parvenait à s'orienter mieux que lui. Il confirma d'ailleurs son intuition par la communication d'une pensée rassurante.

Ils pataugèrent donc pendant de longues minutes, avançant bon gré mal gré, faisant de leur mieux pour demeurer invisible aux sens des squelettes. Aucune flèche n'avait transpercé les deux intrus jusque là, ce qui était plutôt bon signe. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait, Pito sentait que les effets du sorts commençaient à s'estomper. Il en fit part à Draginos qui expliqua qu'ils touchaient enfin au but. Prit d'un regain de motivation, et surtout l'envie de sortir de ce bain au plus vite, le dragonnier accéléra le rythme.

Par où aller ? Demanda Pito, par la pensée.

Suis-moiRépondit Draginos. Nous sommes presque arrivés.

Confiant, le jeune homme ralentit, continuant de suivre le saurien. Mais, après encore de longues minutes de nage, il réalisa que le sort était épuisé. Le chasseur était désormais en apnée et ne pouvait compter plus que sur ses compétences physiques. Il ferma les yeux afin de les protéger de l'eau, et le signala à Draginos.

Très bien, sortons. Répliqua ce dernier.

Pito ne se fit pas prier et bondit à la surface, s'échouant sur une terre émergée. Il toussa et cracha, cherchant sa respiration. Après quelques minutes à grelotter et toussoter ainsi, il leva les yeux vers Draginos. Mais celui-ci ne prêtait aucune attention à son lié. Il préférait fixer du regard la horde de squelettes qui les observait, arcs et épée à la main.

Le guerrier se releva tant bien que mal et tenta de s'emparer de son épée. Il déglutit péniblement. Il savait que Draginos et lui n'avaient aucune chance, les squelettes étaient bien trop nombreux. Mais il ne se laisserait pas mourir sans combattre. Il savait qu'il avait échoué dans sa quête et qu'il avait mené son plus proche compagnon à sa perte. Pito avait du mal à réaliser qu'en un instant, sa vie basculait. Dans quelques minutes, il sera mort. C'était difficile d'établir un tel constat, de se savoir au crépuscule de sa vie. Comment parvenait-il à aborder la chose avec tant de philosophie ? Peut-être parce qu'une prophétie avait prédit cet instant, parce qu'il savait qu'un archer n'allait pas tarder à l'achever d'une flèche dans l'épaule…

Mais au lieu d'un tel assaut, les rangs de squelettes se rompirent pour laisser passer un de leurs congénères, qui portait une couronne d'os. Il observa les deux intrus avec ce qui semblait être un sourire, puis s'adressa à eux :

- Klak-klak-klak ! Vous croyiez que nous n'avions pas observé votre petite traversée aquatique ? Klak-klak ! Nous avons bien ri en vous voyant patauger ainsi dans nos marais ! Klak-klak !

Pito avait enfin réussi à s'emparer de son épée :

- Nous ne sommes pas venu ici pour vous offenser. Mais nous savons très bien nous battre, et je serais curieux de savoir combien de temps nous tiendrions avant de succomber à vos assauts !

- Klak ! Que les vivants sont toujours aussi sots ! Si nous voulions vous tuer, vous seriez morts depuis longtemps. Pour l'instant, j'ai décidé de vous épargner. Klak-klak ! Votre comportement m'intrigue, je l'avoue. Que recherchez vous sur notre territoire ?

Cette fois, ce fut Draginos qui répondit :

- Nous sommes en quête d'une pierre à l'aura magique. Nous avons de bonnes raisons de croire qu'elle est en votre possession.

Un éclat sembla traverser les orbites vides du roi-squelette. Ses doigts osseux soulevèrent une pierre qu'il portait autour du cou. Pito l'observa et constata qu'elle était d'apparence banale. Mais, après tout, le bâton de Panteïx n'avait rien d'extraordinaire. Ce pouvait très bien être la pierre de grenat recherchée par les deux liés.

- Oui, klak-klak-klak ! Je vois parfaitement à quoi vous faites allusion. Mais, voyez-vous, cette pierre fait désormais partie de notre tribu. Nous n'avons aucune raison de la céder à d'illustres inconnus. Pourquoi ferions-nous cela ? Klak!

La ravire au roi-squelette semblait une très mauvaise idée, même si Pito était très tenté par la chose. Mais il devait user de diplomatie.

- Peut-être pouvons nous trouver un terrain d'entente, tenta-t-il. Draginos et moi-même sommes prêts à vous rendre un service, en échange de la pierre.

- Cette pierre est précieuse pour moi et ma tribu. Le service à rendre sera donc d'une grande valeur. Klak-klak !

Le mort-vivant avait une idée derrière la tête, aucun doute. Il semblait être un fin manipulateur, et le jeune homme n'était pas très à l'aise quant aux idées qu'il pourrait proposer.

- À quoi pensez-vous ? Demanda-t-il timidement.

- Klak ! Voyez-vous, un non-vivant me crée quelques ennuis, depuis un certain temps. Il s'agit d'un zombie habitant une cabane non loin d'ici. Si jamais vous me ramenez sa tête, la pierre sera vôtre. Klak-klak-klak ! Il est déjà mort, et vous avez vous-même dit que vous étiez prêt à emmener plus d'un des miens dans votre perte. Donc, tuer un zombie ne devrait pas vous poser de problème, klak !

L'affaire était douteuse. Elle paraissait simple au premier abord, mais Pito avait un très mauvais pressentiment. Le Roi-squelette voulait éliminer ce zombie avec qui Draginos et lui avaient été peu de temps auparavant, ce zombie qui n'avait jamais fait de mal à personne.

- C'est votre seul moyen d'entrer en possession de la pierre, ajouta le squelette. À vous de voir. Klak !

Sur cet étrange bruit d'os s'entrechoquant, il prit congé des deux compagnons, suivi de ses congénères.
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 30/12/2014 à 14:14:23 
Pito frissonna et plaça ses bras autour de son torse, tentant de se réchauffer. L'idée du chef de la tribu ne l'enchantait guère.

- Qu'en penses-tu ? demanda-t-il à Draginos.

- Nous avons déjà tué. Que ce soit des vivants ou des morts. Mais ce zombie est... différent. Je ne pense pas que nous devions l'éliminer.

- Je suis de ton avis. Mais c'est notre seul moyen de récupérer la pierre. Et tu m'as toi-même demandé où est-ce que j'étais prêt à aller pour ça.

- Afin de connaître tes origines, dois-tu aller jusqu'à changer ta propre nature, Pito ?

La question du dragon avait peut-être du sens, mais le jeune homme sentait qu'ils s'engageaient une nouvelle fois dans une de ces disputes qui avait tendance à éclater trop souvent ces derniers temps. Le saurien enchaîna :

- La vérité doit-elle être sue ? Peut-être que ce que tu découvriras sur toi ne sera pas plaisant à connaître. Peut-être découvriras-tu une partie de ton histoire qu'il vaut mieux laisser dans l'oubli.

- Je veux connaître mon passé pour mieux maîtriser notre avenir ! Répondit Pito sur la défensive. Le parchemin que nous avons là (il brandit le rouleau du Duc) explique que d'autres écrits abordent notre Ganim Vs'shtak ! Nous devons savoir ce qui est censé se passer, pour savoir comment l'éviter !

- Pito, tu es un guerrier, mais aussi un stratège. Tu es quelqu'un d'honnête et de serviable. Es-tu prêt à tuer des innocents pour ta propre survie ?

- Oublierais-tu que tu t'adresses à un ancien assassin ? Et tu sais très bien que je ne fais pas ça que pour moi !

La dernière phrase du chasseur avait été prononcée avec amertume. Pito n'était pas égoïste, et il n'était pas la seule personne menacée dans cette histoire. Draginos avait-il la mémoire courte ? Ne se sentait-il pas concerné par cette prophétie ? Cette quête insensée les rendait fous !

- Je vais retourner dans cette cabane et discuter avec le zombie ! Si jamais sa mort est le seul moyen de progresser dans cette quête, notre quête, alors je n'hésiterai pas !

Furieux, Pito laissa Draginos sur la berge et retourna vers l'endroit où il avait laissé ses vêtements. Les squelettes qu'il avait cherché à éviter à l'aller le laissèrent passer, le scrutant de leurs orbites vides. Le jeune homme ne leur prêta pas la moindre attention, enfila ses vêtements et prit le chemin de la cabane. Son estomac lui faisait signe que la faim se faisait ressentir, mais le guerrier avait laissé ses vivres avec Draginos. Tant pis, il se nourrira une fois la sale besogne accomplie ! Il avait l'habitude des voyages, et il pouvait se priver de nourriture pour encore plusieurs heures.

C'était rare, même très rare, que Pito se dispute avec Draginos. C'était même la première fois qu'il l'abandonne ainsi. Il leur était déjà arrivé de se séparer, à de nombreuses reprises. Mais jamais il n'avait laissé derrière lui son lié alors qu'ils étaient en territoire sauvage et, qui plus est, dangereux. Ceci dit, le jeune homme n'avait aucune inquiétude quant aux capacités du dragon pour se défendre et, en plus, rien ne l'interdisait de le suivre. Ah ce que Draginos pouvait être têtu !

Épuisé, Pito finit par arriver à la cabane, après plusieurs heures de marche. Il en poussa la porte et, comme à son habitude, le zombie se trouvait là, marmonnant toujours.

- Salutations ? Tenta l'humain.

Une série de sons gutturaux servirent de réponse. Pito tenta de se convaincre que la mort serait une délivrance pour ce zombie et, qu'ainsi, il commettait un acte qui était bénéfique pour tout le monde : le zombie, le squelette et lui-même.

- Euh... Je vais te tuer. Dit-il comme pour légitimer son acte.

Visiblement, l'intéressé ne se sentait pas concerné. Ce n'était qu'un zombie de plus, comme Pito en avait déjà tué. Pourquoi cette-fois cela lui posait-il problème ? Le guerrier sortit son épée de son fourreau et s'apprêta à frapper. Mais quelque chose le retenait, l'en empêchait, il ne savait pourquoi. Depuis maintenant plusieurs années, Pito se rapprochait de la Voie Blanche. Non pas par volonté de pureté ou de s'absoudre de ses pêchés passés. Il rejoignait cette voie naturellement, en compagnie de Draginos. Tous deux se souciaient plus de leur prochain et savaient que leurs actes avaient des conséquences plus ou moins directes sur le bien-être des autres créatures d'Atsami. Certes ils continuaient de voler, mais le meurtre était devenu une activité rare, chez eux.

Le zombie qui se tenait face à lui était sans défense. Le tuer ne rimait à rien. Comment pouvait-il nuire au Roi-squelette ? Mais, d'un autre côté, Pito ne pouvait abandonner sa quête. Entre cette étrange créature et Draginos, le choix était vite fait. Mais son instinct, ou son lien l'unissant à son alter-draco, lui criait de ne pas agir ainsi. Le jeune homme baissa donc son arme, vaincu. Il ne pouvait s'adonner au meurtre de cette créature inoffensive. Le zombie continua de l'observer, mais arrêta de marmonner. Après un court silence, une voix grinçante sortit de sa bouche :

- … Salutations... !

Le chasseur fut autant surpris par le temps de réaction du mort-vivant, que par sa faculté de parler. Le zombie se lança dans un monologue, comme s'il avait la possibilité de dire ce qu'il ressentait pour la première fois depuis des siècles. Ses phrases étaient saccadées, comme s'il n'avait plus l'habitude d'émettre des sons intelligibles :

- À longueur de journée, je vois des voyageurs passer dans cette cabane, et rares sont ceux à faire attention à moi... Ils se sont, pour la plupart, habitués à ma présence... Je dois reconnaître que je ne fais pas grand chose de mes journées... J'observe, c'est tout... Le temps est bien plus long lorsque l'on est mort...

Pito attendait patiemment de savoir ce que le zombie avait à lui dire.

- Je vous ai vu plusieurs fois, en compagnie d'un dragon... Si ma mémoire est bonne, vous avez déjà commis un meurtre à cet endroit-là...

La créature venait de désigner l'unique lit de la pièce. Il est vrai qu'il y a quelques années, Pito avait assassiné une personne dans son sommeil, juste ici. Il y repensait à chaque fois qu'il mettait les pieds dans cette cabane, et il se sentait d'autant plus coupable maintenant qu'un être extérieur évoquait cet acte cruel. D'autant plus que la victime avait été une parente de sa propre femme... La personne en question s'était réveillée quelques heures plus tard dans le cimetière, protégée par la bénédiction d'Ithil.

- … Pourquoi avoir agressé cette pauvre personne... ?

Pito cherchait une réponse dans sa tête, afin de se justifier. Oui, pourquoi avait-il fait ça ? Par appât du gain, très certainement... Peut-être ne se détache-t-on jamais réellement de sa véritable nature. Il aurait très bien pu épargner cette personne, mais il ne l'avait pas fait. Était-il un monstre au fond de lui ? Les idéaux qu'il prétendait défendre aujourd'hui avaient-ils un réel sens à ses yeux ? Pouvait-on devenir bon lorsque l'on avait pêché ? Empli d'un désarroi le submergeant, le jeune homme laissa tomber son arme et vacilla quelque peu, tentant de se retenir au lit qui avait justement été témoin d'un de ses meurtres passés.

- Je... Je ne sais pas ! … Répondit-il au zombie.

Pito tomba à terre, à genoux, face au mort-vivant. Celui-ci ne semblait pas le juger, mais pourtant, l'ancien assassin avait l'impression que seule cette créature était maître de son destin. En conversant avec elle, le jeune homme espérait se repentir de ses actes maléfiques.

- Ne t'es-tu jamais demandé comment les morts-vivants faisaient pour être ainsi... ? Il y a de cela bien longtemps, moi aussi j'ai respiré l'air de la Surface, moi aussi j'ai vécu en Atsami... Je n'ai pas toujours été ainsi, vois-tu... De mon temps, les sous-terrains n'avaient pas encore été découverts...

Le dragonnier écoutait les propos du zombie, les yeux rivés sur le plancher abîmé de la cabane.

- Je suis mort là-haut, dans une cabane... Je n'ai jamais vraiment su comment... Je pense qu'un zombie m'a agressé pendant que je dormais... C'est pourquoi je refuse de me mêler aux autres morts-vivants aujourd'hui...

À ces paroles, Pito, retenant jusque là des émotions qui s'agitaient en lui, laissa libre cours à son ressenti. Des larmes coulèrent sur ses joues, venant mouiller sa barbe. À cet instant, il se détestait. Il avait commis tant d'actes malhonnêtes, dévastateurs ! Il était fier de n'avoir jamais pillé de villages, mais il avait tout de même détruit des vies ! Il ne valait pas mieux que n'importe quel malfrat d'Atsami !

- … Ne pleure pas, jeune humain... Tu as encore l'occasion de rattraper tes fautes... Tu as tué et volé, mais cela ne fais pas de toi un homme mauvais... Dédie ta vie au bien-être de ton prochain... Tu apporteras ainsi paix et réconfort...

Pito leva la tête et regarda le visage en putréfaction du zombie. Celui-ci ajouta une dernière phrase :

- Tu as fait le choix de m'épargner... Tu es donc sur la bonne voie... Tu te prétends de la Voie Blanche, et tu as raison... Maintenant, va... Retourne d'où tu viens et réclame ce qui te revient de droit... Tu sauras quoi dire pour l'obtenir...

Le guerrier se releva, observant étrangement le zombie. Il ne se serait jamais attendu à ce qu'une telle créature lui prodigue pareils conseils ! Il sécha ses larmes et remercia son sauveur. En retour, il n'eut droit qu'à quelques sons marmonnés. Le mort-vivant paraissait être devenu le simple observateur qu'il était depuis de nombreuses années. D'un pas gauche, Pito sortit de la cabane, tremblotant. Il avait faim et était épuisé, encore bouleversé du mélange de sentiments qu'il venait de ressentir. Se devait-il de continuer ?
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 31/12/2014 à 11:04:47 
Quelques heures plus tard, Pito avait retrouvé Draginos chez les squelettes. Sans répondre aux interrogations de son compagnon, il s'était contenté de manger les dernières vivres qu'il restait dans l'une des sacoches transportées par le saurien. Celui-ci, voyant que le jeune homme n'avait pas rapporté la tête du zombie, en avait déduit qu'il l'avait épargné.

- Allons voir le roi des squelettes, marmonna le dragonnier avant de prendre la direction du centre du campement squelette.

Le chef en question était assis sur un trône en ossements macabre. Il vit approcher les deux visiteurs et un air ravi apparu alors sur son visage :

- Klak-klak-klak ! Vous voilà de retour ! Avez-vous ce que je vous ai demandé ? Klak !

- Non, répondit simplement Pito.

- Vous m'en voyez déçu. Klak ! Notre accord n'a pas été respecté, je vais être contraint de demander à ce que l'on vous tue. Klak-klak !

À ces mots, les squelettes présents autour des deux liés s'équipèrent de leurs armes. Des rires moqueurs fusèrent signifiant qu'ils étaient prêts, et seraient ravis, de passer à l'action. Le jeune homme répliqua :

- Sa Majesté serait, je pense, assez sage pour respecter les vivants, et toute autre forme de vie. J'ai épargné le zombie que vous m'avez demandé d'abattre car je ne voyais pas l'utilité d'un tel acte. Il est inoffensif et ne mérite pas d'être assassiné une nouvelle fois. Pourquoi, nous, vivants, devrions-nous nous opposer ainsi aux non-vivants ? Je ne suis pas idéaliste au point de proposer un monde de paix, mais pourquoi pas une alliance entre nos deux peuples ?

Pito marqua une pause afin de laisser ses paroles atteindre l'esprit du roi, puis reprit :

- Je n'ai en aucun cas les pouvoirs pour garantir une telle alliance, cela n'est pas de mon ressort. Néanmoins, une ville serait apte à commercer avec vous, et j'en suis le représentant. Je serai apte à en discuter avec Sa Majesté, mais d'autres sujets attirent mon attention. Je suis vivant, certes. Mais suis-je si différent de vous ? Je pense que nous devons nous vouer une respect mutuel. N'envahissez plus la Surface ni les autres plans périodiquement. Cela entraîne la méfiance et la crainte de la part des vivants. Voilà pourquoi vous êtes rejetés et, parfois, méprisés ! Autorisez-moi à discuter de cela avec la dirigeante de ma guilde, les Chimères Étincelantes, et peut-être parviendrons-nous à un accord.

Le Roi-squelette semblait approuver les dires de Pito. Celui-ci conclut :

- Mais avant tout, d'autres affaires nécessitent que je m'y attarde. Et pour les mener à bien, j'ai besoin de cette pierre de grenat. En échange d'un tel présent, veuillez accepter mon immense gratitude, et ma parole pour faire en sorte d'établir les premiers liens commerciaux avec votre peuple.

Le roi observa un instant de silence, puis dit :

- Klak-klak-klak-klak ! Tes paroles ont l'air sages, jeune humain ! Ta proposition est alléchante, klak-klak ! Je l'accepte volontiers. Mais sache que si d'ici trois lunes, aucun émissaire n'est venu à notre rencontre, alors nous sèmerons le chaos auprès de ton peuple, pour avoir tenté de nous trahir et de se jouer de nous ! Klak !

Pito et Draginos s'inclinèrent, en signe de remerciement. Le roi se leva et retira son pendentif :

- Ce talisman est vôtre, désormais, en signe de notre future alliance. Klak.

Pito se redressa et saisit le présent dont lui faisait don le squelette.

- Merci infiniment, Votre Altesse Sérénissime. Puisse Trakfur veiller sur vous.

Le jeune homme et le saurien furent accueillis par les squelettes, où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils prirent la route vers le Domaine de la Nuit. Ils allaient devoir se passer de nourriture pendant une journée mais, une fois dans le Domaine des Chimères, ils pourront de nouveau chasser.

*
* *


Le trajet jusqu'au Domaine de la Nuit s'était déroulé sans incident notable. Pito et Draginos avaient refait le plein de vivres, et ils n'étaient pas fâchés de fouler à nouveau le sol du Cinquième Souterrain. Désormais, ils approchaient du but. Puis, ils étaient en territoire familier et se sentaient donc en sécurité.

Tout au long du trajet, Pito n'avait cessé d'observer la pierre de grenat. Lorsqu'il s'en était saisi pour la première fois, le nom de l'objet avait résonné dans son esprit, comme une évidence : « Anhew », la « Pierre ». Le jeune homme, initié à la magie, ressentait son aura mystique. Il comprenait pourquoi une horde de squelettes s'était ruée à la surface pour s'en emparer. À l'intérieur, deux âmes reposaient. Étrange endroit pour un repos éternel, que celui d'un morceau de grenat. Comment avaient-ils réussi à préserver leur âme dans cette pierre ? Peut-être une aide extérieure leur serait utile ?


[HRP] La suite dans le topic 17784 . [/HRP]
Dragon glace
 Le 01/02/2015 à 09:10:25 
Sympa cette histoire j'attends la suite de cette prophétie pour Pito et Draginos !
Dragon dino
 [?] Pito 
 Le 01/02/2015 à 12:34:01 

ÉPILOGUE


« Le Dragon Gris signifie repentir et pardon. Tel sera le résultat de ton voyage. Tu arriveras à un stade de renouveau, tu seras un autre homme ; différent. Tel est la conclusion du tirage que tu as effectué, le Tirage du Dragon. » (Cartomancienne ambulante à Pito)


Encore une sombre journée. Il avait plut du lever au coucher du soleil. Et même maintenant, alors que la nuit était tombée depuis plusieurs heures, il pleuvait à torrent. L'homme qui était assis dans un coin de l'auberge reposa sa chope de bière, après l'avoir vidée. Intérieurement, il pensa que le temps exécrable était à l'image de son humeur. En effet, les journées défilaient et l'homme restait silencieux, devenu un habitué de l'auberge. Bien des fois, le tavernier avait tenté d'entamer la conversation avec lui, mais il s'était toujours retrouvé face à un mur de silence. Il avait fini par abandonner ses tentatives au bout de quelques temps, du moment que le client payait sa consommation. D'ailleurs, le tenancier de l'auberge n'avait jamais eu de problèmes à ce sujet-là. L'inconnu avait toujours réglé ses boissons. L'aubergiste avait trouvé cela surprenant, d'autant plus que le client passait ses journées dans la taverne et ne semblait vivre d'une quelconque profession.

Jour après jour, l'homme ressassait les mêmes pensées. Il se demandait comment il avait fait pour se retrouver là, dans un coin de cette auberge perdue au fin fond du monde. Comment avait-il donc fait pour, du jour au lendemain, perdre tout ce qu'il possédait ? À défaut de trouver réponses à ses questions, il noyait son chagrin dans l'alcool. Sa vie n'avait plus aucun but, plus aucun sens. Seul, il n'était plus rien. Au début, il avait essayé de rester digne, de continuer comme si de rien n'était. Mais cela avait été peine perdue. Il était impossible de poursuivre son ancienne vie avec un tel manque. Il avait donc décidé de tout quitter. L'homme avait pris quelques affaires et laissé sur la table ronde de sa demeure plusieurs mots à ses proches.

L'inconnu fit signe à l'aubergiste qu'il voulait une chope en plus.

L'une des lettres avait été rédigée à l'intention de sa cheftaine de guilde. Il expliquait les raisons de son départ, espérant qu'elle comprendrait. Mais personne ne pouvait comprendre ce que l'homme ressentait. Même la perte de l'être le plus cher ne pouvait être comparable à l'effroyable douleur qu'était celle de la disparition de son dragon. Mais celle-ci s'aggravait lorsque ces deux événements étaient simultanés. L'homme avait un jour reçu une missive le priant de se rendre au chevet de sa femme malade au plus vite. Là, il l'avait observée dans un sommeil profond, plongée à jamais dans des rêves. Il avait eu beau tout essayé, rien ne vint interrompre sa torpeur. Le pauvre mari avait alors compris que sa vie en ce lieu était achevée. Il n'avait plus rien à faire ici. Il avait alors retiré son alliance et l'avait déposée sur la table de chevet à côté de la belle endormie.

Désormais, il ne pouvait plus exister en cet endroit où se trouvaient tous ces souvenirs ; il ne plus vivre avec les personnes qui lui rappelleraient malgré eux les pertes qu'il venait de subir. C'est pour cela qu'il était parti. Mais il n'avait pas fait les choses à moitié. Quitter sa ville ne lui suffisait pas. Il avait pris la direction de l'Imperium. Vivre dans une terre sans dragons, voilà ce qu'il voulait. Il se sentait fautif de tout ce qui était arrivé. Il voulait être dans un endroit où son ancienne vie ne serait plus qu'un vague souvenir ; expier ses fautes. L'Imperium détestait les dragons, et les dragonniers. Là-bas, l'homme savait qu'il ne serait pas persécuté. Mais il y récolterait son lot de souffrance nécessaire et mérité. Il ne pouvait vivre décemment en Atsami, terre qu'il avait souillée par sa naïveté. Cependant, il s'était arrêté au nord d'Atsami, peu avant la frontière, où il avait élu domicile dans cette auberge, passant ses journées à boire.

Le jeune homme s'empara de la bière tendue par l'aubergiste qui lui murmura quelque chose qu'il ne prit pas la peine d'écouter. Il se mit à boire goulûment le breuvage alcoolisé. Comment en était-il arrivé là ? Pourtant, Draginos avait tenté de le prévenir, mais l'homme, têtu, n'avait pas prêté attention à ses propos. Au final, la prophétie s'était bien accomplie. Comme annoncé, Pito avait marché dans les montagnes à la tête d'un groupe et, comme annoncé, une flèche l'avait atteint à l'épaule. Toujours comme le prédisait la prophétie, Pito avait vacillé et était tombé dans une crevasse. La douleur était devenue importante et le lien avec Draginos s'était rompu.

Ce soir-là, Pito était bel et bien mort.

Du moins, d'un certain point de vue. Un sentiment affreux l'avait envahi. Une sensation de vide, comme si on lui avait retiré une part de lui-même. Le vaillant dragon avait bravé tous les dangers pour secourir son compagnon. Il avait plongé pour terrasser les adversaires de Pito. Mais à son tour, Draginos avait été victime des assaillants et avait péri sous leurs coups. La prophétie tant redoutée s'était bel et bien accomplie. Seulement, elle n'annonçait pas la mort de Pito, comme il l'avait cru, mais la rupture du lien l'unissant à Draginos : la mort du dragon. La détermination et 'obsession du jeune homme avaient conduit son plus proche compagnon à sa perte. Si Pito n'avait pas insisté pour éclaircir cette prophétie, celle-ci ne se serait pas accomplie et Draginos serait en vie à l'heure qu'il est.

Désormais, le guerrier avait rejeté son passé. Il avait changé. Il n'était plus le vaillant dragonnier qu'Atsami avait connu. Il n'était plus qu'un ivrogne qui vivait des restes d'argent qu'il avait pu gagner au cours de son ancienne vie. Lorsqu'on lui demandait son nom, soit il s'abstenait de répondre, soit il se contentait de dire qu'il n'était qu'un simple voyageur de passage. Pito était mort et enterré ; ayant succombé aux côtés de son dragon.

L'homme soupira. Si seulement c'était vrai. Si seulement il était réellement mort aux côtés de Draginos ! Mais non, même la mort n'avait pas voulu de lui. Elle avait cependant réclamé le saurien. Pourquoi ? Comment faire pour revenir en arrière, empêcher les fautes commises ?

L'ivrogne finit sa bière et se leva, chancelant. Il déposa quelques pièces sur la table et s'en alla, sous l’œil inquiet du gérant. Pour la première fois depuis plusieurs jours, Pito sortit du bâtiment. Il avança d'un pas gauche. Après tout, même s'il était impossible de réécrire l'histoire, au moins pouvait-il modifier certaines choses. La mort qui, hier, l'avait rejeté, lui tendrait peut-être les bras sur les terres de l'Imperium ? Il était enfin temps de s'y rendre, et de quitter Atsami à jamais.

Ainsi s'achève l'histoire de Pito de Varnaël.
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